Après plusieurs années de discussions et de compromis, la métropole rennaise et le Stade Rennais ont officialisé la création d’un « centre de vie ». Le club, déjà présent sur la commune sur près de 11 hectares, verra la superficie de ses infrastructures en gagner 5 autres. Le projet, à la hauteur des ambitions du club, réunira le groupe professionnel, sa section amateur, son Académie (par l’intermédiaire de l’école et de l’internat) et son siège administratif.
Présent sur le domaine de la Prévalaye, le club investira une part de la Piverdière, un espace naturel situé de l’autre côté de la rocade. Qui dit espace naturel implique préservation de la biodiversité. Qui dit préservation de l’environnement, implique contentieux. Des associations écologies ont manifesté leur mécontentement et ont pris part aux négociations tout du long du projet. Ce sont donc le club, la métropole, des associations de riverains et de défenses de l’environnement, tout comme le cabinet d’écologue IAO SENN et le cabinet NeM // Niney et Marca Architectes, tous deux mandatés par le SRFC, qui se sont donnés rendez-vous autour d’une table. Nous avons contacté chacun de ces protagonistes, le Collectif de la Prévalaye et la Métropole de Rennes ont accepté de nous éclairer sur le projet, respectivement par l’intermédiaire de Yohan et de l’élu écologiste Didier Chapellon.
En préambule, pouvez-vous présenter vos activités à la Métropole ?
Je suis adjoint à la maire chargé de la biodiversité et conseiller métropolitain dans certaines instances, notamment autour de la protection des milieux aquatiques, de la production d’eau potable. Ma mission est d’augmenter la biodiversité dans la ville de Rennes. La ville s’accroît en termes de population, il faut répondre aux besoins humains. La ville est contenue à l’intérieur de la rocade bien qu’en dehors, certains morceaux nous appartiennent. Les terres sont non-urbanisées, ce sont des espaces agricoles, quelques habitations, énormément d’espaces naturels. Nous n’avons pas vocation à nous étendre et à grignoter de nouveaux terrains naturels. On construit en hauteur et on aménage des plantations d’arbres, d’espaces verts.
Quel a été le processus de réflexion/conception pour en arriver jusque à ce stade là ?
Le projet du SRFC est un projet d’agrandissement du centre d’entraînement, qui a déjà quatre ans.
Au départ, le club a communiqué sur le fait de déménager de la commune de Rennes. Pour les acteurs de la métropole, quitter cette proximité avec la ville, avec les supporters, comme beaucoup de clubs de L1 l’ont fait, ce n’était pas envisageable. L’attachement des Rennais au club, tout comme l’attachement des habitants à l’environnement, faisait que l’idée d’artificialiser 30 nouveaux hectares loin de la ville, en pleine nature, ce n’était pas une solution.
Ainsi, ce n’est qu’en juillet 2020 que germe le souhait de s’agrandir sur la Piverdière, la zone du centre d’entraînement. Sur les 20 hectares initialement envisagés, 15 constitueront le nouveau « centre de vie ».
Actuellement, le club en possède 11. Alors nous avons monté un comité de gestion : tous les acteurs, jardiniers, agriculteurs, associations, le club se sont réunis. Le comité était un espace de concertation, que j’ai présidé.
Quel bilan en tirez-vous ?
Moi je suis très content. Le comité a permis à tous ces gens d’échanger. J’en suis très fier. Ça paraît tout bête mais ça n’existait pas avant. Il a permis à des mondes différents de se rencontrer. Ils ne se parlaient ni ne se connaissaient. Par exemple, les associations
écologiques ont pu faire une visite orientée sur environnement sur le site d’entraînement du
SRFC. Une visite placée sous le signe de la plantation d’arbres, de la préservation des espèces. Un arboretum, un inventaire écologique ont été présentés. On voit que le SRFC prend vraiment cette mission à cœur depuis le début.
Quel est le positionnement du SRFC dans la question environnementale et de protection de la biodiversité ?
Dès le début, ils sont arrivés avec les éléments, par l’intermédiaire du bureau d’étude iao
senn. Ils peuvent aller plus loin, le foot peut aller plus loin. Concernant l’alimentation par
exemple. Mettre en avant une alimentation produite localement sur la Prévalaye, pour les
joueurs de l’Académie. Le club, un club, consomme beaucoup d’eau. Ils ont voulu travailler sur cette consommation d’eau.
Le club offrait-il suffisamment de garanties ?
Après les discussions, différentes phases se sont succédées. Au départ, ils demandaient un
peu plus de terrain. Ils auraient aimé avoir d’autres terrains au sud. Cela n’avait pas vraiment d’intérêt pour eux. Nous avons prévu d’y installer une ferme agricole. Donc, ils ont dû renoncer à ces terrains là et nous avons tout de suite voté en conseil municipal un appel à
projets pour une installation agricole.
Pour le moment, le club n’a pas prévu de financer des installations, ou d’autres projets, ce n’est pas à l’ordre du jour. Le contact a pu être difficile, avec certains collectifs ou
associations vindicatifs. Ça n’a pas permis d’aller plus loin dans les réflexions. Il a existé
certaines tensions mais je reste confiant, le club a les moyens et la volonté de s’engager en
faveur de la biodiversité. Ça sera aussi le rôle des clubs professionnels.
On parlait du club de Green Forest, j’aimerais bien que le SRFC prenne un chemin similaire
au club anglais. C’est un club qui va dans le bon sens. Alors c’est dommage que leur besoin soit foncier. Le football professionnel dans son ensemble à des concessions à faire sur les transports, avion, pas avion. Le textile, l’arrosage sont d’autres enjeux, l’utilisation de pesticides doit aussi être améliorée. Comme au rugby, le football dispose de dérogations sur la loi Labbé. Ils travaillent également là-dessus .
À la rentrée, un métro va arriver avec un arrêt à onze minutes à pied du Roazhon Park, le 20
septembre. Il sera ouvert le 8 octobre lors de la réception du FC Nantes, eux aussi bon
élève en matière de transport.
Quelle place le football représente-t-il au sein de la municipalité ?
Le SRFC est une institution de la ville. C’est surtout un des rares endroits où tous les
habitants, de toutes catégories sociales, se retrouvent à supporter le Stade Rennais. Les
Rennais se retrouvent, sur place, à la maison, entre amis au bistrot. Aujourd’hui, il y a peu
d’endroits où il y autant de gens différents au même endroit. Le football crée ce lien social.
Que pensez-vous des contestations vis-à-vis du projet ? Les comprenez-vous ?
Moi je les comprends ces contestations. Elles sont minoritaires. Il y a pleins de personnes
engagées dans la cause environnementale et qui ont accepté le compromis. D’autre non, ce
que je comprends. On discute régulièrement. Nous avons un respect mutuel et ce que le collectif ne comprend pas forcément, c’est que ça allait dans le bon sens. Ce que j’essaie de leur dire c’est que là où on ne se comprend pas c’est qu’ils se focalisent sur le foot business. Le Stade Rennais existait avant le foot business et existera sûrement après. Quelle catastrophe si le SRFC avait été pris 30 hectares ailleurs. Aurait-ce été une petite bataille de gagnée ? A quel prix ?
La question écologique, de sauvegarde de la biodiversité, se pose-t-elle suffisamment au sein de la vie politique ?
La question écologique est de plus en plus importante. Toute notre action pointe vers l’environnement. On doit accueillir une population, développer la ville, se loger malgré les loyers élevés. Construire le moins énergivore possible, en développant la biodiversité. Diminuer l’empreinte énergétique.
Il n’y a plus de contestations à ça, comparé à quelques années en arrière. On préférera investir un peu plus d’argent sur une école pour qu’elle soit un peu moins énergivore, investir dans la rénovation du patrimoine pour qu’il soit moins énergivore . C’est ce que j’observe, sur n’importe quel sujet. Concernant le SRFC, c’était la préoccupation numéro une : comment intégrer le plus possible ce besoin d’extension.
Les nuisances sonores, les travaux, l’activité humaine ont des conséquences sur les milieux naturels. Le projet, au-delà de détruire des habitats naturels, va déranger les espaces de biodiversité sur un territoire plus étendu que le précédent. Votre rôle n’est-il pas de préserver ces espaces, même s’ils sont répandus, pour anticiper les dégradations du futur ?
Ces discussions sont porteuses de changements, d’avancées et de reculs. Des avancées, sur ce qu’ils mettent en place dans la sauvegarde des espaces sur le site. Et effectivement, ce sont 3,5 hectares pris sur la biodiversité. Pris sur des jardins ouvriers, des espaces en friche. C’est toujours une perte pour la biodiversité. Mais surtout, on est en ville. Il ne faut pas l’oublier. L’exporter aurait eu des conséquences bien plus dramatiques… C’est une vraie question et personne ne détient la vérité. Ce qui m’intéresse, c’est que sur l’ensemble de la ville, on gagne. Ce qu’on perd, on le gagne d’un autre côté.
Merci à Didier Chapellon ainsi qu’à la métropole de Rennes pour le temps accordé.
1 commentaire
"Dans un monde à +4 °C, on perd presque 2 mois de football" : Michael Ferrisi, fondateur d'Ecolosport - Fausse Touche · 20/08/2022 à 17:31
[…] favoriser la mobilité douce. Il faut agir sur les transports mais surtout montrer l’exemple. On ne peut plus prendre l’avion pour aller de Paris à Lille ou Paris à Rennes, ce n’es… Certains clubs compensent à le comprendre. On ne peut plus mettre non plus sur Instagram des […]