« Le football pollue et il faut trouver des comportements pour que la planète aille mieux » dixit le FC Lyon. Comme toutes les couches de la société, le football n’y échappera pas. Le débat du siècle commence maintenant et aurait dû déjà débuter il y a bien des années. Les prises de conscience sont de plus en plus nombreuses sur la planète foot, et en France comme ailleurs, des initiatives se mettent en place pour contribuer, chacun à son échelle, à protéger sa planète.

environnement et football
Le monde du football a-t-il conscience de l’urgence écologique à laquelle il fait face

L’environnement, débat du siècle.

Comme le reste de la société, le football pollue, trop. Trajets en avions trop nombreux pour qu’on ne puisse les compter, stades énergivores, alimentation sur place très peu respectueuse des normes et de l’environnement, si le sport le plus populaire du monde était un modèle écologique, on l’aurait su il y a bien longtemps. Avec les accords de Paris en ligne de mire, le football doit se réinventer, parce qu’en l’état actuel, il est comme tout, à côté de la plaque.

À elle seule, la Ligue 1 a besoin de 100 millions de mètres cubes d’eau annuels pour entretenir ses pelouses. Elle génère aussi 10 tonnes de déchets par an. En comparaison, un français consomme en moyenne 53,8 mètres cubes d’eau par an, et produit 5,1 tonnes de déchets.

Au Qatar, les projets de construction de stades pour cette Coupe du monde ont à eux seuls déjà une empreinte carbone importante et ces mêmes enceintes seront climatisées lors de l’événement, afin de faire face à l’écrasante chaleur dans le Golfe. Ajoutez à cela les infrastructures construites à l’occasion (routes, hôtels, métros, villes), parce qu’un si petit pays comme le Qatar n’est pas conçu pour accueillir un tel événement, et vous obtenez un cocktail parfaitement destructeur pour l’environnement.

Ceci étant dit, la situation semblant si catastrophique, il existe forcément une lumière footballistique. À l’instant T, que font les clubs pour faire bouger les choses ? Que proposent-ils ?

L’OVNI vert.

Forest Green Rovers : ce nom ne vous évoque peut-être rien et c’est bien normal, ce club situé dans le petit village de Nailsworth aux couleurs vertes évolue en quatrième division anglaise, l’EFL League Two. S’il fait irruption dans cet article, ce n’est pas parce qu’il vient d’être promu en League One, mais parce que ce club est le plus « écolo au monde », titre honorifique décerné directement par la FIFA.

Panneaux solaires sur les tribunes (180 pour être très exact), pelouse de match sans engrais et arrosée à l’eau de pluie et maillots conçus à base de café recyclé…même à la buvette du stade, vous ne retrouverez pas de viande ou d’éléments chimiques qui détruisent notre planète au fur et à mesure qu’ils sont produits et consommés. Les fans anglais ne retrouvent pas de hot-dog à 12 livres l’unité, mais bien tourtes vegan par exemple…

L’idée vient de son président, Dale Vince, qui a racheté le club en 2010, alors qu’il était dans une situation économique catastrophique. Cet entrepreneur était déjà dans le business de l’énergie verte (Ecotricity), c’est même là qu’il y a fait fortune. Sa vision a ensuite été transposée vers le monde du football : « Au départ, l’objectif n’était pas de devenir le club le plus écolo du monde, on voulait juste sauver le club de la faillite, et en faisant cela on a changé certaines choses qui collaient à nos valeurs et nos principes ».

Puisque le club ne compte pas s’arrêter là, il prévoit de construire dans les années à venir un tout nouveau stade de 5000 places, comprenant une charpente et un toit…totalement en bois. Ce projet boisé sera situé au milieu d’un écoparc de 400 000m2, où l’on pourra retrouver clinique, gymnases et autres terrains d’entraînement.

Football et environnement : tour d’Europe des initiatives.

Et chez les autres alors, chez les plus gros, comment ça se passe ? Vous vous en doutez, ils ont un bilan carbone bien plus catastrophique que celui des Forest Green Rovers. L’engagement écologique n’est pas le même. Pourtant, les esprits semblent s’éveiller chez les clubs qui ont un impact supérieur et donc une responsabilité plus grande en terme écologique. Manchester City (détenu par les Émirats Arabes Unis, qui basent leur économie sur les énergies fossiles) a pleinement connaissance de son importance dans le domaine . La bande à Pep Guardiola souhaite devenir un « Water Hero » grâce à son partenariat renouvelé avec Xylem, entreprise américaine spécialisée dans la gestion de l’eau.

Le multiple champion d’Angleterre présente à ses fans toutes les façons d’économiser de l’eau, « l’Agence pour l’environnement prévoit que certaines régions du Royaume-Uni pourraient manquer d’eau d’ici 2045 » plaide-t-il. Cela s’accompagnera d’une campagne de sensibilisation tout autour du monde, menée par le City Football Group. Manchester City s’est aussi démené afin que 100% de la consommation électrique déployée quotidiennement ne génère pas d’empreinte carbone, et n’envoie plus aucun déchet à la décharge, et ce depuis 15 ans. Comment est-possible ? Soit ils sont recyclés, soit ils sont réemployés. 

En France, qu’est-ce que cela donne ?

À l’instar de la Juventus Turin ou Arsenal, le PSG adhère aujourd’hui au programme « Sports for Climate Action » et espère entraîner ses « 100 millions de fans à travers le monde » dans cette protection, ponctuée en cinq points : la promotion de pratiques environnementales plus responsables, la réduction de l’impact climatique global, l’éducation aux enjeux climatiques, la défense des modes de consommation durables, la communication en faveur de l’action climatique. Des points bien nébuleux, qui n’ont, malheureusement, pas été réellement suivis par des actions concrètes de la part du multiple champion de France. La patte qatari ?

Toujours en France, c’est bien l’Olympique Lyonnais et son OL Vallée qui a été élu club de plus écolo de l’Hexagone. Le club de Jean-Michel Aulas a effectivement comptabilisé 16 des 25 points du barème établi par Sport Positive, déjà utilisé en Bundesliga et Premier League. Cette bonne note vient notamment de ses ruches, points de tri, panneaux photovoltaïques, mais surtout sa communication au niveau des transports gravitant autour de l’OL.

« Nous souhaitons notamment accélérer l’utilisation des modes doux pour les déplacements de nos supporters et visiteurs. Des expérimentations sont aussi en cours pour encourager la pratique du vélo » Maëlle Trarieux, la directrice RSE d’OL Groupe

À Marseille, bien que le club phocéen soit félicité pour sa communication environnementale, il est cependant très en retard en ce qui concerne l’utilisation d’énergies propres, à l’instar du PSG. C’est peut-être le risque que chaque club prend volontiers, mettre le paquet au niveau communication pour paraître le plus propre possible vu de l’intérieur, mais quand on regarde de plus près ce qui s’y trouve, on pourrait bien être déçu.

A LIRE – Cet hiver au Qatar, quelle place pour l’environnement ?

Les futurs relégués des Girondins de Bordeaux ont eux aussi fait un bond écologique. Les blancs et marines ont mis en place le « guide du supporter écoresponsable » en partenariat avec l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) : un dossier de 23 pages comparant les différents moyens de transport ou comportements, donnant aussi des alternatives plus vertes sur tout Bordeaux. Si la situation est compliquée sportivement du côté des Girondins, elle est probablement meilleure écologiquement.

À un échelon plus bas, c’est un club rhodanien qui s’illustre : le FC Lyon 1893. Évoluant en Régional 1 avec le budget de 675 000 euros annuels, cette petite institution a fait de l’écologie une priorité. Les supporters lyonnais sont sensibilisés à venir à vélo, en transports ou encore faire du covoiturage. Et ce n’est pas tout : éclairages LED sur 50% des terrains du complexe, tri autogéré, recyclage des mégots déposés dans les bornes, abandon des plastiques à usage unique, des feuilles de papier ou des bouteilles…malgré tout, le FC Lyon a obtenu un score de 33% lors de son diagnostic écologique réalisé par l’association Football Ecologie France, preuve qu’il reste tant de travail à accomplir.

Pour aller de l’avant, le club entend investir, et plus exactement investir « entre 1,5 et 2,5 millions d’euros ». Cette somme colossale pour un club d’une si petite envergure serait destinée à la pose de bornes de recharges pour voitures électriques, de panneaux photovoltaïques ou encore de systèmes de récupération d’eau de pluie.

Les supporters passent au vert

Justement, le reste de la montagne à gravir se trouve peut-être du côté des fans. L’éco-supporterisme, ça vous dit quelque chose ? C’est une notion initiée par Football Ecologie France, désignant à peu près toutes les personnes gravitant autour d’un terrain : joueurs, supporters, parents, bénévoles, fédérations. Selon cette notion, chacun, à une échelle bien définie, a son rôle à jouer dans la transition écologique. Cela passe par l’alimentation, les énergies, les déchets, les équipements utilisés, aussi et surtout les transports.

Ces transports, très souvent mentionnés, sont à l’origine de 90% des émissions de CO2 d’un français. Ils sont le principal levier à actionner si l’on veut avoir un impact direct sur la protection de l’environnement. Tout d’abord comprendre les enjeux pour savoir où et comment agir, un objectif qui semble encore bien lointain au niveau national…le football doit être un levier écologique bénéfique, à terme, à la société toute entière. Mais pour cela, même si certains ont déjà amorcé le mouvement, il faut que chacun de ses acteurs en prenne pleinement conscience.


Maximilien Regnier

Ici c'est Maximilien, 22 ans, néo journaliste PHR. Supporter de l'Olympique de Marseille la plupart du temps, mais préfère souvent (toujours) voir son groupe U13 évoluer sur un rectangle vert. J'écris peu, mais je tâche de faire le reste pour Fausse Touche.

4 commentaires

"Il y a une vraie prise de conscience écologique dans le football" : rencontre avec Jean-Paul Lalanne de Fair Play for Planet - Fausse Touche · 23/07/2022 à 14:10

[…] comme une autre et vit dans le même monde que nous, il n’est ni en avance, ni en retard. Il génère une immense activité et donc un impact carbone très important, mais de part son image, un immense vecteur positif. Il […]

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