StadiumGO. Dans un paysage footballistique qui se métamorphose à tous les niveaux, l’attention est très (trop) souvent happée par les exploits, les accomplissements statistiques, ou encore les compétitions et rencontres de renommée mondiale, qui réunissent des millions de téléspectateurs devant leur écran et au stade. Puisque le football revêt un impact sur le monde, il cristallise son évolution, et ses enjeux, au premier rang desquels figure l’environnement. Comme pour l’ensemble de nos activités, il est urgent de mettre la lumière sur l’impact environnemental du sport, et en particulier du football, qui génère le plus d’évènements de masse, et donc de déplacements de supporters.
Dans ce paysage, de grandes initiatives émergent et ouvrent une voie vers l’avenir. Oui, un autre monde est possible, dans lequel l’écologie ne restreint pas le plaisir, et dans lequel l’écologie est un plaisir. Romain Lauvergnat y croit. Fondateur de StadiumGo, il entend réunir les supporters et les emmener, ensembles, vers la voie de la transition écologique, sur le chemin du stade…

Vous êtes le fondateur de l’entreprise StadiumGO, avez-vous connu une ou plusieurs expériences dans le monde du football ou du sport, qui vous ont guidé vers la fondation de ce projet ?
C’est d’abord mon expérience de supporter. Je vais, comme tout passionné, régulièrement au stade, et j’ai donc expérimenté, comme tous, les déplacements pour aller au stade. Ce qui me plaît, c’est le covoiturage. Cela amène autre chose, un lien social, un partage, j’étais directement dans le match et je partageais ma passion avec d’autres passionnés, et des liens et émotions se créaient.
C’est par la suite, en effectuant une étude de marché, et en définissant le projet StadiumGo que j’ai pris conscience que les déplacements de supporters avaient un impact environnemental et que le projet permettrait de le solutionner.
Présente-nous le projet : l’idée vient-elle d’une problématique environnementale ou plutôt d’une volonté de faciliter les trajets pour aller au stade ?
Le projet part réellement d’une volonté de créer du lien entre supporter, de les faire se rencontrer et amener cette notion de partage que j’apprécie moi-même. De rendre leurs trajets plus agréables. C’est à la suite de mes démarches pour la création du projet que ma conscience environnementale sur cet aspect s’est éveillée, et que j’ai donc pris conscience que le projet pouvait revêtir cette dimension.
StadiumGO est-il le seul sur le marché français ? Si non, qu’est ce qui vous permet de vous démarquer ? Envisagez-vous un développement européen ?
Oui et non. Nous sommes la seule plateforme entièrement dédiée au sportif. D’autres plateformes proposent des déplacements pour des évènements sportifs mais ne sont pas dédiées à cela, ce qui rend la praticité moindre, malgré des partenariats avec des clubs. Le fait d’être entièrement dédiés au sport nous permet de répondre aux contraintes horaires, logistiques et pratiques, ce qui est un avantage énorme. Par exemple, 95% des annonces sur la plateforme sont des allers-retours, ce qui apporte une plus-value pratique exceptionnelle. C’est une statistique dont nous sommes très fiers et qui amène également les utilisateurs à venir chez nous pour y trouver notamment ce côté pratique.
Où en est StadiumGO au niveau des partenariats ? Est-ce un élément essentiel de votre modèle et de votre projet ?
Nous sommes extrêmement satisfaits de notre avancée au niveau des partenariats. Cette saison aura été la première saison complète de la plateforme puisque j’ai eu la bonne idée de la lancer juste avant l’épidémie de covid ! *rires*. À l’heure actuelle, nous comptons 17 partenaires, avec des clubs de Ligue 1, de Ligue 2 et la Ligue de Football Professionnelle. Oui, c’est extrêmement important puisque notre objectif est de nous rapprocher des instances et des clubs, qui ont une vraie force de frappe au niveau de la communication, et qui peuvent, dans la continuité, mettre en place de réels leviers d’action. On vise à faire du covoiturage un réflexe. C’est une statistique que peu connaissent, mais le bilan carbone des supporters et de leurs déplacements représentent 60 à 70% de l’empreinte carbone des clubs, ce qui est plus que considérable !
Penses-tu que le football à conscience du défi environnemental auquel il va avoir à faire face dans les années à venir ?
Oui, on constate une prise de conscience assez massive, et même au-delà des partenariats. Depuis quelques années, il y’a une réflexion assez importante qui est engagée notamment par les clubs et les instances. Le covid et l’arrêt des championnats a également permis d’avoir une réflexion supplémentaire et de faire mûrir des projets. De plus en plus d’initiatives sont lancées par les clubs ou les instances, sur le front de la mobilité mais aussi sur d’autres aspects. L’OL notamment est un club moteur, et un très bon élève dans la matière. Les instances ne sont pas en reste puisque plusieurs projets sont en place, avec la Charte des 15 engagements, le Label « Développement durable » du CNOSF, le programme « Football Ecologie France » qui accompagne la transition écologique des clubs…
Tous ces programmes permettent d’identifier les différents leviers d’action et de mettre en place des solutions vers lesquelles les clubs peuvent se tourner pour améliorer leur bilan et changer le fonctionnement. C’est important que de grandes structures puissent accompagner les clubs, et notamment les plus modestes, pour amener des initiatives adaptées à leurs moyens. Clubs, Ligues, Fédérations, start-ups et supporters, c’est l’ensemble de l’écosystème football qui doivent mener la mission de réduire l’empreinte carbone du sport.
A LIRE – Quelles initiatives dans le football européen ?
Beaucoup d’initiatives sont déjà mises en place, sur la mobilité et notamment le covoiturage, mais pas seulement. Le vélo est grandement mis en avant, mais le problème du stationnement et de l’accessibilité est un grand frein à une démocratisation encore plus grande autour des stades. Des organismes de transport en commun sont aussi mis en place au niveau local avec les collectivités territoriales. Tout cela tend vers le positif, mais il reste encore beaucoup de travail, et le football français accuse un retard par rapport à certains de nos homologues européens. Il y’a néanmoins de très bons élèves dont les actions sont mises en avant avec le classement des clubs de L1 selon leur impact environnemental qui est sorti récemment et dont l’OL est le club leader, en proposant, à l’image des gros clubs, des initiatives qui peuvent inspirer les clubs plus modestes.
Quels sont les impacts estimés de StadiumGO, à la fois dans la fluidification des flux en termes d’impact sur l’environnement, et en améliorant la qualité des services de transport vers le stade.
Non, on ne les pas encore. Comme je l’ai dit, c’est notre première saison complète, et l’on est donc entrain de boucler les premiers relevés statistiques sur une saison entière. On travaille avec un cabinet professionnel, Sami qui effectue les relevés puisque l’entreprise n’a pas la capacité de le faire. Ces chiffres sont essentiels pour mesurer et améliorer. J’aime beaucoup l’adage « ce qui ne se mesure pas ne peut pas s’améliorer ». L’on travaille également avec Sami pour définir une méthode de calcul propre au covoiturage sportif pour délivrer un bilan individuel à chaque utilisateur, mais aussi aux clubs, pour qu’ils puissent dévoiler les chiffres et constater une éventuelle amélioration et les choses à améliorer encore.
Ce type de chiffres, leur collecte et leur calcul sont un des objectifs et des enjeux majeurs. L’objectif principal est de réduire l’empreinte carbone, et pour cela, il faut être capable de la jauger.
Alors voilà, on vient de terminer le bilan de la saison dernière et.. 𝐨𝐧 𝐚 𝐞́𝐯𝐢𝐭𝐞́ 𝟏𝟏,𝟔 𝐓𝐨𝐧𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐂𝐎𝟐 grâce à l'ensemble des covoiturages effectués 🥳
— StadiumGO (@stadiumgo) August 3, 2022
Tout ça, c'est grâce à toi. Et ensemble, cette saison, on va aller encore plus loin ✊🏼❤️
Est-ce que le nombre de personnes qui utilisent l’application StadiumGO a augmenté significativement récemment, et constatez-vous une évolution/ prise de conscience des supporters sur la question de l’écologie ?
Oui, le nombre d’utilisateurs augmente de manière très satisfaisante. Pour le reste, une bonne partie du public n’a pas encore conscience de l’impact qu’engendre leurs déplacements. Il y’a donc pour nous une importance de les « éduquer » si je peux utiliser ce terme. Il y’a un réel objectif de rendre l’écologie ludique ou sexy. Les gens doivent garder en tête qu’aller au stade est un plaisir et que cela doit le reste, mais ils doivent aussi admettre et réaliser l’impact de leurs déplacements. C’est en cela que nous devons les guider vers des initiatives, pour leur permettre de participer à cette grande mission.
À côté de cela, un nombre important de supporters prend conscience de cet enjeu environnemental et de l’impact de leurs déplacements. Ils sont une force de propositions pour les clubs, et mettent justement en place des initiatives à leur échelle. Ce paysage reflète en fait la société, avec une partie de celle-ci qui a parfaitement conscience de l’enjeu et de l’urgence écologique, ainsi que de l’impact engendré par nos différentes activités, et une autre partie qui n’est pas encore bien éveillée à cela. Notre but n’est pas de critiquer le mode d’action de chacun, mais de proposer des alternatives et de guider ces supporters vers le changement.
Recevez-vous de l’aide de la part des instances ou des clubs ? Quel est pour vous l’intérêt de mettre en place de tels partenariats avec les clubs.
Les partenariats de StadiumGO sont d’un soutien immense ! Comme je l’ai dit, toutes les instances avec lesquelles nous travaillons représentent une force de communication colossale. Rien que le fait que les clubs invitent leurs supporters à utiliser l’application dans le cadre de ces partenariats nous permettent d’aller plus vite, de toucher plus rapidement les cibles, mais également de récompenser. On encourage à chaque partenariat, la mise en place d’un système de récompenses pour gratifier le changement d’habitudes.
Des clubs comme Strasbourg -avec qui le partenariat et le système fonctionnent à merveille- offrent la place de parking sous réserve d’un minimum de personnes dans le véhicule, d’autres proposent un code de remboursement valable dans la billetterie au bout de 5 trajets avec l’application… L’impact des clubs est vraiment considérable et nous permet d’avancer plus vite. De même, le premier partenariat avec la Ligue de Football Professionnelle nous permet également de toucher un public plus large également.
Quel est le vrai objectif à long terme ? Comptez-vous étendre StadiumGO à d’autres sports ou d’autres pays par exemple ?
Évidemment, tu l’as dit, les deux objectifs phares sont le développement de l’application vers de nouveaux sports, et également à l’international. Le projet de développement à l’international avance bien car nous avons déjà des sollicitations et cela devrait se mettre en place assez rapidement. Pour ce qui est des autres sports, cela parait comme une évidence. Le besoin de réduire l’empreinte carbone ne s’applique pas qu’au football, même si c’est le sport qui engendre le plus de déplacements. Le but est d’agir au global, et notre démocratisation arrivera dès la rentrée 2022 et nous en sommes très contents et très fiers, c’est une super nouvelle.
Nous voulons également compléter notre offre déjà existante, notamment en solutionnant la partie accessibilité, avec le parking et le stationnement. C’est un réel point de friction qui peut gâcher l’expérience de covoiturage. Avec cette première saison complète, on a réellement commencé le travail avec la communauté qui devient de plus en plus nombreuse. On fait le bilan ensemble, et l’on évoque les initiatives et les projets à venir. C’est finalement la communauté qui prend la plupart des décisions. Lorsque l’on dit que l’application est faite par et pour les supporters, ce ne sont pas que des mots !
Merci à Romain Lauvergnat et Olivier Lega, co-fondateurs de StadiumGO, pour leur disponibilité.
3 commentaires
Entretien avec Olivier Guigonis, co-fondateur de l'équipementier NOLT : Fournir des maillots éco-responsable au prix des maillots non éco-responsables - Fausse Touche · 03/08/2022 à 16:32
[…] sommes immergés dans ce milieu-là, on a toujours des copains à recommander. On échange avec StadiumGO, on connaît très bien Ecolosport, un média dédié à l’éco-responsabilité. On prévient […]
WePlayGreen : "On veut utiliser le football pour sauver le monde" - Fausse Touche · 02/10/2022 à 17:07
[…] A LIRE – Rencontre avec StadiumGO […]
"We want to create a mass social movement that utilizes this number two to represent the global degree warming limit". Discover WePlayGreen, the environmental football movement founded by professional footballer and environmentalist, Morten Thor · 16/12/2022 à 12:48
[…] Read more about StadiumGO, a french carpooling applicated dedicated to football fans. […]