Les équipementiers représentent un acteur parfois méconnus du football professionnel. Leurs coulisses sont opaques, tout comme leur fonctionnement. De part leur dimension mondialisée, leur engagement en faveur de l’environnement interrogent. NOLT a fait le choix de devenir le premier équipementier éco-responsable en recyclant 100% de ses maillots. Entretien.

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Entretien avec Olivier Guignonis, co-fondateur de l’équipementier écoreponsable NOLT

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter le projet NOLT ?

NOLT est une entreprise créée par Paul-Emmanuel Guinard et moi-même il y a deux ans et demi à peu près. Nous sommes un équipementier éco-responsable et circulaire. Eco-responsable parce que tous les produits sont faits à partir de polyester recyclés. Ce polyester recyclé provient soit de déchets ménagers que vous mettez dans votre poubelle jaune, soit et surtout de bouteilles de plastiques récupérées en Méditerranée. Le plastique, des bouteilles ou autre, tout est mis ensemble, nettoyé, fondu avant de le transformer en matériel filandreux, puis en fil et enfin du tissu. Le tissu est donc du polyester recyclé vierge qu’on utilisera pour tous nos produits de sport. Les maillots, shorts, chaussettes, survêtements.

On travaille au Portugal, avant de livrer les clubs, majoritairement des sports co’ maisaussi les sports de raquette. Ils utiliseront les équipements en moyenne pendant deux ou trois ans ans. En général, les clubs changent d’équipements quand ils changent de sponsors, au bout de ces deux, trois, quatre années. AU moment de changer d’équipements, nous récupérons ce qui devient un déchet. Ensuite, nous les trions par couleur, et on le retransforme en matériel en plastique, pour en faire des coupelles de sport. Les mêes que vous trouvez sur les terrains, les gymnases de France, de Navarre et d’ailleurs.

Dans un cercle quasi-infini, une bouteille devient un maillot qui devient une coupelle. Nous travaillons sur le nombre de fois où on va recycler les coupelles. Pour l’instant, c’est possible de recommencer le processus une dizaine de fois, et on est en train de faire les tests.

Quelles sont les stratégies de développement de NOLT ?

On a la chance d’avoir pas mal de presse qui nous contacte. Aujourd’hui, nos équipes se renforcent sur la com’ et après nous travaillons directement avec les clubs. On s’aperçoit qu’il y a beaucoup de clubs très sensibles à cet aspect écologique. D’un autre côté, nous nous apercevons que nous sommes ceux qui allons le plus loin dans l’aspect éco-responsable. Très honnêtement, il n’y a aucun modèle comme NOLT sur le marché donc on est les plus avancés sur la question. Déjà, de nombreux clubs sont très à cheval sur les enjeux sociétaux, sociaux, c’est aussi le gros de ce que font les clubs, qui s’occupent des gamins dans des cités par exemple. Pour le coup, c’est vraiment du social, du sociétal et les clubs sont très engagés là-dedans.

On voit que l’écologie est un nouveau pilier RSE qui revient de plus en plus dans les clubs et quand ceux-ci cherchent un équipementier éco-responsable, ils tombent assez naturellement sur nous, comme nous sommes plus avancés sur la question. Et surtout parce que nous proposons les prix qui sont les prix du marché. Pour nous, c’est absolument fondamental. On ne voulait surtout pas être une marque de « bobos ».

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On ne voulait pas être cette marque deux fois plus chère que le prix habituel payé par un club lambda. On s’aperçoit dans les clubs de football et de sport que les gamins qui y jouent sont beaucoup de gamins issus de milieux populaires. Les parents n’ont pas toujours d’argent et si on veut vraiment avoir une action éco-responsable pour la masse des gamins qui fait du sport, on se doit d’avoir un accès tarifaire qui soit bon. Sinon ça ne sert à rien.

C’est notre force et même si nous travaillons beaucoup avec les clubs, nous nous sommes ouverts depuis peu à la distribution spécialisée, avec des gros acteurs distribution en France et ailleurs.

Avez-vous déjà eu des contacts avec les équipementiers majeurs, notamment pour échanger à propos du savoir-faire NOLT ? Votre modèle de financement est-il le même ?

Nous avons des relations avec certaines grandes marques, c’est confidentiel mais on en a. Le monde du football se regarde. Certaines marques sont plus longues à avancer, il y a des marques qui bossent bien.

À coté de ça, oui notre production est forcément plus chère à la conception : le coût-matière est plus élevé. Nous versons des salaires au Portugal, plus élevés qu’en Asie, le coût de revient est plus cher aussi. Nous ne réalisons pas d’économie d’échelle et bien souvent on supprime les intermédiaires pour effacer certains coûts. On supprime les contraintes environnementales liées aux transports. C’est pour cela qu’on travaille bien souvent en direct ou avec de grands revendeurs qui nous octroient des tarifs intéressants. Aujourd’hui, notre maillot coûte le même prix qu’un maillot d’une autre marque.

Selon vos estimations, quels sont les gains environnementaux réalisés lors de la fabrication de vos équipements ?

Nous utilisons de la matière existante, sachant que le polyester est le seul produit utilisé dans la confection de nos maillots. Le plastique des maillots sont des produits pétrosourcés. Rien que ça, c’est de l’énergie fossile qu’on n’exploite pas parce que nous utilisons des produits existants. Réinjecter ces déchets plastiques dans le circuit permet d’économiser 59% d’énergie et 32% d’émissions de carbone, très présentes dans le football.

NOLT est la quasi seule marque de sport a travaillé en Europe. Sans faire de dessin, sur l’aspect confection sociale, notamment salariale, les conditions sont très bonnes. Il n’y a pas non plus de transport par la mer. Surtout et c’est vraiment le gros point chez nous, on va s’occuper de nos déchets. A partir du moment où notre maillot va être utilisé, notre mission en tant que marque c’est de le récupérer auprès des clubs. Les produits sont recyclés. Tous nos produits sont recyclables et recyclés. On ne se contente pas de dire que le produit est recyclable, comme beaucoup de marque. On offre une solution pour le recycler, et on le recycle. Sinon, ça sert absolument à rien. C’est ce qu’on fait systématiquement.

Vous avez mené des campagnes RSE conjointement avec le TFC, le RC Toulon. Équiper le monde professionnel est-il un objectif ?

NOLT équipe déjà des clubs pros pour la saison à venir, aussi bien en handball qu’en volley. On a signé le club de hand de Saint-Raphaël la semaine dernière. Les filles ont été championnes de France. C’est un gros club de volley féminin. On a signé le RC Auch au rugby, qui a vocation à être pro/ On est en discussion avec des clubs pros, en football, basket, rugby, volley.

On y arrivera tôt ou tard, c’est une question de temps. Toutefois, ce n’est pas non plus un objectif. C’est bien pour l’image, sans être une finalité. Ça arrive petit à petit mais ce n’est pas essentiel. On est contacté et on est dans des appels d’offres.

Vos engagements sont-ils suivis par les clubs que vous équipés ? Apportez-vous une aide, un suivi dans leurs démarches ?

Souvent, quand un club choisit de rejoindre NOLT, c’est qu’il mène une politique globale en termes d’éco-responsabilité. Comme nous sommes immergés dans ce milieu-là, nous recommandons nos collaborateurs. On échange avec StadiumGO, on connaît très bien Ecolosport, un média dédié à l’éco-responsabilité. On prévient Julien Pierre de Fair-Play For Planet. Nous connaissons beaucoup de gens et on les recommande assez naturellement. Faîtes-ci, contacte telle personne de notre part pour t’aider sur tel enjeu. Le microcosme de l’éco-responsabilité dans le sport est assez étroit. Tout le monde se connaît. On s’entraide, il y a une bonne dynamique.

Vous avez gagné des prix, vous êtes accompagnés par des labels. Il en existe de nombreux, suffisamment pour perdre le consommateur. Qu’apportent-ils exactement ?

Les labels commencent à venir parce qu’il y a besoin de certification des actions. Dans le sport et globalement le green-washing est très présent. Les labels sont quand même là pour dire ce qui est bien fait et ce qui n’est pas bien fait. C’est vrai qu’il commence à en avoir un certain nombre mais à la limite je les trouve tous assez pertinents. Si un club est labellisé, c’est possible que les choses soient bien faites. Est-ce possible qu’on s’y perde à terme ? Oui c’est possible.

Back Market est devenu un nouveau sponsor des maillots NOLT. Pourquoi avez-vous fait ce choix original ?

Ce n’est pas nous qui avons mené ce deal mais l’agence Act for Sport (agence de publicité et sponsoring, spécialisée dans le sponsoring du sport amateur, ndlr). Eux travaillent avec Back Market. Back Market a décidé de s’engager aux côtés du développement du football féminin. Ils ont fait le choix de sponsoriser 200 clubs dans les cinq sports collectifs majeurs. Back Market est le chantre de la recyclabilité sur ses produits, ils souhaitaient être accompagnés d’une marque avec des valeurs identiques.

Avoir une démarche écologique passe-t-il aussi par sélectionner soigneusement ses sponsors maillots ?

Nous avons déjà refusé d’être financés par une entreprise qui travaille dans une industrie totalement à l’opposé de nos valeurs. Nous avons dit non à des fonds qui auraient pu nous aider mais qui ne correspondaient pas du tout à notre image. Le sponsoring vert est en expansion et les clubs qui le comprennent arrivent à augmenter leur budget. Donc ils gagnent une raison de s’y atteler.

C’est un cercle vertueux. Beaucoup de clubs viennent nous voir parce qu’ils comprennent les enjeux économiques. Travailler avec un équipementier éco-responsable est un avantage double. D’une part, cela permettra d’aller chercher de nouveaux partenaires qui veulent s’inscrire dans un marketing club positif. D’autre part, les clubs dépendent des subventions des mairies. C’est un choix réel et pragmatique, car les subventions des mairies sont conditionnées par un certain nombre d’actions éco-responsables. Le fait de collaborer avec nous permet d’augmenter ces subventions de la commune.

Que pensez-vous des roulements annuels des jeux de maillots ?

C’est marketing et commercial pour les clubs. Aujourd’hui c’est la norme. D’un point de vue environnemental, c’est de la surconsommation. Garder le même maillot saison après saison est une problématique une fois de plus liée sponsors. Un club ne peut pas garder le même maillot pendant cinq ans parce qu’il a des contrats sponsoring. Les sponsors, partenaires, logos changent régulièrement et c’est donc une difficulté de maintenir le même maillot d’une saison sur l’autre. Comme le maillot est un produit jetable à un moment donné, on tient absolument à le recycler. Par exemple, les maillots thirds des clubs professionnels vont être utilisés une fois ou deux par saison. A l’heure, ça fait trois heures avant de ne plus l’utiliser. C’est ridicule.

Dans ce cadre-là, NOLT propose désormais la location de maillots. C’est une offre adressée d’abord aux entreprises. Et derrière toutes les personnes, les bandes de potes, de copains qui se retrouvent pour faire un five. Des gens qui ne sont pas des joueurs réguliers, ni des sportifs habituels mais qui à un moment donné vont faire un tournoi d’entreprise, jouer ensemble un soir après le boulot. Acheter un maillot one-shot pour jouer une heure, deux heures avec et ne plus jamais l’utiliser, c’est aberrant d’un point de vue économique et environnemental. C’est une location de produit à 1€ par jour et nous constatons une vraie appétence. Nous sommes sollicités tous les jours.

Les équipementiers actuels, le monde du football professionnel ont-ils conscience des enjeux écologiques ?

Ça fait longtemps que je bosse dans le secteur pro. Je pense que les clubs en ont bien conscience et essaie d’agir comme il faut. Beaucoup de choses sont mises en place. Il y a beaucoup plus de démarches RSE dans les clubs, ce qui en dit long sur le soin apporté à ces questions. Je pense que les clubs ont saisi l’enjeu et comprennent bien leur rôle. En conséquence, ils mettent en place un certain nombre de projet et d’actions. Ces démarches sont plus ou moins efficaces, car ce n’est pas toujours facile de changer du tout au tout. Je trouve tout de même que l’enjeu est bien compris.

Merci à Olivier Guigonis, co-fondateur de l’équipementier NOLT, pour le temps accordé.


Alexandre Bonnot

Fier représentant du grand Olympique de Marseille. Je mouille ma plume avec mes larmes... Je sillonne les matches de district le dimanche midi histoire de faire passer le temps.

2 commentaires

Rage sport, équipementier antifasciste : quand le maillot de foot devient manifeste - Fausse Touche · 12/04/2026 à 14:04

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