Une rupture du ménisque en 2020, suivie d’un parcours jonché de blessures, ont rendu Ansu Fati peu fiable aux yeux d’un FC Barcelone dont l’impatience des dirigeants ne fait que grimper, notamment depuis le début de leurs histoires de problèmes financiers. C’est l’une des raisons qui l’ont poussé vers un départ à Brighton, à un peu plus de 1 000 kilomètres de l’endroit qu’il n’aurait jamais dû quitter. Cela dit, sa carrière au club n’est peut-être pas finie. Il pourrait rejouer pour le FC Barcelone en septembre de cet année, entouré de très hautes attentes.

Pour Ansu Fati, l’heure du bilan
Son expérience en Angleterre n’a pas été des plus concluantes. Sa blessure au mollet l’a tenu loin des terrains pendant quatre mois n’a pas aidé, tout comme certaines instructions tactiques. Par chance, ses coéquipiers Ferran Torres et Pau Victor ne font pas l’unanimité, et laissent une chance à Ansu Fati de convaincre Hansi Flick de son niveau.
La quantité foisonnante de jeunes pousses produites par la Masia empêche encore cette équipe de sombrer dans une crise identitaire totale. Le club a toutefois besoin d’attaquants d’une certaine qualité, des attaquants irréprochables. Des attaquants rapides, preneurs d’espaces, aux tirs précis, qui peuvent également être responsables sur le terrain. Leurs qualités cognitives doivent être prouvées, et leur envie de réussir et leur ténacité sur le terrain aussi. Ce profil saurait faire passer un cap aux Catalans lors des parties tant redoutées contre les Getafe, Rayo Vallecano & Co. Heureusement pour le FC Barcelone, c’est précisément le profil que Fati a su montrer de l’autre côté de la Manche.
Une lecture des espaces vides mal-exploitées par De Zerbi ?
Au profit des hommes de De Zerbi, Ansu Fati a su démontrer un grand savoir-faire dans la lecture des espaces libres. Milieu relayeur gauche d’une structure fluide, comportant habituellement 3 défenseurs à la relance et un milieu à 3 lors de la seconde phase de progression du ballon, Fati a donc été assigné à des tâches qui lui sont plutôt inconnues. D’ordinaire, il occupait toujours les postes d’un ailier intérieur ou bien de milieu gauche qui se cantonne au dernier tiers.
À Brighton, de manière surprenante, une de ses instructions tactiques a été de constamment redescendre d’un positionnement classique de milieu gauche d’un trio central à un positionnement le faisant prendre part à un double-pivot, aux côtés du #6 désigné par De Zerbi. La raison probable derrière ce choix serait ce besoin de présence supplémentaire à la première phase de relance, dans le but de la faciliter pour toute l’équipe.
À LIRE – La recette De Zerbi est-elle encore digeste ?
Cela lui permettait également de se créer de l’espace pour lui-même, en construisant un plan en deux temps. D’abord, il descend et attire un marqueur dans sa trajectoire. Puis, il remonte le terrain immédiatement, et s’infiltre dans l’espace laissé par son marqueur. Ce qui, par ailleurs, a permis à Joao Pedro de marquer face à Manchester United, en septembre 2023.
Certains fans de Brighton n’ont pas été satisfaits d’un tel choix. Cody Aceveda, auteur pour le blog Wandering Seagull Newsletter et supporter de Brighton de longue date, s’exprime en ce sens.
« Fati était habituellement l’attaquant de pointe, positionné le plus bas des deux. Mais il n’était pas non plus un second-attaquant ou un numéro #10. Car le duo d’attaquants de Brighton a toujours été très mouvant. Par conséquent, bien qu’aucun des deux attaquants n’étaient nécessairement des playmakers, ils avaient le devoir d’aider durant les phases de construction. La tâche de Fati était de descendre soutenir les défenseurs centraux à trouver davantage d’options, pour de faire progresser une action. Ses courses étaient utiles afin de créer la confusion au sein de l’opposition, en attirant ses marqueurs dans des zones peu avantageuses pour eux. » Malgré cela, Fati n’a jamais été efficace lors de ces situations. Il redonnait le ballon immédiatement au défenseur central, ou alors le perdait en se retournant face au jeu.
Ansu Fati, jeu sans ballon et poids dans la surface
Mais le bilan d’Ansu Fati au sein du club anglais ne s’arrête heureusement pas là. Son talent pour identifier les espaces libres l’a mené à prendre de nombreuses initiatives, notamment en effectuant des courses dans le dernier-tiers. Ces courses n’étaient d’ailleurs pas toujours reconnues par ses coéquipiers. Comme s’il ‘pensait en avance’, de manière plus ambitieuse que le collectif à une échelle globale.
Cody Aceveda partage une opinion similaire quant aux qualités de Fati. « Le seul aspect du jeu de Fati qui fut absolument supérieur au reste de l’équipe était ses mouvements sans le ballon. Il faisait constamment les bonnes courses, et avait en bonus la capacité de tirer rapidement et avec précision, même sous pression. » Une impression qui se confirme par les statistiques. FBref rapporte qu’Ansu Fati a terminé la saison 2023-2024 en étant le deuxième joueur de l’effectif avec le plus de tirs cadrés/90 minutes.
À LIRE – FC Barcelone et Hansi Flick : quelle saison attendre du groupe ?
Statistiquement, il a marqué quatre buts et a fourni une passe décisive en l’équivalent de seulement 11 matches pleins de 90 minutes. Ce total représente environ 1 000 minutes de jeu en 27 matches. Durant ces 1 000 minutes de jeu toutes compétitions confondues, il a également créé 40 actions menant à un tir. Il atteint un ratio de 4.05 actions toutes les 90 minutes, soit le 3ème total le plus élevé au sein de l’effectif de Brighton. À côté de cela, il n’a besoin que de quatre actions pour faire marquer un but à son équipe. Ce ratio correspond à 0.40 action toutes les 90 minutes, le 5ème total le plus élevé de l’effectif de Brighton.7
Ansu Fati a su sublimer cette qualité de course par un comportement économe avec le ballon. Ses nombreuses séquences de jeu nous le prouvent. Ses manœuvres simples, voire minimalistes, combinées à son apport positionnel de verticalité ont pu accélérer certaines séquences de jeu.
Que sommes-nous en droit d’attendre de lui au FC Barcelone ?
D’abord, il est possible que son rôle soit similaire à celui qu’il a connu sous De Zerbi. Hansi Flick, à la vue des derniers matches, a utilisé Raphinha de façon identique. C’est un milieu relayeur. Son rôle tourne principalement autour de l’apport d’aide à la première phase de construction. Il permet ensuite d’avancer au sein du terrain afin d’apporter une présence associative dans la seconde et dernière phase de jeu. Il peut aussi mener le pressing lorsque l’équipe n’a pas le ballon. Pourtant, son apport défensif sans-ballon a été plutôt décevant pour Brighton. Ces contre-performances peuvent être expliquées par la qualité d’enseignement du coach vis-à-vis de la tactique sans-ballon plutôt que par la qualité intrinsèque des joueurs.
Martin Hiblot – Sous De Zerbi, quand les joueurs suivent une partition de A à Z
Le jeu défensif sans-ballon d’Ansu Fati conserve néanmoins un potentiel intéressant, notamment car le joueur est capable de montrer de bonnes qualités de dynamisme, d’entrain et de déversements d’énergie sur de courtes périodes. Ces caractéristiques sont compatibles avec un rôle au sein de la première ligne de pressing d’une équipe, dès lors qu’elle est correctement entraînée. Et ce rôle au sein du jeu, comme il l’a connu à Brighton, bénéficierait de l’aide importante de joueurs intelligents et techniquement suprêmes. Les noms ne manquent pas : Pedri, Gavi, Casado, Bernal ou encore Cubarsi et Christensen. En étant entouré de coureurs tels que Baldé et Raphinha, il pourra se nourrir et pourra fournir de bons ballons vers les ailes.

Ansu Fati, joueur intelligent
Dans un premier temps, nous pouvons voir Ansu Fati (numéro #31) se défaire du marquage en s’approchant du double-pivot, déjà formé de deux de ses coéquipiers, afin de se créer de l’espace comme expliqué précédemment mais aussi d’aider son équipe à ressortir le ballon.
Il réussit à se retourner avec le ballon alors qu’il est sous légère pression. Après avoir fixé son marqueur, il entame un 1-2 avec Mitoma, visant à créer le désordre dans la structure adverse. N’y arrivant visiblement pas, à cause d’un manque de coordination avec Mitoma, il fait un appel plus bas, puis passe la balle aux défenseurs centraux une fois qu’il la reçoit, afin d’entamer un changement de côté.
Il se replace ensuite entre les lignes, en même temps que Pascal Gross. Observant que ce dernier fait un appel pour Igor, Fati se place légèrement en retrait, anticipant déjà une chaîne de passes qu’il recevrait derrière la deuxième ligne défensive athénienne. Une fois que cette chaîne de passes se réalise, Fati prend quelques touches de balles quelque peu maladroites, et enchaînent avec une passe précise pour l’ailier droit, l’incluant dans l’action.
Et quid de son potentiel en tant que buteur ?
À l’exception de son tir raté et de son immobilisme devant la surface, qui ne reflètent ni sa capacité de tirs ni sa capacité à se lancer dans l’espace, cette action englobe parfaitement ce dont Fati est capable à plus grande fréquence.
Au vu de ses performances pour Brighton, et suivant l’analyse ci-dessus, j’en ai déduis qu’un rôle de buteur lui conviendrait bien. Dans tous les cas, son rôle optimal impliquerait une responsabilité minime lors de la construction des actions. Le joueur doit conserver autant d’énergie que possible pour effectuer ses courses offensives derrière la dernière ligne de défense. Ces mouvements laisseraient donc de l’espace pour des créateurs tels que Pedri, Gavi et consorts. Il serait aussi intéressant de lui permettre d’alterner entre un rôle en retrait et des tâches d’exploitation d’espace, comme à Brighton. Il serait alors accompagné sur le front de l’attaque par une pointe, telle que Lewandowski, Ferran Torres ou Pau Victor.
À présent, la résurrection de Ansu Fati est conditionnée par sa capacité à éviter les blessures à répétition. Seulement à ce moment pourra-t-on recommencer à parler d’Ansu Fati en tant que phare montrant l’exemple pour les futurs jeunes Masians.
0 commentaire