Après des années de chaos sous l’ordre de Corinne Diacre qui, seule contre toutes, refusait de résigner, un nouvel espoir est apparu il y a quelques mois. Ce nouvel espoir, incarné par Hervé Renard sur le banc de touche et le retour des cadres en sélection à l’image de Wendie Renard et Amandine Henry, ne se seront toutefois pas reflétées en dehors des terrains. Alors que ses voisins européens se développent à une cadence fulgurante, le football féminin français fait du sur-place depuis trop longtemps. Pire encore, il semble régresser. Entre l’inaction de la FFF, le manque d’infrastructures et de moyens, coup d’œil sur l’état du football féminin en France.

Ce dimanche 10 septembre marquait le coup d’envoi de la saison 2023-2024 de football féminin en France avec le Trophée des Championnes. Un an après l’avoir organisé dans le modeste Stade Marcel Tribut de Dunkerque qui avait affiché complet, la FFF avait vu plus grand cette année. Toutefois, le résultat n’en fut que plus décevant. Organisé au Stade de l’Aube de Troyes, seuls 5 283 spectateurs sont venus assister à l’affiche entre deux des meilleurs clubs du monde : l’OL et le PSG. Une affluence désespérante, d’autant plus lorsqu’on observe le spectacle impressionnant qui eût lieu deux jours plus tôt outre-Rhin.
À l’occasion des 16es de finale de Coupe d’Allemagne Féminine, les supporters de St Pauli, pensionnaire de 3e division, ont répondu plus que présent pour le derby contre Hambourg, récemment promu en deuxième division allemande. Résultat ? Une rencontre à guichet fermé, devant plus de 16 000 fans et dans une atmosphère que le football féminin français ne pourrait imaginer que dans un monde meilleur. Cet écart abyssal entre la France et ses voisins européens s’agrandit d’année en année, et une réaction immédiate est plus que nécessaire.
Le football féminin français est-il en régression ?
La Coupe du Monde féminine des Bleues disputée cet été en Nouvelle-Zélande et en Australie a marqué le début d’une nouvelle ère. L’arrivée d’Hervé Renard en lieu et place de Corinne Diacre quelques mois plus tôt a permis de recréer un sentiment d’unité au sein de la sélection, mise en avant notamment par le retour de cadres comme Wendie Renard et Amandine Henry. Toutefois, si la sélection nationale semble de retour sur le droit chemin, le championnat français est au bord d’un ravin qui semble sans fonds.
À l’instar de son homologue masculin, l’élite française voit désormais de nombreuses joueuses quitter la France pour l’Angleterre, l’Espagne ou encore l’Italie, dont le développement est aussi rapide que le déclin du championnat français. Cet exode se reflète sur la sélection nationale. Alors que l’ensemble des Françaises convoquées pour la Coupe du Monde féminine 2015 évoluaient en France, près de la moitié des convoquées pour l’édition 2023 ont fait le choix de s’exporter (9 sur 23). Un nombre déjà en forte hausse par rapport aux cinq joueuses évoluant à l’étranger convoquées pour l’Euro 2022 en Angleterre.
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Récemment invitée sur RTL, la pionnière du football français Marinette Pichon avait fait part de sa déception devant l’inaction des instances dirigeantes : « Qu’est-ce qui a réellement changé à part l’impact médiatique des deux événements majeurs des dernières années, à savoir la Coupe du Monde 2019 et l’Euro 2022 ? Rien ! Les joueuses sont toujours sous contrat fédéral, avec une partie professionnelle et une partie sportive, à l’exception des trois clubs, l’OL, le PSG et Montpellier, qui ont les moyens financiers de leur offrir ce statut professionnel.
Hormis cela, nous ne disposons pas de structures pour accueillir nos jeunes joueuses, ni d’un nombre suffisant d’éducateurs et de bénévoles. Je suis révoltée qu’une fédération ne réalise pas l’importance de ces jeunes femmes qui attendent de pouvoir accéder à des installations qui leur permettront également de prendre plaisir à jouer. La Fédération est l’organe décisionnaire et doit impulser ces changements. »
L’année 2023 pouvait être celle de la révolution pour le football féminin en France. Outre la Coupe du Monde, il s’agissait de l’année de renouvellement des droits TV pour la D1 Arkema ainsi que l’Equipe de France. Toutefois, sous prétexte que la compétition a lieu à l’autre bout du monde, entraînant ainsi un décalage horaire important, aucune chaîne n’avait décidée de formuler une offre décente pour s’octroyer les droits de la Coupe du Monde féminine moins de deux mois avant son coup d’envoi. Finalement, M6 et France Télévisions ont trouvé un accord pour co-diffuser la compétition tout juste un mois avant le match d’ouverture. Selon L’Equipe, les deux groupes auraient déboursé moins de 10M€ à eux deux. Une chute colossale par rapport aux 19M€ déboursés par TF1 pour diffuser la Coupe du Monde féminine 2019.
Les droits TV, source de discorde, facteur d’humiliation
Après avoir accueilli la Coupe du Monde Féminine 2019 et réalisé de beaux parcours lors de cette édition ainsi que lors de l’Euro 2022 outre-manche, la logique serait à une croissance du football féminin en France, que ce soit en termes de licenciées et de visibilité. Toutefois, si le nombre de licenciés est en hausse, la visibilité ne l’est pas, bien au contraire. À l’heure du renouvellement des droits TV de la D1 Arkéma pour la période 2023-2029, L’Equipe rapporte que le montant se renégocie à la baisse par Canal+. La chaîne cryptée a d’ailleurs pris la décision de ne diffuser plus que les deux meilleures affiches de chaque journée pour un montant d’1.2M€ par saison. Les quatre autres affiches hebdomadaires seront quant à elle à visionner gratuitement sur… Dailymotion.
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Si la plateforme française vante ses 400 millions d’utilisateurs mensuels, il est important de préciser que plus de 75% des utilisateurs n’accèdent pas aux sites, mais visionnent des vidéos indirectement, la plupart des sites web utilisant notamment Dailymotion pour les courtes annonces présentes sur leurs pages, et ainsi indirectement visionnée par chaque lecteur de l’article en question. Alors que la chaîne YouTube de Canal+ Sport compte 1.1 millions d’abonnés, le compte Dailymotion n’en compte que… 13 900 abonnés. Devinez sur lequel de ces deux comptes sera diffusé la D1 Arkéma cette saison… ? À l’heure où la diffusion en direct se joue sur des plateformes comme Twitch ou YouTube, la FFF gît dans une époque d’antan, freinant ainsi le développement du football féminin en France.
Pourtant, jetons un œil sur nos voisins européens, encore récemment loin derrière la France en ce qui concerne le football féminin. Ils sont désormais à des années-lumière des moyens mis en place par la FFF. Commençons notre voyage outre-manche. Les championnes d’Europe et récente vice-championne du monde en titre devaient également renégocier les droits TV de l’élite en cette année 2023. En plein développement sur ces dernières années, les droits TV de la WSL se vendent pour un montant de 9.2M€ à la suite d’une offre conjointe de la BBC et de Sky, les deux principales chaînes du pays. Certes, la grande majorité du championnat sera diffusée sur les canaux cryptés des deux groupes. Malgré tout, entre 18 et 22 rencontres seront à voir en clair sur les canaux publics. Un moyen parfait d’attirer plus d’intérêt et de faire découvrir le football féminin à un public encore plus élargi.
UEFA – DAZN et YouTube diffuseront l’UEFA Women’s Champions League
En continuant notre périple en Espagne, on peut s’apercevoir que les droits TV ont été négociés à hauteur de 3M€ par saison, alors que les rencontres sont disponibles gratuitement sur la chaîne YouTube du géant DAZN. Enfin, outre-Atlantique, c’est sur Twitch que certaines rencontres de WSPL, l’élite américaine, sont disponibles gratuitement, tandis qu’Amazon s’est octroyé les droits de diffusion des principales affiches pour un montant global de 2.4M€ par saison.
Il serait facile de rejeter la faute sur Canal+, qui a renégocié ses propres droits à la baisse. Toutefois, le groupe s’est défendu à raison. Il se plaint d’être trop esseulé dans ses efforts de promotion du football féminin en France. « Depuis quatre ans, [notre groupe] fait le maximum pour valoriser la D1, mais nous ne pouvons pas avancer seuls. La FFF et les clubs doivent élever les standards et professionnaliser le Championnat. Trop de stades de D1 ne disposent pas des infrastructures suffisantes pour nous permettre d’assurer une captation de qualité. Parfois, nous ne savons pas où installer nos caméras. Elles ne sont pas protégées des intempéries, ou encore nous avons des problèmes d’éclairage » déclarait ainsi Thomas Sénécal, directeur des Sports de Canal +, à l’Équipe.
Un nouvel espoir ?
Si le football féminin français semble être dans un trou noir depuis bien trop longtemps, le marasme pourrait potentiellement prendre fin prochainement. L’adoption d’une Ligue de Football Professionnelle Féminine par le COMEX de la FFF il y a quelques mois permet d’être plus positif quant à l’avenir du football féminin français. Si la D1 Arkéma est déjà qualifiée de professionnelle, il existe toutefois de grandes disparités au sein du championnat. Ces écarts en termes d’infrastructures ou encore de budget sont notamment marqués par les sections féminines de clubs professionnels masculins tels que l’OL, le PSG et Montpellier et les clubs indépendants comme Fleury ou Soyaux.
Preuve de l’évolution du championnat, l’élite féminine est passée 6 clubs indépendants sur 12 en 2015 à seulement un seul – Fleury – pour cette saison 2023/24. Si la majorité des clubs font encore évoluer leur section féminine au centre d’entraînement du club, Dijon a pris la décision de montrer l’exemple pour cette nouvelle saison. Dans le but d’attirer plus de spectateurs, mais également d’évoluer de manière professionnelle sur un terrain de qualité, la section féminine de Dijon jouera toute la saison au Stade Gaston-Gérard, également utilisé par la section masculine.
Cette décision vient faire écho à la principale révolution qui attend le football féminin en France : la création d’une Licence Club. Les critères d’obtention s’appliqueront à l’ensemble des clubs du championnat. Son objectif ? Optimiser la structuration des clubs, s’assurer d’une certaine qualité des stades et des différentes infrastructures, mais également encourager les clubs à la création d’un centre de formation, qui sera nécessaire pour l’obtention d’une licence élite. Afin de convaincre les clubs de franchir le pas du centre de formation, les instances réfléchissent notamment à l’instauration d’une indemnité de formation, similaire à ce que l’on peut voir chez les masculins.
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Autre nouveauté à la suite de la récente réforme des championnats : la création d’une Division 3. Ce nouvel échelon de la pyramide footballistique féminine française vient s’interposer entre la Division 2 et la Régionale 1. Composé de deux groupes de 12 clubs, ce nouveau championnat ouvre la porte à un développement des clubs locaux, mais également des réserves de clubs professionnels. À l’occasion de la saison inaugurale, l’OL sera l’unique club à avoir une réserve au sein de la D3 Féminine. L’occasion pour des jeunes joueuses d’obtenir du temps de jeu à un niveau plus élevé et avec une pression de résultat supérieure à celle ressentie lors de simples matchs amicaux.
Le football féminin en France semble ainsi se reprendre en main. Pourtant, de nombreuses critiques sont toutefois encore à émettre. Le récent échec des négociations des droits TV, résultant de la plupart des matchs étant diffusés gratuitement certes, mais sur une plateforme aussi peu utilisée que Dailymotion lorsque nos voisins européens diffusent sur YouTube et Twitch, laissent à penser que le chemin est encore long. Comme trop souvent, la FFF semble dépassée par son temps et accuse de l’incompétence de ses dirigeants. Il est temps que cela cesse, que ce soit par un hébergement de la LFP ou une modernisation et une révolution interne de la FFF. Malheureusement, aucun des deux ne semble à l’ordre du jour.
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Non, les footballeurs ne peuvent pas donner leur opinion - Fausse Touche · 18/11/2023 à 16:11
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