Arrivé comme un roi dans la ville des consuls et des empereurs, Paulo Dybala porte désormais la tunique romaine depuis plus de huit mois maintenant. Au sein d’une Roma pas vraiment emballante, ni convaincante, bilan des premiers pas de l’Argentin dans la gueule de la Louve.
Les attentes étaient énormes. Les images de l’arrivée de Paulo Dybala à Rome restent forcément gravées dans un coin de la mémoire. Il suffit de se pencher quelques secondes sur le Stadio Olimpico, à guichets fermés la plupart du temps depuis le début de saison, pour comprendre l’impact de Paulo Dybala et les attentes générées sur la saison des giallorossi. Une présentation aux tifosi titanesque, presque trop, pour un joueur ne faisant pas partie des meilleurs de la planète. Mais Rome attendait son nouvel homme providentiel, un nouveau numéro dix…

Encore trop de pépins
Finalement, l’ancien de la Juventus a opté pour le vingt-et-un, et s’est peu à peu intégré dans le 3-4-3 de José Mourinho. Un temps avec Nicolo Zaniolo à sa hauteur, aujourd’hui aux côtés de Lorenzo Pellegrini ou Andrea Belotti, derrière l’inévitable Tammy Abraham. Dans le jeu, l’Anglais n’est d’ailleurs pas loin de sauver une nouvelle fois les meubles au sein d’une Roma incapable ou presque de produire quoique ce soit avec ballon.
« Quand Dybala joue, la Roma joue différemment » souligne Antonino Russo, créateur de RomaFrancopho. Le problème majeur de l’Argentin est là : « quand il joue« . Dybala, c’est 1 673 minutes en Série A cette saison (pour 11 buts et 7 passes décisives), sur les 3 150 disputées par la Roma, avant le match face à la Salernitana ce 22 mai. Un peu plus de la moitié du temps de jeu total, c’est peu, trop peu. Un corps trop fragile, marqué par de courts mais nombreux pépins physiques, dans la continuité de sa dernière saison à Turin, beaucoup plus hachée que les précédentes. Il a par exemple manqué un mois de compétition entre octobre et novembre après une blessure aux ischio-jambiers.
Ceci dit, ses absences ne sont pas toujours dues à la fragilité de ses muscles et os : au moment de la sortie de cet article, il n’a pas joué de match complet depuis le 24 avril, à la suite d’un tacle non maitrisé de Palomino face à l’Atalanta, qui a laissé des lésions à la cheville.
Une Roma moribonde…
Sur les 1 673 minutes disputées, auxquelles il faut ajouter celles jouées en compétition européenne (10 matchs sur 14 disputés), la différence avec ou sans Dybala est frappante. « Sans lui, la Roma galère tant au niveau organisation qu’au niveau des buts. Quand il est présent, il prend le jeu à son compte et tente des coups. Sans lui, c’est beaucoup plus difficile, comme s’il manquait quelque chose » souligne le rédacteur pour le site amoroma.it. Cette Roma qui patauge dans le jeu, les suiveurs de la Série A l’observent tous les week-ends. C’est aussi le cas en Europe.
Exemple tout frais avec cette demi-finale aller d’Europa League à l’Olimpico, face au Bayern Leverkusen de Xabi Alonso. En phase de retour de blessure, Dybala, meilleur buteur du club sur l’exercice 2022/2023, ne jouera qu’une petite vingtaine de minutes. La Roma repartira avec la victoire (1-0), mais encore une fois, sans convaincre. Même constat au retour, cette fois-ci sans Dybala, pas forcément adapté à un plan de jeu qui nécessite de défendre à 25 mètres de ses propres buts durant tout un match (seuls deux joueurs de la Roma ont présenté une position moyenne dans le camp allemand).
Les hommes de Mourinho n’ont pas le ballon dans les pieds la plupart du temps, et quand ils l’ont, n’ont pas les clés pour faire progresser le bloc romain dans les 25 derniers mètres adverses. La seule option viable est de sauter le milieu de terrain via un jeu long d’Ibanez ou encore de Mancini afin de toucher Tammy Abraham un cran plus haut.
… qui a peut-être trouvé sa clé avec Dybala
L’Anglais, moins efficace que la saison dernière, tient presque à lui seul le système romain quand son compère argentin n’est pas là. Antonino Russo explique : « Même Abraham a vu ses prestations diminuer en efficacité [sans Dybala] : cette année, le peu de buts que l’Anglais a mis, c’est presque tous avec Dybala sur le terrain« . Cet impact est tout autant visible dans les chiffres. Quand le numéro vingt-et-un est sur le terrain, la Roma créé 0,5 xG et marque 0,7 but par match de plus que s’il est absent.
Si Dybala est là, les hommes de José Mourinho sont non loin de scorer un but de plus que leur adversaire du jour en moyenne, synonyme donc de victoire. Avec l’Argentin en tant que titulaire cette saison, le bilan de la Louve en championnat est d’ailleurs de treize victoires, trois nuls et quatre défaites. Une prépondérance jamais vue chez lui, si on omet sa saison de meilleur joueur de Série A en 2019/2020 (la Juventus marquait même 1,2 but de plus que l’adversaire quand il était sur le terrain).
Le double pivot du 3-4-3/3-4-2-1 giallorosso, souvent constitué de Matic, Cristante ou encore Bove, est très peu utilisé à la construction (la faute à un plan de jeu très restrictif). Pas facile de faire avancer le jeu sans solution dans l’entre jeu. Alors, quand Dybala est disponible, il apporte ce lien entre les lignes, un lien presque indispensable tant la Roma en dépend dans le jeu. Le joueur de 29 ans organise le jeu. Pour les supporters romains, son rôle est similaire, quasiment identique, à celui qu’a pu interpréter le grand Francesco Totti. Si sa position a légèrement pu évoluer suite au départ de Nicolo Zaniolo cet hiver, le rôle, lui, est resté intact.
En forme, Dybala performe
Individuellement, Paulo Dybala réalise une saison de grande qualité. S’il est précieux à la finition, il l’est, aussi, dans la construction des actions romaines. Chef d’orchestre en attaque, le presque trentenaire est capable de créer des différences. Que cela soit par la passe ou par la course avec ballon : « Paulo est un joueur qui rend l’équipe et l’entraîneur meilleurs, il y a le travail d’équipe, mais Paulo est autre chose, il a un parfum différent« , expliquait José Mourinho, en janvier.
« Il n’a eu aucunement besoin de s’adapter. C’est plutôt la Roma qui s’est mise à tourner autour de Dybala » ajoute Antonino. Effectivement, l’Argentin n’a pas mis à longtemps à retrouver ses standards avec son nouveau maillot, loin de là. Le champion du monde en est donc à 16 buts en 36 matchs, auxquels il faut ajouter sept passes décisives. Le temps d’adaptation n’a presque pas existé, et l’impact lui, s’est directement fait ressentir.
Sans lui, et avec toutes les blessures que la Roma a eues, je ne suis pas certain que la Roma serait allée aussi loin en C3, et je ne suis pas sûr qu’elle soit toujours en course pour une qualification Européenne à ce stade de la compétition.
Meilleure saison en carrière ?
Statistiquement, la Roma compte dans ses rangs le meilleur visage de Paulo Dybala. Un condensé de ses meilleures saisons en une seule et unique version. Le profil qui se rapproche du champion du monde cette saison en Italie est celui d’Ademola Lookman, peut-être le meilleur joueur de l’Atalanta. Leurs niveaux d’impact avec ballon sont relativement similaires, mais l’Argentin est davantage, et meilleur passeur, symbolisé par ses 0,4 Expected Assists par 90 minutes.
Un seul coup d’œil aux comparaisons avec les autres milieux offensifs du championnat italien suffit pour comprendre que le joueur de 29 ans est haut dessus de la mêlée au sud des Alpes. Pour faire simple, il fait partie de l’élite dans chaque statistique offensive, à peu de choses près.
Exemple avec le graphique ci-dessous (stats/90min via StatsBomb) : le meneur de jeu de la Roma est le meilleur élément du championnat italien quand il s’agit d’additionner but et passe décisive par match, ou performe mieux que 98 % de ses compères au niveau des passes clés.

Un joueur rené de ses cendres
« Le meilleur visage » de Dybala, car il est non loin des standards qui ont fait de lui le meilleur joueur de Série A en 2019/2020, devant Cristiano Ronaldo. Des chiffres à mettre en perspective en raison de son évolution dans une équipe bien moins proactive et dominante avec ballon. Cette saison, la Roma est en possession du ballon 48 % du temps. Pour la Juventus de Turin en 2019/2020, c’était plus de 58 % du temps (fbref). Forcément, il est plus compliqué de présenter des statistiques de haute volée en possession avec une telle perte de contrôle du cuir. Symbole de cette différence, il tente presque deux fois moins de passes dans le dernier tiers, mais réussit tout de même autant de passes clés. Un bon Dybala sera toujours meilleur au sein d’un onze qui maîtrise le jeu…
Malgré tout, s’il réussit moins de passes progressives que lors de sa saison MVP, il contribue davantage aux buts de son équipe qu’il y a trois ans. Plus de buts (alors que seule sa saison 2018/2019 présente un taux de frappe plus élevé par match), plus de passes décisives au sens littéral du terme. Beaucoup plus que sa dernière saison avec les Bianconeri, surement la moins aboutie sur l’ensemble de son passage à Turin, encore et toujours enrayée par les blessures.
Les blessures, c’est l’alpha et l’omega de Paulo Dybala. Galvanisé par une victoire en Coupe du Monde, l’Argentin est proche de marcher sur l’eau quand il est en capacité d’enchaîner les sprints sur un terrain. La meilleure période individuelle de Paulo Dybala, c’est maintenant, alors, à la Roma, et à Paulo Dybala, d’en profiter.
1 commentaire
Paulo Dybala, le bijou que l'on attendait trop brillant. - Fausse Touche · 08/12/2025 à 16:32
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