Si la saison 2022/2023 se terminait par une exceptionnelle première montée en Ligue 2 pour Concarneau, après un sprint final haletant et un des meilleurs jeux de National, c’est péniblement que les hommes de Stéphane Le Mignan entament cette saison. La défaite sévère 3-0 contre le Paris FC est un revers, et vient s’ajouter au match nul 0-0 obtenu face à Bastia en match d’ouverture et aux 1-0 et 0-2 concédés contre Bordeaux et Caen les semaines suivantes. Un mois d’août difficile, qui ne reflète pas pour autant le spectacle offert par les Bretons.

Stéphane Le Mignan Metz

Sur la lancée de leur saison précédente, les Concarnois proposent un jeu offensif et plaisant à regarder. Ils ont d’ailleurs tenu la dragée haute à des adversaires supérieurs sur le papier, et ont fait le jeu sur une bonne partie de ces quatre rencontres. Et pour ceux qui suivent Stéphane Le Mignan, ce son de cloche ne parvient pas à leurs oreilles pour la première fois.

Stéphane Le Mignan, l’homme qui comprenait le jeu

Jouer bien, recruter intelligemment et tenir tête à des clubs bien mieux dotés financièrement. Voilà comment pourrait-on décrire l’impression donnée par Stéphane Le Mignan dans les clubs qu’il a entraînés. Le natif d’Auray, petite ville portuaire dans le Morbihan, entame sa carrière d’entraîneur au Vannes OC, club où il termine une modeste carrière de joueur. Pendant dix ans, coach Le Mignan prend ses marques, tente, rate, réussit, recommence. Il finit champion de son championnat de CFA (National 2) en 2005, fait monter le club jusqu’en Ligue 2 en 2008 et se hisse en finale de Coupe de la Ligue l’année suivante. Un bilan honorable pour un homme ambitieux. Son jeu est ambitieux. Conquérant. C’est une ligne directrice qui le suivra de projet en projet, à Boulogne, puis Créteil, et enfin, à Concarneau.

Pour définir la touche Le Mignan, il faut sans doute évoquer d’entrée de jeu l’influence d’un autre Breton, Christian Gourcuff. Il l’a par ailleurs côtoyé en tant qu’adjoint, lors du passage de la légende lorientaise sur le banc de Al-Gharafa SC, en 2018/2019. Zizek Belkebla, journaliste pour Canal + et commentateur en National, détaille : « Le Mignan connaît très bien Gourcuff, c’est un disciple de Lorient. Il joue beaucoup en triangle, où chaque joueur est interchangeable. Ils ont tous les mêmes profils (Gope-Fenepej, Camblan, Mannai, Urie, Boutrah, Rabillard l’an passé, Isaac Matondo et Chabli cette saison, ndlr). À partir du milieu de terrain, les joueurs sur les côtés peuvent rentrer à l’intérieur, sont toujours en perpétuel mouvement. Ça leur permet de garder le pied sur le ballon. »

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Ce n’est pas un hasard si Concarneau est considéré comme l’un des jeux les plus attrayants de National ces dernières saisons. Même chose si cinq joueurs figuraient dans l’équipe type en 2021/2022 et quatre en 2022/2023. Ou encore si le meilleur joueur de National est issu de Concarneau pour la deuxième année consécutive. Et, pour finir, si Le Mignan était en lice pour être nommé meilleur entraîneur de la saison en 2021/2022, accomplissement réalisé la saison suivante.

« Il a construit petit à petit l’effectif et a tâté le terrain en créant un groupe avec des joueurs de qualités : Rabillard et Fahd en 2021, Boutrah, Sylla, George, Traoré en 2022, toujours avec les moyens de Concarneau. C’est du Stéphane Le Mignan dans le texte : une équipe joueuse qui aime avoir le ballon, une grosse possession. Son équipe a souvent été désignée comme celle proposant le plus beau football cette saison en National », confirme Dylan Le Mée, journaliste pour Ouest-France. Les équipes en face jouent régulièrement un autre football que celui pratiqué habituellement. Concarneau était une équipe crainte par ses adversaires, qui revoient spécialement leurs copies à l’approche de ce match.

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« En National, ils avaient le monopole du jeu, un jeu de possession avec des circuits de passe bien définis et c’était super intéressant de voir le football pratiqué par Concarneau. On sentait qu’il y avait d’abord du plaisir pour eux et par conséquent ils en donnaient aussi. Au public, aux amoureux du football. Leur jeu me rappelle le football des années 80. Aujourd’hui, c’est le système qui fait le football et à l’époque, c’était les joueurs qui faisaient le système. Il y a une différence notable. », ajoute Zizek. Suivre Concarneau, c’est constater une certaine fidélité à ce modèle. Pour Stéphane Le Mignan, la tactique compte, et le système est plus important que les individualités.

Faïssal Mannai, joueur de Concarneau pendant une saison et demi, et nouvellement joueur de l’US Monastir en Tunisie, acquiesce et évoque de son côté un homme féru de tactique, consciencieux. À son arrivée au club, nous raconte-t-il, Stéphane Le Mignan le convie dans son bureau. « Je me souviens d’un paperboard avec des aimants. La première discussion que nous avons eue portait sur la tactique. Il m’a directement fait comprendre quel allait être mon rôle, comment fonctionnait l’équipe. Il a une facilité pour faire comprendre son système et ses intentions de jeu et cette faculté de vite faire intégrer à un joueur ce qu’il attend de lui. Rien n’est laissé au hasard. Un entraînement, même un décrassage, sont étudiés en fonction de la tactique du week-end ».

Stéphane Le Mignan, bourreau de travail passionné

Ce succès, il le doit avant tout au travail. Quand l’entraînement commençait à dix heures trente, il était au stade « dès huit heures », indique Faïssal Mannai. Et partait le soir à dix-huit heures. Échanger avec ses pairs, suivre attentivement le football sont des prétextes pour apprendre, comprendre et perfectionner son regard et son approche du football. Avec son staff, indissociable du personnage, ce sont des heures et des heures de visionnage vidéos cumulées.

Les matches entre les plus grandes équipes ne lui échappaient pas. Il évoque les matches de Ligue des Champions, de l’équipe de France en conférence de presse, s’attarde sur certains faits de jeu nous évoque Dylan Le Mée. « Ce n’était pas rare qu’il prenne pour exemple le dernier match de Liverpool, de Manchester City. City est une équipe qu’il apprécie beaucoup, il aime ce que propose Guardiola, notamment dans la possession et le dépassement de fonction des joueurs. C’est une de ses références dans le football actuel, si on omet bien sûr Christian Gourcuff ».

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Tout ce bagage emmagasiné, il le restitue au quotidien. À l’image du football qu’il propose, il est simple, populaire, humble et attachant. Il ne recrute pas les joueurs les plus chers de National pour bâtir ses effectifs, et n’est pas clinquant, en dehors de quelques nerfs qui sautent le temps d’un match. Il place sa connaissance au service de ceux qu’il guide. Sans tarir d’éloges, Mannai complète : « Tous les sujets sur le football, il les maîtrise mieux que la plupart des autres acteurs. Il recrute mieux que certains recruteurs. Il coache mieux que beaucoup de coaches, il gère très bien les préparations physiques. Dans la mesure où Stéphane Le Mignan maîtrise mieux le football, il a du mal à déléguer ».

L’an dernier, le principal intéressé l’avouait face à la presse. Il a besoin de s’occuper à 100 % du recrutement avec son staff. L’important est le lien créé avec le joueur et la proximité créée par l’absence d’intermédiaire : directeurs sportifs, agents… Il éclaire sur la place prépondérante laissée au respect mutuel. Lorsqu’il recrute, il se base sur les « informations d’autres techniciens, avec lesquels [j’ai] noué une relation de confiance ».

Stéphane Le Mignan, un meneur d’homme charismatique

Les avis dithyrambiques ne semblent en rien être des coïncidences. Toutefois, Stéphane Le Mignan fonctionne beaucoup à la confiance. Une impression partagée par le journaliste de Ouest-France : « C‘est quelqu’un qui en donne beaucoup à ses joueurs. Il attend de ses joueurs qu’ils lui rendent 100 % de ce qu’il leur donne. Ce n’est pas rare de voir des joueurs qui pendant plusieurs matches sont en deçà de leur rendement habituel, mais qui garderont un rôle dans son plan de jeu. Il arrive à maintenir leur confiance et en faire des guerriers. Il dispose d’une équipe qui ne fait qu’un seul homme, unie ».

Antoine Rabillard, juste avant l’hiver et au début d’année, est bien moins efficace, et pourtant il continue de travailler et l’entraîneur continue de lui laisser sa confiance. Quitte à le remplacer sur la droite. Et dans le sprint final, il a été essentiel. Comme je le disais, c’est une relation donnant donnant. Un agent m’avait évoqué Le Mignan comme gourou, dans le sens positif du terme. Il arrive alimenter et à aimanter les joueurs, les faire adhérer à son projet et à la direction à suivre.

Dylan Le Mée

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Comme Faïssal, en somme. Ou lorsque Fahd El Khoumisti met fin son aventure mancelle pour retrouver le projet breton et jouer à nouveau sous ses ordres. De même, Julloux, Lebeau ou Gboho ont été des joueurs de rotation. Pourtant, à chaque entrée ou titularisation, ils ont toujours répondu présents.

À Zizek Belkebla de renchérir : « C‘est un entraîneur d’intuition. J’ai commenté l’avant-dernier match de la saison dernière face à Bourg-en-Bresse, quand Rabillard met le lob en toute fin de match. J’ai dit que la décision la plus importante de la saison était celle que prendrait Le Mignan. Il fait sortir Amine Boutrah et Fahd El Khoumisti, et fait rentrer Antoine Rabillard. Il a compris qu’à ce moment précis, ses deux tauliers n’allaient pas lui donner ce dont il avait besoin, pour ce match-là, à cet instant-là. Et contre Orléans, le scénario est le même. À nouveau, Rabillard entre en fin de match et marque dans la foulée. Ces buts de Rabillard, ce sont les buts de la montée ».

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Les supporters le ressentent aussi. L’un d’eux insiste sur sa personnalité, les certitudes qu’il dégage. Il sait ce qu’il veut, il sait où veut aller. C’est un leader, capable de s’adapter aux contraintes inattendues. À nouveau, il dégage l’image d’un homme qui maîtrise son sujet, et tout le monde le ressent. Stéphane parle, toi, tu l’écoutes. D’abord peu convaincu par l’intérêt de Concarneau, le joueur tunisien nous décrit un entretien expéditif.

« Quand il est venu me chercher à Sète, je voulais finir mon contrat. Je n’étais pas emballé. Mon grand frère m’a demandé de discuter avec le coach au téléphone. Il m’a directement parlé de football. Je me suis dit « Mais moi c’est là que je veux aller. Je veux jouer avec lui ». Pour moi c’est un des meilleurs en France et il devrait être dans les tops équipes ». Peut-être que Pierre a percé à jour le tacticien. C’est quelqu’un de simple humainement, parfois discret, pour reprendre les mots de Faïssal. Et c’est pour ça que les joueurs sont en symbiose avec lui.

La Bretagne, ça le gagne

Était-ce donc ça, la recette ? Force est de constater que oui. Beaucoup de travail, beaucoup de confiance. Et un soupçon de Bretagne ? Cette petite ville du Finistère sud est une terre accueillante, dotée d’une image sympathique dans l’esprit des Bretons. Coach le Mignan n’hésite d’ailleurs pas à bâtir son groupe autour de gars du cru, passé par les « grands frères » de la région. Des joueurs plus faciles à scouter du fait de la proximité, aussi. Ces deux dernières saisons, le havre de paix à vu ses rangs se garnir, entre autres, de Ludovic Baal, habitué de la Bretagne, Axel Camblan, joueur formé au Stade Brestois 29, Maxime Pattier, formé au Stade Rennais, passé par Lorient et Saint-Brieuc, Ambroise Gboho, postformé à Rennes, Axel Urie, passé par l’En Avant Guingamp, Baptiste Mouazan, formé à FC Lorient ou encore Julien Faussurier, ancien taulier du SB29. Un recrutement qui ancre le club dans le territoire et contribue à diffuser son image attachante auprès des supporters.

Une atmosphère très particulière se dégage de la ville et du club, et gagne les supporters de la région. Outre la proximité géographique avec Brest et Lorient, un supporter pointe son statut de « petit poucet », affrontant des clubs historiques de l’élite du football français. « Peu importe l’équipe qu’on supporte, les gens aiment toujours ce genre d’histoires ». Un avis qui ne pouvait être que partagé par Faïssal Mannai, conquis par son passage dans la Ville Close : « Ce sont mes plus belles années à Concarneau. Le club est magnifique, le public est magnifique, la ville est magnifique. Ce sont de vrais amoureux du football. C’est ma plus belle saison. Je pense peut-être comme ça parce qu’on a été champion, mais c’était franchement exceptionnel. Tout le monde avait l’air heureux pour nous, ça faisait chaud au cœur ».


Alexandre Bonnot

Fier représentant du grand Olympique de Marseille. Je mouille ma plume avec mes larmes... Je sillonne les matches de district le dimanche midi histoire de faire passer le temps.

4 commentaires

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