« Une saison réussie pour ces deux équipes serait de se maintenir en Premier League, vous pouvez ajouter Newcastle et Aston Villa ainsi que les trois promus Watford, Bournemouth, et Norwich, donc je pense qu’il y aura une lutte à sept pour le maintien » tels étaient les mots prononcés par les commentateurs anglais (sur le Premier League pass) à l’aube du match de la première journée de la saison 2015-2016 entre Leicester et Sunderland. Après une 14ème place en tant que promu lors de la saison précédente (acquise notamment grâce à 7 victoires lors des 9 dernières journées), il était impossible d’imaginer les Foxes jouer les premiers rôles durant l’exercice 2015-2016.

Pourtant, après la nomination de Claudio Ranieri sur le banc en lieu et place de Nigel Pearson et en déjouant tous les pronostics, Leicester sera bien couronné champion d’Angleterre lors de cette saison en réalisant ce qui constitue l’un des plus grands exploits footballistiques du début du 21ème siècle. Le petit poucet que tout le monde annonçait dans le fond du classement a finalement réussi à faire vaciller les géants. Retour sur les clés de l’incroyable saison 2015-2016 de Leicester.

Une force collective très bien organisée.
Le succès de Leicester s’est avant tout basé sur une vraie cohérence collective. Le plan de jeu est clair et appliqué à la perfection. En terme de disposition Leicester se présente avec un 4-4-2 à plat. C’est un système très bien organisé et dans lequel tout le monde connaît son rôle.

Dans le jeu, pour Leicester, l’objectif est simple. Donner le ballon à l’adversaire, l’attendre et le laisser se fracasser sur ce bloc médian/bas très compact. Une fois le ballon récupéré, les Foxes se projettent très vite et en nombre vers l’avant. Dans le but d’amener le danger par des contre-attaques souvent dévastatrices. Cette solidité défensive, alliée à une létalité impressionnante sur transitions, a permis le succès de Leicester. Ranieri a trouvé la formule parfaite pour maximiser et utiliser au mieux les qualités de ses joueurs au service du collectif. Ne pas avoir le ballon ne dérange pas du tout Leicester, au contraire. C’est dans cette configuration qu’ils sont le plus à l’aise. Ce qui est illustré statistiquement puisque Leicester se situait à la 18ème place du championnat en termes de possession de balle avec une faible moyenne de 44,7% de possession.
Retrouvez de nombreuses statistiques sur Fbref

Cette faible possession de balle s’explique à la fois par le fait que Leicester préfère laisser le ballon à l’adversaire, mais également par le fait que, lorsqu’ils le récupèrent, le jeu des Foxes est très risqué. En effet, rares sont les phases de jeu durant lesquelles Leicester temporise avec le ballon. Les Foxes sont en recherche constante de verticalité et de projection rapide vers l’avant. Il est très rare par exemple de voir Casper Schmeichel essayer de relancer court avec ses défenseurs. Le gardien Danois allonge de façon presque systématique. Il permet à Leicester soit de se dégager, soit d’aller envahir le camp adverse. Cela se traduit au niveau des statistiques de jeu court et de jeu long.


La verticalité, le maître mot

Ce jeu très risqué avec ballon est illustré par le faible pourcentage de passes réussies par les Foxes qui ne se classent que 19ème dans le domaine.

Malgré ces statistiques, Leicester n’en reste pas moins l’une des meilleures attaques du championnat cette saison-là. 3ème meilleure attaque sans même sur performer par rapport à leurs Xg. Cela s’explique par la capacité des Foxes à être systématiquement dangereux sur contre-attaque. Là où la plupart des équipes basant leur stratégie sur un bloc compact et la transition ont du mal à attaquer en nombre et à amener beaucoup de joueurs dans le camp adverse, les Foxes n’hésitent pas à se projeter en nombre, quitte à laisser de l’espace derrière eux pour tenter d’apporter un maximum de danger. Grâce à cela ils parviennent à se créer une quantité relativement élevée d’occasions malgré une possession et une précision de passes famélique.

Le mouvement apporté par les courses verticales et l’intelligence des déplacements couplés à une belle qualité technique permettent à Leicester de développer des modèles de transition mettant à mal de très nombreuses défenses Outre-Manche.


StatsBomb pour toujours plus de chiffres



Les contre-attaques et les projections rapides sont l’arme principale de Leicester avec ballon.




et la projection
Cette volonté de se projeter en nombre après la récupération constitue une force. Mais elle constitue également l’une des rares faiblesses de cette équipe. Très compliquée à prendre à défaut sur attaque placée, la défense de Leicester est plus en difficulté lorsqu’il s’agit de défendre des grands espaces. Une perte de balle rapide au moment de l’amorçage d’un contre constitue donc l’un des rares moments durant lesquels la défense de Leicester est vulnérable.





Cette séquence illustre l’une des failles de la stratégie des Foxes qui laissent beaucoup d’espace en se projetant et gardent finalement assez peu de joueurs en contrôle. Ce genre de situations représente les rares moments durant lesquels Leicester est en danger. Sur attaque placée, le 4-4-2 compact de Foxes est compliqué à prendre un revers. Les efforts sont faits ensembles, le bloc coulisse très bien sur la largeur. La défense de la surface est bien assurée par Morgan et Huth qui gagnent une large part de leurs duels aériens et sont souvent bien placés pour contrer les tentatives adverses.
Machine bien huilée


En plus de cette défense très bien organisée, Leicester peut compter, les rares fois où ils se font déborder, sur un gardien (Kasper Schmeichel) très en forme cette saison là (15 clean sheets) expliquant en partie la grosse surperformance défensive des Foxes.

Deux choix sont véritablement assumés par Claudio Ranieri. La position globalement très basse du bloc d’une part. Le manque de pressing haut d’autre part. S’ils le voulaient, les Foxes pouvaient être une bonne équipe de pressing. L’intensité mise par Leicester lors des rares phases de pressing leur permet d’être très efficaces sur ces situations et donc, lorsqu’ils le souhaitent, de récupérer des ballons haut.



Leicester est donc capable par séquence d’aller chercher l’adversaire et de récupérer les ballons haut. Ranieri a choisi de privilégier une approche moins ambitieuse mais tout aussi efficace en maximisant les qualités de son effectif.
N’Golo Kanté raconté par Coparena
De surcroît, Leicester a profité d’une grosse efficacité sur coup de pieds arrêtés. La qualité des frappeurs que sont Mahrez et Albrighton, combinée à la qualité dans le jeu aérien de joueurs comme Huth, a permis au Foxes de se sortir de nombreux matchs durant lesquels Leicester avait du mal à se créer des occasions dans le jeu. En plus des coups francs et des corners, Leicester est aussi l’équipe qui a obtenu le plus de pénaltys lors de cette saison. La vitesse de Vardy (notamment) mettant constamment les défenseurs adverses hors de position).
La viabilité de ce plan de jeu collectif repose en grande partie sur les qualités individuelles et le QI foot (l’intelligence de jeu) des joueurs qui l’animent. Les joueurs offensifs doivent concrétiser les quelques situations que les Foxes arrivent à se créer au cours d’une rencontre. Le double pivot doit à la fois maintenir l’équilibre de l’équipe sans ballon et se projeter pour apporter le surnombre dans le camp adverse à la récupération. La défense et le gardien doivent assurer la solidité de l’équipe. Elle n’a que très peu le ballon et, de facto, passe beaucoup de temps proche de son propre but. Ranieri a durant cette saison pu compter sur des individualités extrêmement performantes, surfant sur une confiance collective accumulée au fil de la saison.
Des individualités au sommet de leur art.
Les individualités de Leicester ont pour la plupart connu leur pic de carrière tous au même moment lors de cette saison 2015-2016. Drinkwater, Huth, Albrighton, Fusch, Morgan, Okazaki et bien d’autres ont sans aucun doute réalisés la meilleure saison de leur carrière lors de cet exercice.
Dans les buts, Kasper Schmeichel a joué son rôle de dernier rempart à merveille. Il a très souvent réalisé les 2 ou 3 arrêts décisifs rapportant de nombreux points au Foxes. Devant lui, la charnière centrale Morgan-Huth a également réalisé une saison impressionnante. Elle fait preuve d’une solidité à toute épreuve notamment lorsqu’il s’agissait de défendre les petits espaces et leur propre surface. Ranieri a réussi à mettre ses joueurs dans les meilleures conditions afin qu’ils expriment au mieux leurs qualités. Morgan et Huth en sont le parfait exemple. Les deux joueurs ne sont pas forcément les meilleurs relanceurs, mais leur puissance, leur sens de l’anticipation ainsi que leur qualité dans le jeu aérien collent parfaitement à ce que leur demandait le coach italien.
Milieu clinique
Le double pivot Kanté-Drinkwater avait un rôle prépondérant dans le système de jeu des Foxes. Force est de constater que les deux joueurs ont largement répondu aux attentes. Cette saison correspond à la saison de la révélation pour Ngolo Kanté. Le milieu de terrain français arrivé tout droit de Caen en début de saison a écrasé la Premier League. Son passage en Ligue 1 laissait présager un bel avenir mais sa saison sous Ranieri dans un système de jeu qui correspondait parfaitement à ses qualités lui ont permis d’exploser très rapidement. Son intensité, sa capacité à accélérer et à verticaliser le jeu ont été primordiaux pour Leicester.





L’association de Kanté avec Drinkwater a fonctionné parfaitement. Le milieu anglais était quant à lui en état de grâce. Il amorçait une grande partie des transitions notamment de par la qualité impressionnante de son jeu long permettant aux Foxes de se créer de nombreuses situations sans même avoir besoin de créer le moindre décalage.


Couloirs de la mort ?

Dans les couloirs, Albrighton est très intéressant par l’intelligence de ses courses ainsi que sa « patte » sur coup de pieds arrêtés. Que dire également de la saison de Ryad Mahrez, l’algérien a réalisé une saison titanesque. Sa justesse technique, sa vista et sa volonté constante d’aller provoquer et déséquilibrer l’adversaire par le drible ont fait de Mahrez un véritable poison pour les défenses anglaises. En plus de toutes ses qualités, Mahrez s’est montré extrêmement décisif (17 buts et 10 passes décisives en championnat) et a fait basculer bon nombre de matchs à lui seul.


Finition hors pair
Devant, Jamie Vardy est également un élément central du système de Leicester. Sa vitesse, sa capacité à effectuer des appels incessants et toujours dans la bonne zone dans la profondeur représentent l’une, si ce n’est la raison principale de la dangerosité des Foxes en transition. Il marque notamment lors de 11 rencontres consécutives entre la 3ème et la 13ème journée permettant à Leicester de parfaitement lancer sa saison. Son association et sa complémentarité avec Okazaki, qui aimait venir décrocher pour toucher le ballon pendant que Vardy partait dans l’espace, a rendu l’attaque de Leicester très difficile à lire pour les défenses centrales adverses. Son duel à distance avec Harry Kane au classement des buteurs a également constitué l’une des attractions de cette saison de Premier League (ce duel sera d’ailleurs remporté par Kane avec 25 buts contre 24 pour Vardy).
L’association de ces individualités au sommet de leur art pour animer un système mûrement réfléchi permettant de maximiser les qualités des uns et des autres a permis à Leicester de devenir une équipe très efficace. Mais cela n’est pas suffisant pour remporter une saison de Premier League. D’autres éléments, extérieur et parfois incontrôlable doivent aussi entrer en ligne de compte. Il semble que lors de la saison 2015-2016, rien ne pouvait arriver aux Foxes.
L’alignement des astres.
Les Foxes semblaient intouchables, tout leur souriait à commencer par des scénarios de match qui tournaient toujours en leur faveur. Contre Everton par exemple pour le compte de la 17ème journée, Leicester est plutôt malmené en début de match. Même s’ils ne concèdent pas grand-chose, les Foxes n’arrivent pas du tout à se projeter et à se montrer dangereux en contre. Pourtant, les hommes de Ranieri obtiennent un penalty sorti de nulle part sur leur première réelle incursion dans le camp adverse. En n’ayant littéralement rien fait avec le ballon durant les 30 premières minutes Leicester mène donc 1-0 (et finira même par s’imposer 3-2 en surfant sur la confiance de leur 1er but). De même, face à Tottenham quelques journées plus tard, Leicester est bousculé. Le match est très fermé mais semble bien plus facilement pouvoir basculer du côté de Tottenham que l’inverse.
Pourtant, dans un match décisif face à un concurrent direct, c’est bien Leicester qui trouvera la faille sur corner à la 82ème minute pour s’imposer 1-0. Cette réussite est bien sûr provoquée notamment par la solidarité que dégage ce groupe. Les efforts sont toujours faits les uns pour les autres, et même lorsque les matchs sont difficiles, personne ne flanche. Mahrez et Vardy ont par exemple vécu des matchs compliqués avec très peu de ballons à se mettre sous la dent, mais jamais ils n’ont semblé s’apitoyer sur leur sort et ont continué à faire les efforts défensifs pour le bien du collectif tout au long de la saison. Un vrai esprit collectif émanait de cet effectif et semblait le rendre intouchable.
Une solidarité à tout épreuve
Cette solidarité a permis au Foxes de rester fort mentalement notamment dans le sprint final. Tout le monde s’attendait à voir Leicester revenir dans le rang et craquer sur la fin de saison.
Finalement, les Foxes ont fait preuve d’une impressionnante force mentale leur permettant de ne jamais paniquer (en atteste les nombreuses victoires 1-0 dans les dernières embouchures) dans des matchs parfois difficiles et avec une pression grandissante sur les épaules pour finir la saison sur une série de 12 matchs sans défaite. On peut aussi parler de leur capacité de rebond dans les moments compliqués. Après la gifle reçue à domicile face à Arsenal en début de saison, les Foxes ont enchainé une série de 10 matchs sans défaite jusqu’à mi-décembre, leur permettant de s’emparer de la tête du championnat assez tôt dans la saison.
Au-delà de tous ces facteurs, Leicester a aussi bénéficié du timing de sa saison dorée. En effet, cette saison ou tout réussi à Leicester arrive à une période où les ogres du championnat vacillent. Le Chelsea de Mourinho, champion en titre est en grande difficulté et le technicien portugais sera même remplacé en cours de saison. Manchester City est en pleine transition, entre l’équipe du début de la décennie sous Mancini et celle de la fin de la décennie sous Guardiola, et se cherche malgré, un bon parcours Européen lors de cette saison sous Pelligrini.
A LIRE – Entretien avec Rob Tanner, journaliste et expert de Leicester
Arsenal et Tottenham étaient les deux adversaires les plus sérieux des Foxes lors de cette saison. Mais ces derniers ont multiplié les faux pas laissant le champ libre à Leicester. Le club sera couronné au sortir de la 36ème journée. Tout cela avant même de disputer les deux derniers matchs de sa saison. Les Foxes sont sacrés champions avec 81 points, ce qui est relativement faible. Par exemple, les vainqueurs de Premier League se sont situés entre 98 et 100 points entre 2017-2018 et 2019-2020. Malgré cela, Leicester devance Arsenal de 10 points, signe du niveau assez faible de la Premier League cette saison là.
Il n’est pas rare de voir des équipes inattendues au départ remporter des trophées. Mais ces derniers sont généralement des coupes. Le faire sur une saison complète d’un championnat aussi relevé que la Premier League classe cet exploit de Leicester parmi les plus grands du début du 21ème siècle. Les Foxes ont réussi à mieux gérer les moments clés de la saison que leurs adversaires directs. Pensons à cette victoire 3-1 à l’Ethiad dans un moment charnière de la saison. Ou encore à celle obtenue à Tottenham face à un concurrent direct.
A LIRE – Brendan Rodgers à Leicester, quel bilan ?
Cette saison a permis au club de capitaliser et de s’installer durablement dans l’élite. En se qualifiant même en Europa League lors des saisons 2019-2020 et 2020-2021 (en ratant la qualification en Ligue des Champions de très peu à chaque fois). On se souvient également de la belle campagne de Ligue des Champions en 2016-2017 ou Leicester tombera en quart de finale face à l’Atletico après avoir sorti le Séville de Sampaoli en huitième (même si la perte de Kanté lors du mercato estival à rendu cette saison « post » titre très compliquée en championnat).
Cette saison exceptionnelle a également permis de révéler des joueurs qui sont aujourd’hui des stars et considérés comme faisant partie des meilleurs joueurs du monde à leur poste. On pense bien entendu à Kanté, Mahrez et Vardy. La discipline tactique, la solidarité, le mental, les qualités individuelles et tout un ensemble d’autres facteurs ont permis à Leicester de remporter un titre historique qui restera dans les mémoires durant très longtemps.
4 commentaires
"C'était simple mais efficace" Rob Tanner, journaliste et spécialiste des Foxes, raconte leur sacre - Fausse Touche · 15/07/2022 à 22:01
[…] Rob Tanner est journaliste pour The Athletic et couvre tout au long de l’année l’équipe de Leicester. Nous nous sommes entretenu avec lui en savoir un peu plus sur la progression qu’a connu le groupe sous les ordres de Claudio Ranieri. […]
Les « parachute payments », ou comment une solution supposée a créé encore plus de problèmes au sein du football anglais - Fausse Touche · 01/11/2023 à 17:46
[…] À LIRE – Leicester City, braquage à l’anglaise […]
Daniel Plumley sur son analyse des paiements parachute : « Les clubs voudront faire passer leur intérêt personnel avant le bien-être du reste du football anglais » - Fausse Touche · 24/12/2024 à 18:16
[…] À LIRE – Leicester, récit d’un succès inattendu […]
Brendan Rodgers, un entraîneur ambitieux. - Fausse Touche · 08/12/2025 à 15:28
[…] À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Leicester, un champion pas si surprise […]