À l’heure où la santé mentale est devenue une préoccupation et un sujet important dans notre société, le football ne fait pas exception. De plus en plus d’acteurs du monde du football prennent ouvertement la parole pour faire part de leurs difficultés à gérer mentalement la pression mise sur leurs épaules. Entre l’avènement des réseaux sociaux et les enjeux sportifs et financiers de plus en plus importants, les joueurs, mais aussi les entraîneurs, les arbitres et les dirigeants, subissent des pressions de toute part.

La multiplication des médias décryptant le football et la parole donnée à tous les suiveurs sur les réseaux sociaux semblent avoir accentué les attentes autour des acteurs du monde du football. Et par conséquence, cela peut avoir un impact fort sur la santé mentale de certains d’entre eux.

Nouveaux médias et réseaux sociaux, une nécessité pour faire vivre le football

Les avancées technologiques et l’avènement des réseaux sociaux ont profondément modifié la relation entre le monde professionnel du football et son environnement (public, presse…). Tous les matchs sont aujourd’hui analysés et commentés en temps réel ou juste après le coup de sifflet final. Et cela soit à la radio, à la télévision, mais désormais également sur YouTube, Twitch, Twitter ou même TikTok. La caisse de résonance est considérable.

Tout le monde peut avoir une tribune et donner son avis sur un match, sur un joueur ou sur un entraîneur. Cette multiplication des médias d’actualité et d’analyse est, a priori, une bonne chose puisqu’elle permet de valoriser et de faire vivre le football là où d’autres sports, plus confidentiels, peinent à capter la lumière et à attirer de nouveaux fans, faute de couverture médiatique. Un bon point, alors ?

Les médias participent donc à faire vivre le football et permettent aux footballeurs de gagner leur vie en pratiquant leur passion. Les réseaux sociaux permettent aussi, dans certains cas, d’accélérer des carrières et de mettre en lumière des joueurs ou des coachs. Des comptes de scouting qui permettent de découvrir des joueurs qui passent habituellement sous les radars se sont multipliés ces dernières années. S’ils avaient exercé quelques années plus tôt, ils seraient certainement passés beaucoup plus inaperçus.

À LIRE – Être un « fils de », une bien grande pression à porter

Prenons l’exemple de Will Still. Le jeune coach du Stade de Reims jouit aujourd’hui d’une belle côte de popularité et d’une « hype » grandissante, en grande partie grâce aux réseaux sociaux et aux nouveaux médias d’internet, séduits par le jeu développé par son équipe ainsi que par la personnalité et l’histoire du technicien belge. De nombreux joueurs, souvent jeunes, voient également leur carrière boostée par l’engouement venant des réseaux sociaux. Souvent antichambre de médias nationaux, voire internationaux, cette mise en lumière leur permet parfois d’accéder rapidement à des grands clubs, là où des années auraient autrefois été nécessaires.

La place importante prise par les réseaux sociaux dans le relais de l’information et la multitude de médias analysant le foot semblent ainsi être, a priori, encore une fois, une bonne chose, permettant de faire vivre et grandir le sport ainsi que les personnalités qui l’incarnent. Cependant, cette exposition grandissante du monde du football, avec pour corollaire une forte pression médiatique, n’est pas sans conséquences et les avantages soulignés ne doivent pas occulter la face sombre de ces évolutions.

Le revers de la médaille

Les nombreuses analyses, voire sur-analyses du football, peuvent donc permettre de rapidement mettre en valeur les joueurs réalisant de bonnes performances ou les entraîneurs avec un projet de jeu cohérent. L’inverse est également vrai. De nos jours, les protagonistes du football n’ont plus droit à l’erreur. Chaque geste, attitude, discours, qu’ils soient sûr, ou en dehors du terrain, donnent lieu à commentaires. Le moindre mauvais match ou discours maladroit en conférence de presse subira de vives critiques, parfois pendant des jours. On pense par exemple à la déclaration maladroite de Christophe Galtier sur les déplacements en char à voile qui a provoqué des réactions et des débats durant plusieurs jours.

Dans la même idée, le système de notes données après chaque match peut être assez malsain. Nombreux sont ceux qui tirent des conclusions et analysent un joueur à la lumière de la note qui lui a été attribuée par des journalistes plus ou moins objectifs. Les aspects néfastes de toute cette pression médiatique ne sont pas réservés au football, les exemples d’athlètes ayant craqué mentalement dans d’autres sports sont nombreux. On peut par exemple penser à Naomi Osaka. L’ancienne numéro un mondial de tennis s’était retirée un temps de la compétition, car elle n’arrivait plus à gérer toute la pression autour d’elle. La jeune gymnaste américaine Simone Biles avait également décidé de renoncer à certaines épreuves lors des derniers Jeux Olympiques pour les mêmes raisons.

Renoncement et maladresse(s)

Pour en revenir au football, Neymar a annoncé peu avant la dernière Coupe du monde, à seulement 31 ans, que celle-ci serait la dernière de sa carrière car il a de plus en plus de mal à gérer mentalement sa vie de footballeur et les pressions de toutes parts qu’il subit, que cela soit lorsqu’il joue en sélection ou en club. La carrière du Brésilien est aussi discutable que possible, mais ce mal-être est à prendre très au sérieux.

À LIRE – Lâché par son centre de formation, un ancien joueur raconte sa douloureuse expérience

Les réseaux sociaux représentent aussi un outil dangereux pour les footballeurs. Cela leur permet certes d’instaurer une apparente proximité et accessibilité pour leurs fans. Toutefois, l’instantanéité des réseaux fait perdre tout contrôle aux émetteurs d’informations. L’écho d’un post, d’une image ou d’une vidéo peut être considérable en quelques minutes seulement. La perte de maîtrise de la communication par des personnes très exposées médiatiquement est accentuée par les réseaux.

La plus célèbre des maladresses de footballeurs sur les réseaux sociaux reste sans doute le fameux périscope de Serge Aurier au cours duquel le défenseur parisien avait tenu des propos très déplacés à l’encontre de certains de ses coéquipiers et de son entraîneur. Cette erreur, due à la bêtise et un manque d’attention lors de l’utilisation des réseaux sociaux, lui avait à l’époque valu des sanctions et avait très largement entaché son image.

La disparition de la nuance

La pression mise sur les sportifs et notamment les footballeurs est accrue par l’arrivée massive de nouvelles émissions et nouveaux médias décryptant le foot, avec un ton plus ou moins sérieux. On a parfois tendance à oublier que les footballeurs (et ce n’est pas valable pour eux uniquement) restent des êtres humains et que les commentaires négatifs, voire humiliants, à leur égard peuvent les toucher mentalement plus profondément que l’on ne le pense. Certaines émissions ont pour but de divertir et se veulent humoristiques, mais certaines blagues de mauvais goûts peuvent toucher et affecter les joueurs ou les coachs. On peut par exemple penser à Julien Cazarre qui avait été l’auteur d’une blague de très mauvais goût sur Abou Diaby et ses blessures à répétition. Le joueur, fragilisé mentalement à cette période, avait répondu sur les réseaux sociaux en traitant le chroniqueur de « lâche ».

La multiplication des moyens d’expression donne désormais une tribune à toute personne souhaitant s’exprimer, quel que soit le sujet. Que cela soit à travers des vidéos, des podcasts ou même de simples tweets sérieux ou non, la parole s’ouvre aujourd’hui à n’importe qui, connaisseur ou non, pour s’exprimer et donner un avis sur un match ou sur un joueur. Paradoxalement, cette liberté et facilité d’expression et la multiplicité des débats autour du football enferment de plus en plus les suiveurs dans des convictions parfois dénuées de bon sens et de nuance.

Joueur-bashing et arc boutisme

L’un des exemples récents les plus marquants est sans doute celui d’Igor Tudor, copieusement sifflé par les supporters marseillais avant même le coup d’envoi de la saison, sous prétexte de matchs amicaux de préparation ratés. Les avis plus extrêmes les uns que les autres pullulent. Le manque de discernement amène parfois certains supporters à des actions totalement incongrues, voire violentes. Ce fut le cas récemment avec quelques supporters parisiens manifestant leur mécontentement devant le domicile de Neymar, ce qui s’avère être un événement très traumatisant pour le joueur et sa famille. Ces initiatives, aussi stupides que dangereuses, trouvent leur genèse sur les réseaux sociaux et dans des avis de plus en plus extrêmes qui se répandent dans les différentes fanbase.

La disparition de la nuance accentue une pression déjà énorme pesant sur les acteurs du monde du football. Si l’on prend le cas des entraîneurs par exemple, après deux ou trois succès de rang, ces derniers sont encensés souvent outre mesure. A contrario, il suffit de deux défaites pour qu’ils se retrouvent sur la sellette. Cette accélération de la communication, souvent informelle, la rend totalement hors de maîtrise et accentue la pression sur les coachs ou les joueurs. De même, certains fans ou même journalistes manquent parfois d’objectivité et ont du mal à faire évoluer l’opinion qu’ils ont d’un joueur. Le cas Leonardo Balerdi fut révélateur. Quoi qu’il fasse, il a toujours été l’un des principaux boucs émissaires des supporters en cas de contre-performance de l’Olympique de Marseille. Et ce, malgré une deuxième partie de saison très solide.

Médias mauvais élèves

À l’ère du numérique et de l’instantané, les journalistes cherchent à tout prix l’exclusivité et à faire les gros titres, quitte parfois à publier des informations erronées ou approximatives. Les réseaux, par la nécessaire réactivité qu’ils imposent, ne laissent plus le temps à l’investigation et à la confirmation, ou pas, d’informations avant leur diffusion. Les conversations autrefois circonscrites au cercle familial ou amical deviennent publiques et peuvent rencontrer un écho rapidement considérable mais totalement irrationnel. Cela peut avoir un impact très négatif au niveau de l’image de certains joueurs auprès des supporters qui vont très souvent s’empresser de relayer et de croire un article ou même un tweet, d’autant plus s’il va dans leur sens.

Récemment, le Parisien a par exemple sorti une interview d’Antoine Griezmann en titrant que ce dernier avait eu du mal à accepter la désignation de Kylian Mbappe comme capitaine des Bleus. Cependant, à la lecture de l’interview, le discours de Griezmann va totalement à l’encontre du titre de cette interview. Le journaliste a seulement décidé de sortir une phrase de son contexte pour que l’interview fasse plus de bruit et donc crée le buzz. Cette hystérie totale autour du football sur les réseaux sociaux et dans les médias n’aide en rien les joueurs ou les entraîneurs mentalement. Cette charge peut même au contraire les fragiliser psychologiquement.

À LIRE – Le football français à la recherche d’une couverture média qualitative

L’accélération du monde n’a pas épargné le football, aujourd’hui suivi par des millions de personnes ayant toutes potentiellement une tribune pour s’exprimer et donner leur avis. Cette diversification de la parole a certes des points positifs, mais elle peut également être très néfaste pour les acteurs du football. À l’heure où les enjeux économiques dans le football n’ont jamais été aussi importants, joueurs, coachs et dirigeants sont soumis à d’énormes pressions que cela soit sportives ou extra-sportives. Tous leurs faits et gestes sont scrutés et décortiqués avec de moins en moins de nuance et de retenue. Ce constat n’épargne pas le monde journalistique, pourtant plus à même, par son professionnalisme, à traiter l’information. Le problème de la santé mentale dans le football est un sujet récent, mais ô combien important.

Il semble plus que jamais nécessaire, pour les instances dirigeantes de cette discipline, de réfléchir à ce problème afin de protéger au mieux les joueurs (notamment les plus jeunes) et les entraîneurs face poids écrasant et croissant que font peser les réseaux sur leurs épaules.


Nelson Mounguengue

Jeune chercheur en herbe ayant décidé de dévouer sa vie à l'OM et au rap

4 commentaires

Fils de, enfants d'anciens joueurs professionnels : aubaine ou cadeau empoisonné ? - Fausse Touche · 16/07/2023 à 19:30

[…] À LIRE – Les médias à l’affut, quelles conséquences ont leur pression ? […]

Projets Mbappé : face à l'emballement médiatique, les coupables sont-ils trouvés ? - Fausse Touche · 13/04/2024 à 16:59

[…] À LIRE – Emballement médiatique et réseaux sociaux, les joueurs pris pour cible ? […]

Avec DAZN, la LFP annonce-t-elle son propre naufrage ? - Fausse Touche · 17/08/2024 à 20:55

[…] À LIRE – Médias et réseaux sociaux, coupables et bourreaux d’un football en berne […]

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *