Cette semaine a eu lieu le coup d’envoi de la 14 édition de l’Euro féminin, comme vous avez pu le suivre dans nos colonnes. À l’occasion du plus grand événement du sport féminin suisse européen, la fédération helvète a annoncé l’an passé le lancement du projet Legacy. Il pose les bases durables du développement du football féminin dans le pays. Les ambitions sont à la hauteur des attentes : assurer la pérennité de son empreinte après la compétition. Au-delà de la mise en place des infrastructures, ce projet d’héritage veut ouvrir les portes à de nouvelles voix féminines dans les stades de l’Euro.

L’ambitieux projet a été présenté à la presse en mai 2024 par l’Association suisse de football (ASF). Tous les regards suisses seront braqués sur l’événement, car la fédération suisse aspire à faire de cette initiative un fondement pour le futur. Comme indiquait Dominique Blanc, président de l’ASF, lors de la présentation au Palais des Congrès de Bienne, « un championnat d’Europe de football à domicile, c’est un booster pour le nombre de licenciées et pour le développement du football. » Il pointait alors du doigt des infrastructures insuffisantes, face à une demande qui risquait d’augmenter avec l’Euro.

Depuis plusieurs années, le nombre de licenciées ne cesse d’augmenter (une hausse de plus de 30% entre 2021 et 2023). L’ASF a bon espoir à voir ce nombre doubler à l’issue de la compétition. Avec un budget de 10 millions de francs suisses, Legacy encourage clubs et communes à accompagner le développement du football féminin. Par de nouvelles mesures et en bonifiant certaines pratiques, les ambitions sont simples : passer de 40.000 à 80.000 licenciées ainsi que de 2.500 à 5.000 entraîneuses et arbitres.

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En ce sens, plusieurs projets ont déjà, ou vont voir le jour sur le territoire jusqu’en 2027. Les enseignants sont sensibilisés à la promotion du sport obligatoire, et surtout du football chez les filles. Un autre projet, Une-deux, incite l’entraide et le partage des ressources et des infrastructures entre les écoles locales et les associations. Ces projets aiguillent et facilitent la formation d’entraîneuses ou d’arbitres et ont une visée purement amateure.

Alice Holzer, à la tête du projet Legacy, entend tendre vers l’amélioration de la Women’s super league (AWSL), « en renforçant la nouvelle génération pour amener plus de jeunes filles au haut niveau. » Le projet nourrit l’espoir d’un boom provoqué par l’Euro. Il garantirait des standards plus élevés pour les infrastructures et le déroulement des matches. Il assurerait aussi une professionnalisation progressive du championnat.

Le projet propose également un volet sociétal : augmenter le nombre de femmes occupant des postes importants dans le paysage footballistique. Il y a du travail. Les voix féminines sont nécessaires au développement durable du football. Elles ont une influence sur les plus jeunes comme les moins jeunes. Mais dans les stades, les voix sont toujours en très grande majorité masculines. Les speakerines sont marginales dans les enceintes. Robin Fritschi, speakerine pour le FC Schaffhausen, s’inquiète : « Nous avons un besoin urgent de plus de speakerines capables de transmettre les émotions à l’extérieur. »

Seule speakerine de la Super league, Robin Fritschi a pu présider le concours et la formation lancés par l’ASF. Cette dernière était destinée à déployer huit nouvelles speakerines pour les rencontres de l’Euro. Une formation d’un week-end a permis aux femmes sélectionnées fin mars d’assister à des matches dès avril. Les points clés de la formation tournent autour de trois axes : gérer des émotions, savoir quand mettre le ton ou rester neutre, s’organiser avec ses fiches. « Être claire, précise et capable de s’adapter rapidement », résume Sara Dubler, une des lauréates de la formation et actuelle speakerine à l’Euro, avec qui nous avons échangé.

Sara Dubler a commencé son expérience européenne jeudi lors du match opposant la Belgique à l’Italie. Elle avait au cours de la formation déjà eu l’opportunité de s’exprimer dans un stade. « J’ai parlé à Yverdon et Lucerne, et lors de la finale de la Coupe de Suisse au Mont-sur-Lausanne », confie-t-elle.

Elles viennent d’horizons différents, mais ces huit speakerines se rassemblent durant ce mois de juillet autour de la même expérience. Malgré une expérience autour des formats podcasts et vidéos, la découverte spontanée du concours a poussé Sara à candidater et à tenter sa chance. « Je me suis dit : pourquoi pas moi ? et je me suis lancée. »

Si porter sa voix devant près de 15.000 personnes semble paraître anxiogène, c’est une opportunité qu’il ne fallait rater. « Je pense qu’une fois dans la cabine, l’appréhension est différente, on ne voit pas forcément le public », défend Sara. Face à l’appréhension, les conseils de Robin Fritschi les préparent au mieux pour les rencontres. « Ce que j’ai vraiment retenu, c’est d’avoir une voix confiante, même si on doute ou on fait une erreur », conclut-elle.

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L’ambition est claire, pour développer durablement le football suisse, il faut également davantage de voix féminines. La vision à long terme de l’ASF s’applique à ces speakerines pour qui l’Euro peut ouvrir les portes de clubs de l’AXA womens’s super league. Pour Alice Holzer, « avec notre projet de formation, nous posons les bases d’un plus grand nombre de porte-paroles féminines qui pourront être présentées à l’avenir dans le football féminin, le sport féminin et le sport en général. »

Sara Dubler a pour ambition de poursuivre après l’Euro, bien que les opportunités en Suisse romande soient limitées. Mais l’avenir de ces speakerines ne s’inscrit pas uniquement dans le football. Sara, qui a pu faire porter sa voix lors d’un tournoi de 3×3 pour Swissbasket féminin, aimerait élargir ses opportunités. Sa voie se trouve-t-elle dans d’autres disciplines sportives ?

Avec le lancement de l’Euro, le projet Legacy promu par l’ASF, encourage le développement du football féminin par le féminin. Au-delà du nombre de nouvelles licenciées, les clubs et associations sont à la recherche de nouvelles têtes hors des terrains. Les speakerines ont alors un rôle d’exemplarité à jouer pour l’héritage du football suisse que défend Sara Dubler, qui explique vouloir « inspirer, à [sa] manière, d’autres personnes à s’engager dans le sport, même si elles ne viennent pas du terrain. »


Eliott Schiets

Membre du peuple jaune et vert, j'attends avec impatience le naufrage de notre évadé fiscal préféré et de sa marionnette : son coach du moment. J'essaie de noyer mon éco-anxiété avec mon stylo estampillé Football Écologie France en main.

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