L’année 2026 pourrait voir l’intervention d’une nouvelle règle majeure dans le football. Sept ans après la VAR, la FIFA avait déjà testé ce fameux carton vert l’année passée lors du Mondial U20 féminin. L’instance est revenue à la charge cet automne pour les jeunes masculins, avec, déjà, un lot d’interrogation.

Concrètement, c’est quoi, le carton vert ?
Depuis longtemps dans les petits papiers, mais sans jamais avoir été initié directement via une règle claire, le carton vert fait son retour. Il y a quelques années déjà, la Série B italienne s’en servait pour récompenser le fair-play des joueurs. L’époque de nos grands frères pourrait même parler de ce mythique carton comme celui permettant à l’équipe médicale de rentrer sur la pelouse. Aujourd’hui, la FIFA semble enfin s’accorder sur une règle claire. Le carton vert incarnera l’ère de la « VAR à la demande ».
Premier faux raccord, le carton vert est… violet ! Le deuxième est que ce carton n’appelle pas la VAR, mais la VS (video system) et donc, ne fait pas recourt à la fameuse camionnette des arbitres. En réalité, il suffit d’un écran qui diffuse un ralenti semblable à celui des téléspectateurs. L’arbitre sur le terrain est le seul décideur. Comme au hockey, ce carton peut être présenté par le coach de chaque équipe une fois par mi-temps pour contester un avis arbitral et obliger l’homme au sifflet de revoir l’action. Cette « replay-value » a bien servi pour le Maroc, champion du monde U20. « J’ai fait un arc de cercle avec les mains et j’ai sorti le carton. Je suis le premier à avoir changé une décision arbitrale grâce à ce système », souriait Mohammed Ouahbi, sélectionneur des espoirs marocains, en interview d’après-match.
Un carton, des avis divergents
Cette nouvelle règle dépose plusieurs interrogations sur la table, de la légitimité de l’arbitrage à la plainte. Certains protagonistes ont déjà donné leurs avis, comme Didier Deschamps. « Pourquoi pas ? Si ça doit évoluer et qu’il y a cette possibilité-là, on l’utilisera. Mais ce n’est pas moi qui prends ces décisions. À partir du moment où ça va limiter les erreurs, c’est positif. Mais il ne faudra pas en abuser. Quand on est joueur ou sélectionneur, la chose la plus difficile à digérer, c’est l’injustice. Il ne faut pas dénaturer le foot non plus, mais s’il y a moins d’injustice, cela me va », indiquait le sélectionneur.
Un avis que ne partage pas son homologue Sandrine Ringler, coach des U20 féminine, qui avait expérimenté cette nouveauté à la CDM féminine l’année passée. « Je n’ai pas du tout apprécié l’expérience. Je m’occupe de mon équipe et de l’adversaire, de savoir si ce qu’on a mis en place est pertinent, je ne suis pas focalisée sur l’arbitre ». Pendant la compétition, une personne du staff était d’ailleurs déléguée pour l’utilisation du carton vert.
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Plusieurs écoles apparaissent avec cette loi. Les arbitres, souvent oubliés, sont même les premiers concernés. Cette arrivée pourra-t-elle décharger le poids des critiques qui ne cessent d’augmenter ces dernières saisons ? Ou bien assistera-t-on à la dévalorisation d’un métier qui peine déjà à se faire respecter dans les plus petites sphères du foot, en permettant aux acteurs du jeu d’intervenir directement sur des décisions ?
À qui profite le vert ?
Finalement, à qui profiterait ce carton vert ? En Espagne, l’apparition de « RealMadrid TV » pointe du doigt (ou plutôt accable) les arbitres chaque week-end. Les gros clubs se sont fréquemment vu reprocher un arbitrage favorable dans des matches déjà déséquilibrés par le niveau des joueurs sur le terrain. Et si ce carton vert pouvait agir comme une arme d’équilibre ? Prenons en exemple Almeria-Real Madrid (2-3 le 21 janvier 2024). C’est typiquement le genre de rencontres évoquées. Le match avait suscité la polémique partout jusqu’à même voir Xavi, alors coach du FC Barcelone, suspecter la ligue d’aider le club madrilène pour garder le suspense du championnat.
Peut-être qu’avec ce carton vert, des clubs qui se procurent moins de chances pourront les maximiser grâce à la révision des fautes. Pour un club dominant dans un match, ce carton vert sera probablement moins propice, car il arrêterait le temps fort d’une action. Personne ne peut vraiment prédire cette nouveauté, comme celle de la VAR à l’époque. À son arrivée, le monde était globalement pour de la vidéo dans le football pour réduire les erreurs.
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Pourtant, les avis sont aujourd’hui plus nuancés sur la technologie dans ce sport et surtout des arbitres de plus en plus controversés, à presque en douter si l’on regarde le football pour le jeu ou pour les polémiques. Chaque semaine, on peut suivre sur Twitter ou sur les plateaux TV des rectifications envers l’arbitrage et des remises en questions, comme si leur parole n’était plus viable par rapport à n’importe quel autre acteur du jeu. Plutôt qu’être le juge de paix du rectangle vert, on se rapproche plus de celui qui attise la haine de nombreux supporters chaque mois, sans pouvoir se défendre ou s’exprimer dans la presse, à défaut des autres personnes présentes sur le terrain.
Le Maroc, l’exemple à suivre
Déjà mentionné plus haut, le Maroc peut servir d’exemple parmi les « petits ». Pas forcément les plus attendus malgré leur belle génération, les Lionceaux de l’Atlas pourront écrire dans les livres d’histoire du football qu’ils ont été les premiers à avoir maîtrisé le carton vert. Contre l’Espagne, la France ou même l’Argentine, l’entraîneur Mohamed Ouahbi ne partait pas favori, mais a toujours bénéficié d’un appel à l’arbitre pour jouer en sa faveur. Encore plus fou, les Marocains ont ouvert le score dans tous leurs matches grâce à la VS. Les outsiders tiennent peut-être leur premier exemple à suivre pour exploiter chaque faille adverse.
Si cette règle entre en vigueur assez vite, elle pourra renverser quelques situations et donner aux entraîneurs les plus malicieux des envies de profiter de chaque situation pour remettre en cause l’autorité. Pour l’heure, attendons de voir la réaction de la FIFA pour savoir si le carton vert sera reconduit dans le futur. Une rencontre avec l’IFAB devrait avoir lieu en janvier avec des nouvelles règles sur la table, notamment sur les hors-jeu et les rentrées en touche.