Être un fan de football a ce petit quelque chose d’irrationnel. Ce sport rend fou, influe sur la santé physique et mentale de bon nombre d’entre nous, agit comme une drogue pour certains, car nous ne pouvons nous en passer. Je fais partie de ceux-là, cette famille, cette communauté qui a voulu faire de sa passion son métier. Après Londres, le football m’a amené en Espagne, découvrant une toute nouvelle culture. Récit de ma vie d’expatrié, un an à Madrid.

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Comme bon nombre d’étudiants, j’ai toujours eu cette volonté de réaliser une partie de mes études à l’étranger, dans le but de découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture. La volonté de sortir de ma propre zone de confort m’a premièrement mené à Londres, en 2019. Une expérience fantastique lors de laquelle j’ai pu voir au moins un match dans chacun des clubs de foot de Londres. De la première à la septième division, d’Arsenal à Dulwich Hamlet, de Fulham à Cray Wanderers, en passant par Chelsea, West Ham, Millwall, Queens Park Rangers, Watford, Tottenham, Leyton Orient et bien d’autres. Ces clubs qui ont tous leur identité et remplissent leur stade malgré les mastodontes présents à quelques encablures de leurs enceintes. La fierté de tout un quartier, que rien ne peut faire vaciller.
Populaires ou non, certains s’en moquent à l’image de Millwall. « Nobody loves us, and we don’t care ». Car l’argent, la réussite, les trophées n’est pas l’essence de ces clubs, c’est de réunir une communauté, des familles, des amis, qui se retrouvent le week-end après une semaine de travail, qui voient parfois dans le foot ce seul échappatoire. Ces quelques mois passés dans la capitale du football en Europe ont provoqué un déclic : Je voulais travailler dans le football, je voulais revenir. Revenir oui, car une certaine pandémie mondiale m’a rapatrié en France, mettant un terme prématurément à une année qui s’apparentait pourtant à un rêve éveillé.
Vamonos chicos, esto es Madrid
Trois ans et demi après mon départ prématuré de Londres, me voilà de retour en France, travaillant dans la capitale pour un club qui divise autant qu’il déchaîne les passions. Comment en suis-je arrivé-là ? Revenons un peu en arrière. Je me suis envolé pour Madrid en octobre 2022, commençant une année dans la capitale du football espagnol : Madrid. En parallèle de mes études, ma mission était claire : réitérer mon exploit de Londres, et aller voir un match de l’ensemble des clubs professionnels de Madrid. La mission était bien plus facile, il n’y en avait que 5 : le Real Madrid, l’Atletico de Madrid, Getafe et le Rayo Vallecano en LaLiga, et Léganes en LaLiga 2.
Alerte spoiler : la mission a échoué, et je ne me suis rendu qu’à l’Estadio Santiago Bernabeu des Merengues ainsi qu’au Civitas Metropolitano des Colchoneros. Toutefois, il y avait une raison assez particulière à l’échec de cette mission : j’ai obtenu un stage au sein de l’un de ces deux clubs, en l’occurrence le Real Madrid. Après quelques mois passés au quotidien au sein de la formation madrilène, il me semble intéressant de faire le récit de la vision du football en Espagne, que ce soit les matches, les accréditations, ou encore la vision globale du sport. Travailler au Real Madrid est un accomplissement, pour sûr. En parallèle de l’obtention de mon master de journalisme sportif, j’ai ainsi eu l’opportunité de travailler pour la chaîne TV du club, me rendant aussi régulièrement que souhaité à Valdebebas pour suivre entraînements et conférences de presse de veille de match.
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Quelques mots sur le stade, l’impressionnant Estadio Santiago Bernabeu. Si je commentais les rencontres des hommes de Carlo Ancelotti depuis la cabine des studios de Real Madrid TV, j’ai également eu la chance de me rendre au stade, que ce soit en tribune presse ou en bord terrain.
Être Journaliste Reporter d’Image au Real Madrid
Lorsque l’on entre dans un stade aussi majestueux en tant que journaliste ou photographe bord terrain, il est impossible de ne rien ressentir. Je n’ai jamais été un fan du Real Madrid, je ne le serais probablement jamais, même s’il serait faux d’affirmer que ces quelques mois passés au sein du club n’ont pas développé en moi le moindre intérêt envers les Merengues. Cependant, il est impossible de décrire la sensation de fouler le bord de la pelouse d’une telle enceinte, qui, même en travaux et sans sa tribune active, est autant étourdissante qu’assourdissante. En tant qu’accrédité, la norme est d’arriver environ deux heures avant le coup d’envoi de la rencontre.
Ainsi, il nous est possible de recevoir en exclusivité la feuille de match, ainsi que d’assister à l’intégralité de l’entraînement en étant au plus proche des joueurs. Durant la rencontre, ma position se trouvait derrière le but vers lequel le Real Madrid attaquait, logiquement. Nos positions changeaient ainsi à la mi-temps avec nos homologues adverses. Se retrouver aussi proche des joueurs est une expérience rare et inoubliable, d’autant plus lorsqu’il s’agit du Real Madrid. Si être en bord terrain est une expérience à vivre au moins une fois, le cœur et la raison me force toutefois à admettre qu’il est préférable d’être en tribune presse, une autre opportunité rare dont j’ai eu la chance de pouvoir saisir.
La Tribune presse au Santiago Bernabéu : un lieu magique et prestigieux
Cette dernière se situe en tribune latérale, en tout logique, mais a changé d’étage à plusieurs reprises au cours de la saison dernière en raison des travaux de rénovation. Dans un club comme le Real Madrid, même les plus faibles rencontres attirent du monde dans une tribune presse régulièrement comble, où l’on peut aisément croiser des journalistes venus du monde entier et travaillant pour les plus grands médias. L’occasion parfaite d’apprendre et de se faire connaître, tout en observant la rencontre d’un endroit clé pour l’analyse de match, que ce soit sur le terrain, mais également en tribune…
Si la culture ultra est la plupart du temps moins présente en Espagne qu’en France, à l’exception des clubs Basques et Andalous, les hispaniques vivent tout de même la rencontre à 200%. Cependant, si l’on devait résumer la culture footballistique espagnole à un mot, ou un seul terme, ce serait sans aucun doute Pipas. Les Pipas sont des graines de tournesol, qui sont aussi ancrés dans la culture foot hispanique que les pop-corn au cinéma. Il est impossible de traverser une rangée d’un stade en Espagne sans voir le sol jonché de coquilles de graines de tournesol. Les supporters espagnols en mangent tout au long de la rencontre, se les partagent entre supporters, aussi bien entre familles qu’entre parfaits inconnus. Occupation devant le spectacle qui se profile devant leurs yeux, remède au stress ou à la nervosité, les raisons de cette tradition sont aussi floues que nombreuses.
La culture footballistique espagnole : entre passion, tradition et provocation
Outre ces Pipas, les Espagnols sont également réputés pour s’emporter facilement sur l’arbitre, véritable source de discorde. Scène inimaginable en France, certains clubs font des compilations des erreurs arbitrales réalisées par l’arbitre de leur prochain match, afin d’avoir l’excuse parfaite en cas de défaite, mais aussi pour mettre la pression sur le corps arbitral avant même le coup d’envoi. Les émissions polémiques à l’image d’El Chiringuito sont légion, et les journaux axés sur un club font partie de la culture populaire, et relèvent d’une véritable tradition déchaînant les passions. Parmi les plus connus figurent Marco et AS pour le Real Madrid, ainsi que Diario Sport ou Mundo Deportivo pour le FC Barcelone.
Ces journaux à inclination Merengue ou Blaugrana n’hésitent pas à chercher le scandale afin de provoquer le rival, ne laissant aucune place à l’objectivité. Lorsque l’on se remémore les critiques envers une chaîne comme OLTV pour leurs commentaires jugés « trop subjectifs », on ne peut imaginer la création de journaux purement à inclination d’un club en France. Côté Hispanique pourtant, c’est une tradition ancrée depuis des décennies, et qui déchaîne les foules chaque jour. Avec 1,3 million de lecteurs quotidiens, Marca est le journal payant le plus lu en Espagne, devançant des piliers généralistes comme El Pais et El Mundo.
Un public à l’opposée de la France ou du Royaume-Uni
Ainsi, après un an à Madrid, la différence de culture entre la France, l’Angleterre et l’Espagne est saisissante. Les stades espagnols semblent plus remplis de famille, d’amis qui viennent assister à un spectacle de leur club, ne réduisant en rien leur passion pour leur club. Cela contraste toutefois avec leur voisin français, qui sont davantage dans la culture ultra, avec un fossé entre ces ultras et les supporters en dehors des tribunes actives. S’ils peuvent avoir le même degré de passion, les supporters et les ultras sont à l’opposé en termes d’investissement pour leur club, un phénomène également totalement étranger au Royaume-Uni. Souvent critiqués pour être des « cimetières » ou des « cathédrales » en raison de l’absence d’ultras sauf exception (Liverpool, Crystal Palace ou encore Arsenal cette saison), les supporters anglais ont tout simplement une culture bien différente de leurs voisins.
Outre leur talent indéniable et leur créativité pour inventer des chants mythiques qui ne ressemblent en rien aux fades adaptations que tous les clubs français se partagent hormis quelques raretés, les Anglais profitent de l’absence d’un réel capo et d’un réel leader, pour se transformer en l’unique meneur d’homme pour une armée de plusieurs dizaines de milliers de fans. Ainsi, il vous suffirait d’élever un peu la voix et d’entonner le début d’un chant pour bientôt être suivi par l’entièreté du stade, provoquant une atmosphère assourdissante, là où en France, seule la tribune active des ultras ferait l’effort de participer et, seul le capo à l’autorisation de lancer les chants.
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La culture footballistique en Europe diffère ainsi largement en fonction des pays, et il ne semble pas exister de bonne ou de mauvaise culture footballistique. Tous différents, les supporters ont leur propre manière d’aborder un match de foot, et c’est ce qui fait la beauté du football. Il n’y a pas une manière de supporter son équipe, tant que l’on est derrière elle dans les bons comme dans les mauvais moments.
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