C’est sûrement l’une des plus grandes surprises de la saison. Gérone, club modeste d’une ville de 100.000 habitants au nord de Barcelone, est en tête de la Liga depuis les premières rencontres de la saison. Mieux, à la mi-saison, les protégés de Michel ne comptaient qu’une seule défaite, face au co-leader madrilène, à domicile. Encore mieux, si l’année 2024 de championnat a débuté avec un nul à Almeria, les 55 points obtenus en 22 journées font état d’un rythme de champion. Le club du City Football Group semble concrétiser un travail exemplaire, mené dans une relative discrétion et avec une progression fulgurante.

De 6e de Liga2 il y’a deux ans, à co-leader de Liga à la mi-saison, d’une philosophie naissante à la concrétisation du travail sur le rectangle vert, la situation a tout d’une récompense, d’une consécration. C’est une formidable bouffée d’air frais venant bousculer le traditionnel duel bilatéral ou tripartite pour le titre ibérique. Le travail rigoureux et passionné de l’équipe mérite les éloges. La réussite des Blanquivermells n’est pas due au hasard.

Une convalescence express

La saison 2021-2022 était difficile. Elle aura vu les catalans batailler tout au long de l’exercice pour une place en barrages. Le club retrouve finalement la Liga après une victoire en finale lors de ces derniers face au CD Tenerife (0-0, 1-3), et connait la deuxième montée de son histoire, trois ans après avoir quitté l’élite. Conduits par Michel, gourou des montées (a permis au Rayo-Vallecano (2018) et à Huesca (2020) d’également retrouver l’élite), les rouges et blancs réalisent une saison 2022-2023 plus qu’honorable. Ils terminent à la 10e place (avec 49 points), à quatre points d’Osasuna et sa 7ème place synonyme d’Europe. Déjà, les idées et la philosophie de Michel prenaient vie par séquences, et si les résultats étaient plus oscillants que cette saison, les Blanquivermells étaient déjà agréables à voir jouer. Joindre l’utile à l’agréable est toujours idéal.

Auparavant, les transitions catalanes étaient déjà létales. Valentin Castellanos l’avait idéalement montré lors de son quadruplé face au Real Madrid, fruit d’un placement idéal en contre et d’une volonté immédiate d’attaquer les espaces. Les progrès, loin d’êtres linéaires, sont donc immenses dès la saison de la remontée. Une bataille latente pour le top 10, et finalement pour l’Europe, n’a rien d’anodine. Rien d’étonnant néanmoins lorsque les structures sont idéales, que le management est clair et efficace, et que l’ensemble du corps dirigeant travaille dans la même direction. D’une saison laborieuse en Liga2 avec une tortueuse extraction des barrages d’accession, Gérone et son board ont acquis une expérience fondatrice, catalyseur d’une reprise d’un projet solide, avec le soutien du City Football Group.

Il agit en soutien important du club catalan depuis son rachat et son intégration à la galaxie saoudienne en 2017, et la direction sportive en place à Gérone s’avère particulièrement efficace et efficiente, pleinement intégrée à un projet local comme plus national, à un projet ambitieux tout comme adapté à la grandeur du club. “Pour moi, la position actuelle de Gérone est en grande partie due à la direction sportive, et à tout le travail qui a été fait par Pere Guardiola, le frère de Pep, qui est à la tête du club. L’arrivée de Michel a aussi été déterminante. Il est très bon sur la post-formation”, indique Anna Carreau, journaliste SoFoot et spécialiste du football espagnol. Ce travail se concrétise par des arrivées, effectivement destinées à la post-formation. C’est le cas de Arnau Martinez, défenseur central arrivé très jeune à Gérone en provenance du CE l’Hospitalet (D3)

Après une formation à la Masia, il obtient du temps de jeu dès ses 17 ans en Segunda Division (ancien nom de la Liga2) avec les Blanquivermells. Aujourd’hui âgé de 20 ans, il totalise 94 matchs joués avec les catalans en 4 saisons. Le tout pour 90 titularisations, dont 46 matchs joués en Liga, pour 42 en tant que titulaire. Mais le jeune membre de la charnière rouge et blanche n’est qu’un exemple parmi d’autres. Miguel Gutiérrez ou encore Eric Garcia, en provenance respectivement du Real Madrid et du FC Barcelone, ont également trouvé une adaptation et du temps de jeu à Gérone. Le club axe également son recrutement vers ces profils. Formés dans les centres des cadors du pays, ils acquièrent une post-formation de qualité et/ou du temps de jeu, dans un club à la structuration adaptée au recrutement.

À LIRE – Santi Cazorla, le romantique miraculé

L’autre point fort, c’est la grande cohésion qui existe au sein de la direction sportive. Cela rend le projet extrêmement cohérent et cela amène également les joueurs à croire au projet[…]”, poursuit Anna Carreau. Arnau Martinez s’impose une nouvelle fois comme l’exemple parfait. Pisté par l’Atletico Madrid et par le FC Barcelone après sa belle saison dernière, l’espagnol est pourtant resté au nord de la Catalogne :. “Il a décidé de faire confiance à Girona parce qu’il a du temps de jeu, parce qu’il s’y sent bien”. Le travail sur la post-formation est conséquent. Il est surtout le fruit de grands efforts consentis par le club pour accueillir ses joueurs dans les meilleures conditions.

Girona effectue un énorme travail sur l’intégration des étrangers. Artem Dovbyk qui a signé cet été en provenance du Dnipro s’est vu offrir, à lui et à sa compagne, deux semaines de vacances tous frais payés dans la région de Gérone afin qu’il prenne ses marques et qu’il voie si la région lui plaise.

Le contexte facilite sans conteste l’intégration du meilleur buteur du Dnipropetrovsk, en Première Division ukrainienne, cette saison. Gérone permet aux nouveaux arrivants de s’acclimater à un rythme moins soutenu, tout en étant libérés de la pression des cadors. “Savio ou Victor Tsygankov ont eu un temps d’adaptation. À son arrivée, Tsygankov a mis un mois et demi avant de trouver sa place dans le onze. Il est aujourd’hui l’un des meilleurs joueurs de l’équipe.

Girona est donc, depuis 2017, un club de la galaxie City. Ce changement s’avère important pour les deux entités, puisque Gérone s’avère être un club pilier du groupe. Le travail a tout de suite commencé. Les relations s’avèrent depuis dynamiques, avec une vision stratégique dense à court, moyen et long terme. “ Le City Group a toujours beaucoup considéré Gérone. Cela a toujours bien fonctionné, avec de nombreux prêts dont certains très intelligents. Yangel Herrera, qui appartient pleinement à Gérone aujourd’hui, a effectué plusieurs saisons en prêt en Espagne (à Huesca, Grenade, à l’Espanyol Barcelone et à Gérone, ndlr) avant signer définitivement à Gérone (en provenance de Manchester City)”, détaille la journaliste.

Si cette stratégie profite à Gérone, le club catalan en est surtout l’un des principaux représentants. Le maillage du groupe est étudié, et les clubs sont tous (à échelle différente), mis à contribution, dans une relation réciproque : « Le groupe envoie souvent les joueurs luso ou hispanophones à Gérone, pour leur permettre une découverte optimale et adaptée du football européen. Il y’a aussi évidemment une question de climat, avec un ensoleillement important, qui permet d’avoir une transition avant un éventuel retour/transfert à Manchester qui peut être un peu brutal.”

Un organigramme réfléchi

La présence de Perre Guardiola dans la création de ce contexte favorable n’est pas anodine. L’influence de Pep à Manchester facilite la communication entre les deux clubs et la communication intense entre les deux frères rend les liens solides et efficients. “L’investissement du City Group à Girona n’est pas surprenant. Il y’en aura peut-être plus s’ils sont champions, mais ils seront surtout dus au bon travail de Girona”. Le support du groupe est un soutien de taille dans le domaine structurel (infrastructures, moyens humains), mais les résultats sportifs et la construction de l’effectif sont bien à mettre au crédit du board des Blanquivermells. Peu de joueurs de l’équipe première sont en effet “des purs produits du City Group”.

Notion à souligner, puisque le pavillon City influence fortement la vision de Gérone en France. « En France, on pense souvent que la place de Gérone est due à City, parce City leur donne des millions d’euros. La recrue la plus chère du club, c’est Artem Dovbyk. Il est arrivé cet été pour 9 millions, une somme loin d’être énorme”, souligne Anna Carreau. Certes, le groupe saoudien soutient la construction du club catalan avec les prêts de joueurs importants de l’effectif (Savio, Yan Couto). Pourtant, l’effectif et le centre se garnissent de joueurs locaux, dont de nombreux catalans.

SoFoot – Daley Blind raconte le succès du Girona

Les noms plus célèbres, tels que Paulo Gazzaniga (passé par Tottenham), Eric Garcia (passé par Manchester City et le FC Barcelone) ou encore Daley Blind (passé par Manchester United ou l’Ajax Amsterdam), extérieurs à la formation du club, ont quant à eux été séduits par le projet club de Gérone, bien plus que par le statut de membre du City Group : « L’oeil de Pep Guardiola sur Gérone a toujours été positif. City a toujours envoyé quelques joueurs en Catalogne, mais sans jamais dénaturer l’équipe. On est loin de la prise de contrôle qu’a faite le City Group à Troyes par exemple. L’identité catalane est très forte à Girona. Toute la communication du club est en catalan. Un compte X (ex-Twitter) de Manchester City en catalan a même été créé, témoignage du respect pour l’ADN de la ville et du club au sein du groupe« .

Encore jeune technicien (actif depuis 2016), Miguel Angel Sanchez Munoz est pourtant déjà expérimenté en Liga. Ses différents succès dans la lutte pour la montée et pour le maintien (avec le Rayo Vallecano et Huesca) sont le témoignage d’une philosophie qui, si elle marque une identité, s’avère métamorphe. Il s’avère un tacticien fin et sensible. Le madrilène sait aussi et surtout s’adapter. Dans un club qui adapte aussi son projet et sa stratégie en fonction de sa ligne directrice et des circonstances, l’ancien milieu relayeur fait office de candidat idéal.

La construction de l’effectif en est le parfait reflet. Fruit de bons coups, de prêts ou encore de joueurs (pré)formés au club, ce dernier s’avère homogène. Il permet une grande manœuvrabilité à son technicien, qui en exploite pleinement le potentiel : “Beaucoup de joueurs sont “remplaçables”. Yan Couto (latéral de métier, ndlr) est capable de jouer ailier droit, quand Savio est plutôt à gauche ou sur le banc… L’effectif est interchangeable. Cela est dû en partie au recrutement, mais aussi au conditionnement amené par Michel. Le club doit beaucoup à Michel pour sa situation actuelle. C’est lui qui met en place le projet de jeu.”

Une progression dans la modernité 

Son adaptabilité s’avère encore plus flagrante dans la lecture de ses matchs. Empreint de convictions mais pas dogmatique pour autant, il se démarque par sa rapidité de remise en question lorsque ses choix s’avèrent inadaptés, ou que le court du match n’évolue pas en la faveur de son équipe. Évolution du système mais aussi ajustement dans le choix des hommes, Michel ne s’interdit rien. Et ce de manière très précoce, s’il sent nécessaire de bouleverser son équipe. “Gérone a affronté Almeria (lanterne rouge de Liga, ndlr) fin octobre. Ils prennent deux buts en 10 minutes, et Michel se rend compte que le système à trois défenseurs centraux ne fonctionne pas, puisqu’ils n’ont pas les automatismes nécessaires pour se coordonner sur les longs ballons andalous. Au bout de 25 minutes de jeu, il fait passer Eric Garcia latéral droit et fait monter Yan Couto d’un cran pour repasser à 4 derrière« , décrypte Anna Carreau.

Cette lecture ultra efficace des matchs est bonifiée cette saison par l’expérience d’une première saison sous l’égide de la légende du Rayo Vallecano. Si la saison 2022/2023 a été terminée dans le ventre mou (10e), les premières certitudes dans le jeu et le bilan comptable (49 points, à quatre points de la 7e place européenne) sont les témoins de la mise en place des préceptes de Michel.

The Athletic – Analyse statistique détaillée du buteur Artem Duvbyk

L’année dernière, ils avaient déjà une grande partie du groupe qu’ils ont aujourd’hui. Aleix Garcia était déjà là. Tsygankov est arrivé en janvier donc il a fait une bonne partie de saison avec le club. On y ajoute les joueurs du City Group, comme Jhon Solis et Savio, qui est passé d’un club du groupe à un autre. L’effectif est très complémentaire, avec beaucoup de profils similaires qui sont capables de changer de position et de onze facilement sans que les performances soient impactés. Girona est bien plus une équipe qu’un onze.

Ainsi, les joueurs apparaissent comme interchangeables. Ils sont tous concernés non seulement par le projet, mais également par un temps de jeu. Des opportunités se présentent pour l’ensemble des joueurs de l’équipe première. Michel a confiance en son groupe. Il partage celle-ci avec plusieurs de ses joueurs, qui s’imposent véritablement comme des cadres de l’effectif, malgré cette concurrence constante. Cristhian Stuani, Aleix Garcia, Juanpe et Valéry Fernandez ont déjà ceint le brassard de capitaine cette saison. Même si Aleix Garcia semble rester l’homme privilégié.

Son système suit la même dynamique. Alors qu’il a entamé la saison en 4-1-4-1, avec un milieu en pointe basse, laissant la charge de l’équilibre à Aleix Garcia, tout en offrant des opportunités de projection à Ivan Martin, au profil bien plus offensif, la défaite face au Réal Madrid à changé ses plans. Un 3-4-3, plus offensif, faisant la part belle aux latéraux que sont Miguel Gutiérrez et Yan Couto, et exploitant les combinaisons avec les ailiers (Tsygankov, Savio, Ivan Martin…), a permis à Gérone de reprendre sa marche en avant et de tenir un rythme. C’est ce rythme qui a replacé, puis maintenu, les catalans en tête du championnat.

Seulement, si ce système faisait des merveilles offensivement, la grande prise de risque qu’occasionne l’alignement d’autant de profils offensifs et donc portés vers l’avant, a paru difficile à tenir sur le reste de la saison, alors que les objectifs ont été revus largement à la hausse dans la tête des joueurs.

La victoire (2-4) face au FC Barcelone à Montjuic est le parfait exemple. Les Blanquivermells ont presque logiquement abandonné le ballon (46% de possession) à leurs voisins catalans, mais la sérénité affichée avec le ballon ainsi que l’efficacité des phases de transition et de déséquilibre ont fait oublier les nombreux temps forts blaugranas concédés (3,7 xG pour Barcelone contre 2,5 pour Gérone), notamment permis par les espaces laissés par une attaque massive (à 7 ou 8 joueurs sur de nombreuses séquences) durant une grande partie du match.

Girona en quelques chiffres sur Fbref

Ce déséquilibre assumé n’est pas idéal pour un prétendant au titre. Michel semble désormais s’appuyer sur un 4-2-3-1 depuis la victoire face à Alavés (3-0). S’il reste modulable et se décline en 4-1-4-1, ce système, non moins à velléité offensive, reste plus équilibré, avec notamment l’arrivée du jeune barcelonais Pablo Torre (prêté par le FC Barcelone, ndlr) dans un rôle de meneur de jeu qui lui sied particulièrement, pour abreuver Artem Dovbyk, Tsygankov, Martin ou encore Savio de ballons souvent bien exploités. L’adaptabilité est, là encore, le mot d’ordre. La volonté de Michel de ne pas s’enfermer dans un dogmatisme et sa remise en question constante conduisent le tacticien à constamment travailler son système et son approche des matchs.

Polyvalence et le renouveau

Anna Carreau le confirme, il ne s’enferme nullement dans une approche unique. “Son idée est clairement de profiter des profils offensifs de Miguel Gutiérrez et de Yan Couto sur les côtés. Mais il est très difficile de déceler un système type de Michel. Au fil des matchs et des entrées, ses systèmes sont très évolutifs. On l’a vu plusieurs fois faire entrer un milieu de terrain supplémentaire pour tenter de reprendre le contrôle du match. Il reste avant tout un entraîneur qui aime avoir la possession, même si l’efficacité des transitions l’amène à appuyer sur cet aspect du jeu. Il va lire ses matchs et faire évoluer son système en fonction de cela. C’est donc difficile de parler de système pour Girona. L’on est pas loin du “hourra football”, ils prennent énormément de buts !

Bon nombre d’entraîneurs seraient effrayés par les risques que prend Michel. Quand ils se projettent, ils se retrouvent parfois à cinq dans la surface adverse. Alors que, derrière, ils ne sont pas encore replacés. Il y’a cette approche un peu à l’ancienne dans laquelle l’essentiel est de marquer plus que l’adversaire. Peu importe si deux ou trois buts sont encaissés. La clé de son succès réside essentiellement par la production et l’efficacité offensive plutôt que dans un système précis. La recherche de la profondeur et de la largeur est très marquée. Le 3-4-3 peut sembler plus rassurant défensivement, notamment face au peu d’efforts défensifs fournis par Savio. Mais cela lui donne moins de largeur. Il adapte son système en fonction de l’adversaire, d’abord, et en fonction de la tournure du match, ensuite”.

Toile du footeux – Girona, plus qu’un simple tube de l’été ?

Cette approche particulière ramène à ses expériences précédentes. Habitué à jouer le maintien ou la montée, Michel connaît ce besoin d’adaptation. Si Gérone modifie souvent son style et son rythme à l’adversaire, son premier objectif est de contrer l’adversaire avant même d’imposer son emprise sur le match. En deuxième période, contre l’Atletico, Michel a totalement abandonné la possession du ballon pour abuser des longs ballons sur Dovbyk et Savio, et cela a fini par marcher. La possession leur importe peu, tant qu’ils trouvent des espaces pour marquer.

Si les performances de Gérone sont sensationnelles, l’objectif est de durer au-delà de cette sensation. La jeunesse de l’effectif, l’inexpérience globale d’une lutte en haut de tableau, ainsi qu’une dynamique offensive constante peuvent amener à une euphorie chronique. Seulement, Gérone est de ces clubs dont le travail patient porte un jour ses fruits. Et peut-être plus vite que pensé, par un succès au-delà des attentes. L’arrivée de Daley Blind, en provenance du Bayern Munich, renforce le camp des cadres. En plus de Stuani, Juanpe, Paulo Gazzaniga ou encore Portu.

Le néerlandais s’est très vite imposé dans le groupe catalan. Il a joué les 21 matchs de Liga de sa formation, et en débutant 20. Lorsqu’un club plus modeste qu’un cador concourt pour le titre ou des places européennes, la question des saisons suivantes arrive souvent dans les débats. Là encore, pas d’inquiétude. S’il n’est pas question de titre (la direction évoque encore un objectif maintien (déjà atteint comptablement, ndlr) concernant la saison actuelle), Gérone compte bien progresser de manière linéaire. Avec l’appui et le soutien de l’ensemble des structures, internes ou non. La stabilité, voilà qui semble être le levier principal de la recherche de progression et de structuration.

À LIRE – Théo Chendri, découverte du football espagnol dans les divisions inférieures

Cet hiver, Gérone n’a pas cédé à l’euphorie. Excepté quelques opérations de prêts de joueurs en partance pour les divisions inférieures, aucun mouvement significatif n’a été recensé. Dans aucun des deux sens. Le club a confiance dans son effectif, dans son projet, et dans le(s) capitaine(s) de son navire.

Au niveau du recrutement, c’est clairement Michel qui construit l’effectif, avec Pere Guardiola. Le recrutement de Blind amène de l’expérience. L’objectif initial, il ne faut pas l’oublier, est de jouer le maintien. La, cela se passe très bien, mais quand l’objectif initial est de ne pas sombrer, il y a ce besoin de joueurs d’expérience.

Cette lucidité rafraichissante s’établit également dans un sens contraire. Si, au club, l’on s’avère modéré, on sait aussi que l’occasion qui se présente est susceptible de ne pas se représenter, ou du moins dans les mêmes conditions, à l’avenir.

À la direction prudente se substitue, un discours plus ambitieux, porté notamment par les cadres de l’équipe, dont certains ont connu une toute autre situation avec les Blanquivermells. “ Les joueurs, dont Stuani, ont parlé d’accrocher la Coupe d’Europe, voire le titre. Ils se disent qu’ils ont “le droit de rêver” comme tout le monde. Des joueurs comme lui, qui ont connu la descente avec Girona, sont conscients que c’est cette saison et que ce n’est pas sur que cela recommence les années suivantes« , glisse la journaliste RMC Sports. « Le droit de rêver”, formule consacrée, au sens infiniment puissant. Elle invite une notion de mérite, une notion de travail et de quête. Cette saison semble loin de son terme. Et ouvrira un nouveau chapitre de la longue épopée des blancs et vermeils.

Alors que la moitié de la saison de Liga est lentement dépassée, les questionnements entourent et parcourent la ville de Catalogne. Gérone peut-il être champion ? À la lutte avec un Real Madrid instable, bien qu’ayant un rythme de champion (54 pts en 21 rencontres), et alors que le FC Barcelone et l’Atletico Madrid se battent à 10 points derrière, le leader catalan (55 pts en 22 rencontres) semble bénéficier d’une Liga ouverte pour mettre à profit la meilleure saison de son histoire (le plus grand total de points en Liga était jusqu’à cette saison de 51 pts, réalisé lors de la saison 2017-2018). Un nul à Almeria et une défaite face à Majorque en quart de finale de Coupe du Roi constituent les seuls accrocs depuis la fin de la trêve hivernale, marquée par une démonstration face à Séville (5-1) et par une courte victoire à Vigo.

La réponse à cette question est donc évidemment positive. Le débat n’aurait peut-être même pas été ouvert si le Real Madrid n’avait pas existé… Le rythme des catalans est un rythme de champion. Car toutes les formations ayant affiché 45 points à la mi-saison ont été sacrées championnes. Seulement, cette saison, deux formations ont affiché ce rythme. Mieux, avec une seule défaite (tout comme Gérone) et un match nul de moins (3 contre 4 pour Gérone), les merengues ont repris la tête à la faveur d’un match en retard face à Getafe (0-2), ce jeudi.

Cette lutte bilatérale restera sans réponse avant le 10 février, date de déplacement au Santiago Bernabeu pour Gérone. S’il restera 12 journées après le choc, ce dernier, au vu du rythme des deux formations, et de celui des autres principaux concurrents, semble être le moment décisif de réponse.

Mais de cette saison ne dépendra pas l’avenir du club. Sa structure, son fonctionnement, son système de recrutement et de (post)-formation ainsi que son staff, au premier rang duquel Michel, permettent au club d’envisager sereinement l’avenir, et de se projeter dans un futur compétitif. Cette structuration patiente, mais réellement efficace, permet au Blanquivermells de regarder dans les yeux les grands d’Espagne.

Un trouble-fête plein d’ambition

La rationalité oblige à envisager un Gérone plus émoussé (notamment par les convoitises qui viendront inévitablement bouleverser l’effectif) la saison prochaine. Toutefois, les catalans possèdent désormais toutes les armes pour s’afficher comme un nouveau trouble-fête. Notamment pour les places européennes, au même titre que les deux Séville, l’Athletic Bilbao ou encore la Real Sociedad. « S’ils restent dans la politique sportive qu’ils ont actuellement, il est peu probable de les voir chuter. Ils ont ce qu’il faut pour s’installer en Liga, et même pour envisager le haut de tableau”, conclue Anna Carreau. Avec 19 points d’avance sur la dernière place qualificative pour une Coupe d’Europe (détenue par la Real Sociedad), il paraît presque certain de voir Gérone sur nos écrans lors des jeudi (voire des mardi ou mercredi) de septembre, octobre et novembre 2024.

La saison de Gérone aura, quoi qu’il arrive, valeur d’énième démonstration. Oui, le football est bien affaire d’argent. La gestion exemplaire du board catalan le démontre, avec une certaine aisance financière malgré un budget modeste, géré rubis sur l’ongle. Seulement, il est aussi, et avant tout, affaire de passion, d’investissement (humain, cette fois-ci). Si certains portefeuilles ne montrent pas de limites, celles de la compétence, elles, se manifestent bien plus rapidement.

À LIRE – Expatrié à Madrid : Récit d’une année au stade

Dans le sud du pays, le Séville FC, au train de vie de Crésus et aux choix sportifs discutables, en est la parfaite démonstration ibérique, côtoyant bien plus les limbes du championnat, plutôt que son Olympe. Le Real-Madrid devrait voir revenir la grande majorité de ses absents de marque courant février. Il fera office de grandissime favori pour la victoire finale. Toutefois, l’épopée catalane est une formidable bouffée d’air frais dans un championnat sensiblement routinier. Et dans un football d’argent, dont le sens se perd peu à peu…


2 commentaires

La folle saison du Stade Brestois - Fausse Touche · 11/03/2024 à 15:29

[…] À LIRE – Girona, Stade Brestois, destin similaire ? Analyse du club espagnol […]

Brest : une surprise qui n'en n'est plus une. · 13/03/2024 à 20:36

[…] À LIRE – Girona, anatomie d’une saison grandiose […]

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *