Ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à le dire. Le mental fait tout, il est essentiel. Que, quand le mental va bien, le corps suit. Mais, pour moi, le mental reste simplement un grand mot. Comme le physique, le mental peut désigner tout ce qu’il est possible d’imaginer pour un athlète. Alors, comment mettre des mots sur cette notion de mental, sans tomber dans la facilité ?

Dans une longue interview qu’il donnait pour SoFoot il y a quelques semaines, Rayan Cherki évoquait humblement qu’« à chaque fin de saison, je rentrais chez moi, je m’asseyais avec ma mère, et je pleurais. Parce qu’il fallait que toute la pression et la charge émotionnelle de l’année s’en aillent. On ne se rend pas compte. Après, les matches les joueurs ne peuvent pas dormir ». Thierry Henry disait aussi, dans sa grande interview donnée au journal Le Parisien : « Quand tu es au niveau de Mbappé, dire que tu as un petit problème mentalement, ça peut passer pour un signe de faiblesse, alors que c’est en réalité une grande force ».

Au même titre qu’on ne devient pas un professionnel dans les domaines de la santé et de la préparation physique en programmant quelques pompes et abdos à autrui, on ne devient pas un professionnel de la santé et de la préparation mentale en encourageant et motivant avec une succession de posts Instagram. Il faut avant tout savoir de quoi il en ressort, puis donner des éléments adaptés à l’humain à qui on fait face.

Du jeune de 14 ans non reconduit par son centre de formation à la star en fin de carrière, en passant par l’étoile montante devant porter tous les espoirs sur ses épaules, tous ont un point commun. Ils sont humains. Leurs pensées déterminent leur état. Certains estiment qu’ils n’ont pas besoin d’accompagnement mental mais, ils sont pourtant accompagnés mentalement, bon gré mal gré, à chaque moment de leur vie. L’ami réconfortant impacte positivement, le journaliste critique impacte négativement. Les deux ont cette faculté. Premier élément clé de la compréhension de l’humain, le cerveau est le centre d’assimilation de l’information. Mais aussi le centre des décisions. C’est lui qu’il faut comprendre pour aller vers ce que l’on cherche avec un footballeur, que cela soit de la performance, du bien-être, un soulagement, etc.

En fonction du point de départ et de l’objectif, il faut identifier ce qui sera le plus intéressant dans le cas traité. Sommes-nous dans la réparation de traumatisme ? La recherche de performance ? La volonté d’équilibre ? Ces questions doivent être discutées avec un professionnel. Il aura d’abord été formé pour diagnostiquer, conseiller sur le chemin à suivre afin d’arriver à ce qui sera le mieux pour le joueur.

Il faut distinguer deux grands axes : réparer et préparer. Dans le premier axe, le point de départ fait face à un déséquilibre. Des éléments externes ou internes viennent perturber le bon équilibre mental. Notre état d’esprit a des carences et manque d’équilibre. La peur du regard des autres, la peur du jugement, la dévalorisation ou encore un échec qui nous hante. Tous ces paramètres viennent s’installer au plus profond de l’humain et vont agir comme des virus. Ces virus feront dysfonctionner la machine au moment de chercher de la performance. Ils doivent être traités pour récupérer une base solide, qui permettra au joueur de retrouver plaisir et performance. Ils nécessitent une connexion et une confiance entre le professionnel et celui qu’il accompagne.

Dans le second, le point de départ est équilibré et le but sera d’augmenter les performances mentales. Autrement dit, chercher l’état de « flow« , utiliser des préférences motrices, augmenter la motivation. Ceux-ci se travaillent souvent en individuel et sont obligatoirement personnalisés. Autant d’éléments qui peuvent faire passer un bon joueur à « top player ».

Pour ce qui est du quotidien, et cela vaut pour le footballeur, mais aussi pour la personne lambda, il faut également distinguer l’importance d’un entourage plus léger, qui permet d’avoir une vie dite normale. Cela peut être une famille, des amis et/ou des activités favorisant cette légèreté et permettent de diminuer le niveau de stress.

Une synergie entre accompagnant (professionnel ou non) et joueur est donc primordiale. Le rôle de ce dernier sera de comprendre qu’il ne peut pas tout gérer seul. Un humain a besoin de son environnement pour survivre. La partie mentale ne fait pas exception. Il doit apprendre à ne pas garder tout pour lui, s’entourer de personnes compétentes. Comprendre qu’il peut et doit être aidé. Au même titre qu’il est normal et naturel d’avoir du personnel soignant et un préparateur physique, il est aussi normal d’avoir un entourage dédié à l’optimisation du mental.

Dans le cas de Vinicius Jr, il a été compliqué de ne pas remarquer un changement entre la saison 2020/2021 et l’exercice 2021/2022. Beaucoup souligneront son acharnement sur le travail physique et spécifique, mais cela ne reste qu’une partie visible de ses entraînements. Son travail sur l’aspect mental, sa capacité de concentration, l’abnégation face aux critiques ont été tout aussi importantes. Un accompagnement mental des plus sains et efficaces aura été nécessaire pour lui permettre d’exprimer le talent décelé chez lui par son club.

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Au contraire, une mauvaise gestion du mental et des émotions a des conséquences nuisibles. La carrière de Thiago Silva au PSG le souligne. O’Monstro a probablement été le meilleur défenseur du monde pendant plusieurs saisons, se disputant la place avec Sergio Ramos. Cependant, on observe une récurrence dans le schéma des performances en phase finale de la Ligue des champions. D’aucun pourraient ne pas être d’accord, mais force est de constater, dès son arrivée à Chelsea après son passage à Paris, qu’il produit des performances exemplaires (six clean sheet en sept matches). Le joueur n’a pas changé. Son environnement, si. Peut-être qu’un accompagnement mental plus approfondi aurait permis de gérer d’une meilleure manière. Chacun y va de ses suppositions. La liste de joueurs aussi bien connus qu’inconnus qui pourraient davantage briller si le travail mental était aussi appliqué que le travail physique ou spécifique est bien trop longue pour être évoquée.

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Cela étant dit, de plus en plus de joueurs s’entourent de personnes pouvant leur permettre de gérer cet aspect mental et émotionnel. Parce qu’il y a autant de solution et méthode que de joueurs existants. Les professionnels pouvant agir sur ce microcosme sont nombreux. L’important est que leur savoir est applicable au monde du football. À savoir que certains professionnels ont plusieurs casquettes : psychologue, thérapeute, coach/préparateur mental, psychopraticien, psychothérapeute, psychométricien.

Finalement, les mœurs changent pour le mieux. La santé mentale des joueurs est de moins en moins négligée. Les équipes les plus avancées proposent en effet à leurs joueurs des professionnels du domaine, et ce, dès le centre de formation. Les joueurs les plus matures et en avance dans la gestion de leur hygiène de vie et de leur carrière comprennent le caractère primordial d’un suivi mental. Dans la pratique, il m’a été donné de constater qu’à leurs 30 ans les joueurs me glissent que « si je t’avais connu avant j’aurais eu une meilleure carrière » et qu’à leurs 20 ans les joueurs, « nan je n’ai pas besoin de travail mental ». Comme on dit, « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. ». Maintenant, vous savez.

Par Mohamed Bouderah


Fausse Touche

Je représente tous les sympathiques qui ont contribué et ont filé un coup de plume à l'équipe !

1 commentaire

La démocratisation de la préparation mentale dans le football ne doit pas nous tromper - Fausse Touche · 01/10/2025 à 19:38

[…] prise en compte du mental a des conséquences néfastes. La carrière de Thiago Silva en est un exemple criant. Ce dernier s’est régulièrement imposé comme l’un des meilleurs défenseurs du […]

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