Malgré des records sportifs battus année après année, bien des choses demeurent impossibles à l’être humain, sportivement parlant. Pourtant, avec l’observation attentive du passé et du présent, nous pouvons distinguer des grandes tendances et se prononcer sur les évolutions qui peuvent venir chambouler le sport à l’avenir. Notamment en ce qui concerne la préparation mentale, qui, malgré sa démocratisation plus que bénéfique, ne doit pas faire oublier que les problèmes qu’elle tente de régler sont beaucoup plus larges et diffus.

Le football, bien que plus discret sur les évolutions, ne reste pas à la traîne. Nous voyons de plus en plus de matchs, avec de plus en plus d’intensité, des profils différents qui émergent, le football évolue et c’est bien normal : c’est un sport vivant.

La question mentale prend, logiquement, de plus en plus d’importance. Parler de dépression, de burn-out ou de diverses difficultés de la vie devient commun. Quel suiveur passionné du football n’a désormais jamais entendu parler de préparation mentale, de la difficulté de survivre en centre de formation ou de la pression au haut niveau ?

La norme sur le sujet consiste de plus en plus à tolérer, banaliser et maximiser le recours aux soins et aides mentales et psychologiques : psychologies, coach de vie, etc. Pour d’autres, les troubles mentaux relevant de la psychologie comme le burn-out sont le symbole de la société capitaliste qui pousse au bord du précipice de nombreux individus. Pour ces derniers, si le recours aux soins et aux aides est une priorité, elle ne doit pas occulter la réalité et les racines libérales du problème.

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Pour d’autres, ces troubles se maintiennent du fait d’une individualisation à outrance au détriment d’un fonctionnement de groupe. Tel que le propose Durkheim, « la frénésie de l’individualisation à outrance a bien des vertus en termes de conscientisation, d’accès à un monde de connaissances, mais avec des interactions qui s’en trouvent altérées, changeantes et évolutives. »

Dans tous les cas, le problème n’est pas tant les maladies et les syndromes diagnostiqués, qui sont dans tous les cas reconnus et acceptés, que les solutions apportées – suivis psychologiques, médicaux et autres suivis – qui n’impliquent pas de remettre en cause la superstructure à l’origine de la majorité de ces soucis, mais uniquement de remettre sur pied un individu.

Pour autant, une fois ce constat effectué, cela n’élimine pas l’importance que prend la préparation mentale. Si le footballeur ne peut pas, seul, éliminer les risques qui pèsent sur la société, il peut a minima limiter les risques auxquels il est soumis.

Se préparer mentalement, au-delà des difficultés de la vie, c’est apprendre à disséquer un objectif, à le préparer au mieux. Pour cela, le joueur doit éviter certains dangers. D’un côté, les biais de techniques comme la visualisation. De l’autre, il doit faire fi des performances sportives hallucinantes, et celles faussées par le dopage ou d’autres conditions, qui sont notamment montrées aux jeunes joueurs depuis les réseaux sociaux. Se préparer mentalement, c’est faire sortir la personnalité du joueur, qu’il soit balle au pied, sans ballon ou même hors d’un terrain.

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Une mauvaise prise en compte du mental a des conséquences néfastes. La carrière de Thiago Silva en est un exemple criant. Ce dernier s’est régulièrement imposé comme l’un des meilleurs défenseurs du monde. Pourtant, un schéma dans ses performances en phase finale de la Ligue des champions semble récurrent. Force est de constater, dès son arrivée à Chelsea, qu’il a produit des performances exemplaires (six clean sheets en sept matches). Thiago Silva n’a pas changé, il est toujours le même être humain. Son environnement change pour autant. Peut-être qu’un accompagnement mental plus approfondi aurait permis de gérer d’une meilleure manière les phases finales de Ligue des champions au PSG.

La préparation mentale s’impose donc de plus en plus comme un facteur clé de la performance des joueurs de football. L’avenir risque de donner à ce facteur de plus en plus de place. Cette évolution s’amorce de façon tranquille, presque lente.

Le point clé de cette transition sera l’adaptation des encadrants aux nouvelles normes de l’entraînement. Si l’on peut quasiment affirmer que la transition devrait partiellement s’effectuer à haut niveau, on ne peut être sûr que les divisions inférieures vont se mettre à la page. Combien de jeunes joueurs en club amateur, même à haut niveau, vont réellement bénéficier de ce travail de posture ? Combien de jeunes joueurs sont accompagnés par des entraîneurs spécialisés en tactique, combien sont formés à la question mentale ?

Le QI foot est primordial, mais combien de joueurs du monde amateur, vivier du monde professionnel, maîtrisent le fonctionnement d’un pressing, comment le déjouer, comment lire le jeu et jouer entre les lignes ? De nombreuses formations apprennent l’encadrement d’athlètes en le sécurisant, l’animation d’un groupe. Quid des conditions techniques de la performance ? Il suffit d’aller voir la fiche FFF du Brevet de Moniteur de Football (BMF) pour se questionner.

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Ce diplôme est équivalent à une licence UEFA B. Il permet d’encadrer jusqu’en Régional et souffre de lacunes dans sa mise en forme. Alors que le mot sécurité apparaît six fois sur la page et le mot éducatif trois fois, le mot technique n’apparaît que deux fois, tandis que les mots tactique ou performance sont aux abonnés absents. Cela ne veut pas dire que ces aspects sont entièrement réduits à néant de la formation, mais ce constat autour de la communication interroge.

préparation mentale

Un diplôme de cette valeur, au contact du grand vivier du monde amateur, ne peut négliger de parler de l’aspect tactique ou performance sur la page internet qui verra défiler immanquablement les candidats intéressés. Si l’instruction et l’encadrement paraissent essentiels à la bonne vie d’un groupe, est-ce que l’absence d’un projet de performance structuré ne nuirait pas à la bonne éclosion des pépites et au développement d’un niveau moyen élevé ?

Au haut niveau, D1 et D2 nationales mises à part, trop peu d’intervenants sont formés aux diverses questions de la nutrition, du dopage, du sommeil ou du travail neurologique dans les clubs. Combien d’intervenants réalisent la place réelle du dopage dans le sport, combien d’autres cherchent à optimiser les facteurs légaux et légitimes de progression comme l’alimentation ou le sommeil ? Vu la complexité et les moyens nécessaires, ils ne sont que quelques-uns à faire de l’analyste posturale, à travailler sur les neurosciences.

La question n’est pas tant de savoir sur quels aspects le football va évoluer, mais plutôt qui va suivre l’évolution et qui va être laissé pour compte. De plus en plus de joueurs, professionnels ou amateurs, font appel à des intervenants privés pour s’améliorer sur tous les facteurs mentionnés. La démarche est louable et il faut des encadrants privés, mais leur première place n’est-elle pas dans les clubs… ?

Sport1 – La neuroscience, levier de performance du futur ?

Le football s’orienterait alors de plus en plus vers un suivi holithérapique. Bien que, grandiloquente, cette notion traduit une réalité simple. Tandis que Holos signifie en grec ancien « entier », Therapeuô signifie « prendre soin ». Cette approche prendrait tout simplement en compte l’ensemble des éléments disponibles pour répondre aux besoins d’un athlète. C’est une approche multifactorielle. Si l’on dit souvent qu’il faut tout un village pour élever un enfant, il faut désormais tout un village pour accompagner un sportif vers son plein potentiel.

Certaines personnes atteignent la gloire par des performances incroyables, dans le sport ou dans d’autres domaines de la vie. Il ne faut pas oublier qu’ils ne se sont que très rarement fait seuls. Encore plus maintenant que jamais, dans cette époque ultra-optimisée, un sportif qui réussira sera le mieux accompagné sur tous les domaines. La préparation physique et mentale des footballeurs nécessitera l’appui de tout un village pour atteindre le plus haut niveau et faire réussir des jeunes talentueux.


1 commentaire

Le Milan Lab, relique du passé qui pointe vers l'avenir ? - Fausse Touche · 18/01/2025 à 16:17

[…] À LIRE – Une démocratisation de la préparation mentale dans le football ? […]

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