Le ministre de l’Intérieur a annoncé, début mars, vouloir dissoudre des groupes de supporters. Les deux visés sont ceux de Saint-Etienne, les Magic Fans et les Green Angels. Face à ce processus, les collectifs ont annoncé songer à l’auto-dissolution et à l’arrêt total du dialogue avec les instances.
La réunion pour une possible dissolution des groupes de supporters de Saint-Étienne approche. Les deux collectifs stéphanois, les Green Angels 92 et Magic Fans 91, ont rendez-vous ce mardi 1er avril avec la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives, qui devra ensuite donner son avis sur ce projet.

Les groupes de supporters animent, depuis des décennies, les tribunes. Le but est de pousser leur équipe. Mais aussi de porter les valeurs du club et de la ville, partout en France et en Europe. Aujourd’hui ils sont menacés par une politique de répression qui visent à les dissoudre. Si deux sont visés aujourd’hui, tous sont sous la pression de voir leur nom être évoqué.
Depuis l’annonce du gouvernement, l’Association Nationale des Supporters (ANS) a publié un communiqué, historiquement signé par 163 groupes français. Ils s’opposent à « la destruction administrative des bénévoles qui animent les tribunes et sont les interlocuteurs des clubs et des autorités pour garantir la sécurité en tribunes », expliquent-ils sur leur compte X.

Cela reste un mystère
Les membres de l’association ont organisé une assemblée générale, le 22 mars, dans laquelle ils évoquent leurs prochaines actions. La première est de se retirer de l’Instance Nationale du Supporterisme (INS). Alors que les élus ont pris la parole contre le projet, la ministre des Sports n’a pas souhaité l’évoquer. « L’INS permet, dans certains cas, de pouvoir échanger avec le Ministère, avec différentes personnes qualifiées et membres d’autres institutions. On voulait comprendre les enjeux et expliquer ce que cela pouvait engendrer. Le silence du ministère des Sports a mené à cette décision de mise en retrait de l’INS », précise Kilian, porte-parole de l’ANS.
Le deuxième point de la réunion a été d’arrêter tout dialogue avec les différentes autorités, avec effet immédiat. « Avec l’absence de dialogue, cela rend difficile de pouvoir partager des informations aux autorités pour les jours de match qui, derrière, se retrouvent confronté à ce que le ministère de l’Intérieur propose par cette dissolution : ne plus avoir d’interlocuteurs », poursuit-il. Derrière ces actions, le but est de montrer aux instances que sans les interlocuteurs, la situation ne sera pas plus facile. Ils seront dans l’incapacité de préparer, organiser et comprendre ce qui pourra se passer en amont du match.
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Par cette dissolution, le gouvernement supprime le seul cadre de dialogue qui leur permet de bien organiser les rencontres. « On a une lecture qui est purement personnel, politique et dans le seul intérêt de Bruno Retailleau et cela montre qu’elle n’a aucun sens et personne n’a réfléchi aux conséquences », se désole Tom, porte-parole des Green Angels, lors de leur assemblée générale.
Si le projet, initié par le préfet de la Loire, a été validé par le ministère de l’Intérieur, il reste incompréhensif par l’ANS et les groupes. « On ne comprend pas les raisons. Même s’il y a pu avoir des débordements comme il y a deux ans, dans un contexte très particulier avec la descente du club et un conflit avec la direction, cela reste un mystère », déplore Kilian.
Le soutien des élus renforcé
Les élus soutiennent depuis le début les groupes de Saint-Étienne et ont notamment signé une tribune dans Le Monde, dont huit de la Loire. « L’assemblée générale a renforcé le soutien qu’on pouvait avoir, ce qui donne encore plus de déterminations pour s’organiser contre le ministère de l’Intérieur et la dissolution. Le sujet fait l’unanimité contre lui », se réjouit le porte-parole de l’association.
Si l’association et les groupes ne comprennent pas les raisons d’un tel projet, le mystère reste le même pour les élus. « Pour le coup, je me demande ce qui pousse le gouvernement à se focaliser sur les groupes de l’ASSE. Je ne comprends pas« , questionne le sénateur Jean-Pierre Rochette. « Le sujet dont on parle est un sujet qui est très important pour nous, dans le département et dans la région, parce que c’est plus que du sport, c’est presque une religion. Les gens sont très attachés à tout ce qui tourne autour de ce club, surtout autour des supporters. Il y a un véritable engouement », poursuit-il.
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Les supporters font partie intégrante de l’histoire des clubs, notamment à Saint-Étienne. Le club a lui-même communiqué contre le projet, via leur compte X. « Bien que l’AS Saint-Étienne soutienne les améliorations apportées à la sécurité des stades à l’échelle nationale, elle remet en question le processus décisionnel et conteste la justification du ciblage de ses seuls groupes de supporters », pouvait-on lire.
ℹ️ Déclaration d'Ivan Gazidis pic.twitter.com/fZjnqVyjpY
— AS Saint-Étienne (@ASSEofficiel) March 16, 2025
Les élus souhaitent communiquer avec les clubs et le gouvernement, afin de trouver une solution qui pourrait convenir à tous. Dissoudre les groupes serait très risqué. D’abord puisqu’il n’y aurait plus de personnes et de structures identifiées, des deux clubs. « On est sur deux tribunes de 8 000 personnes, où il n’y a plus d’interlocuteurs, ni de cadre sécurisant dans ces tribunes. C’est les associations qui l’apportent, à travers leurs bureaux ou leurs capos. C’est avec nous qu’ils discutent s’il y a un soucis », explique Kilian, membre de l’ANS.
Une privation de liberté
L’une des justifications est la mise en place des forces de l’ordre pour chaque rencontre aux abords des stades. « Aujourd’hui quand il y a un match de football, on mobilise des forces de l’ordre. Si on dissout les Magic Fans et les Green Angels, est-ce que demain, aux matches, il n’y aura plus aucune force de l’ordre ? C’est complètement utopique. C’est véritablement ne rien y connaître que de réfléchir comme cela », déplore le sénateur.
L’association ne demande que le retour du dialogue. La seule manière de fonctionner a été de parler, avec des priorités et des demandes à l’ordre du jour. « On veut de la pédagogie, dialogue et travail avec les instances. On veut que tout cela soit le sujet central de toutes les prochaines discussions. C’est indispensable pour que les choses soient à nouveau apaisées pour repartir sur de nouvelles bases », précise Kilian.
C’est avant tout une privation de libertés, celles d’exprimer son soutien à son équipe et de se rassembler. Ce qu’on retrouve dans les stades et dans les tribunes, c’est un reflet de la société dans laquelle nous vivons. « Les gens ont besoin d’avoir des choses en dehors de leur quotidien. Le sport est fait pour », regrette Jean-Pierre Rochette. La chasse aux supporters et la restriction des libertés sont omniprésentes dans le football.
Depuis le début de saison, pourtant plutôt calme contrairement aux précédentes, les encadrements et interdictions de déplacements explosent avec plus de 60 arrêtés depuis août. Ce qui pourrait entraîner un record d’ici la fin de saison. En attendant la commission, les deux groupes de Saint-Étienne ont appelé à manifester de manière « familiale et festive », avant ASSE-PSG.
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