Wilfried Grimaud ne s’est jamais arrêté de croire en son rêve. Il n’a jamais perdu son objectif de vue : toucher le Graal et signer professionnel. Barré en France, mais poussé par toute une famille, et tout un quartier, il choisit la voie d’un départ à l’étranger. S’étant battu toute sa jeunesse pour lancer sa carrière, il rappelle aussi que le football professionnel est large. Loin des Benzema, Mbappé et consort, nombres de talents aux parcours passionnants se battent au quotidien pour faire de leur rêve une vie. 

Wilfried Grimaud

Comment en vient-on à mûrir et faire grandir le projet de devenir footballeur professionnel et comment cela s’est concrétisé pour toi ?

Quand tu joues dans un quartier, de nombreuses personnes te poussent. Elles te poussent notamment à rejoindre un club, plutôt que de te cantonner au quartier. Je me suis dit que j’allais me battre pour y arriver. C’est seulement lorsque les opportunités se matérialisent que tu te rends compte que c’est compliqué. Et ce, malgré ton talent. On peut parfois te dire non, sans même t’avoir vu évoluer sur le terrain. 

La première partie de l’entretien avec Wilfried Grimaud est à retrouver ici

Dès lors, c’est une affaire de mental. Tout de suite, tu te dis : « Soit je lâche l’affaire et je retourne jouer au quartier, soit je crois en mon rêve à fond et cela va passer ! ». Je me suis forgé ce mental en me disant de ne pas lâcher, malgré les déceptions ou les refus. Le football, parfois, c’est un peu une affaire de piston, il faut dire la vérité ! Je me disais que j’avais le temps de signer pro ou en centre. Mais le temps passe vraiment, et tu loupes le train une, voire deux fois. Ensuite, il repasse rarement une troisième fois. Les portes ont commencé à se fermer petit à petit.

À 18 ans, si tu n’as pas encore signé pro, tu n’es pas en centre de formation ou dans un club confirmé, tu commences à réfléchir. J’avais énormément confiance en moi et je me suis dit que je pouvais seulement évoluer à un niveau bien au-dessus de la CFA, dans des structures professionnelles, avec tout mon respect pour la division. En France, on me disait que je n’avais pas joué en centre ou dans des clubs assez importants. La seule solution pour moi était l’étranger, là où l’on allait pas regarder mon âge. J’ai eu un coup de téléphone d’un ami et d’un agent par la suite qui m’ont proposé l’Angleterre. 6ème, 5ème division anglaises, essai en Lituanie mais signature en deuxième division bulgare, retour en France au niveau amateur…

En parallèle de ta carrière, tu t’es lancé dans plusieurs activités dont le management et l’accompagnement de joueurs, avec notamment plusieurs joueurs placés dans les pays de l’Est. Quels sont les profils qui te contactent ? 

Cela fonctionne beaucoup par le bouche à oreille. Les gens connaissent mon parcours à l’étranger et voient ce que je poste sur LinkedIn. Des agents viennent me solliciter pour aider des joueurs qu’ils n’arrivent pas à placer dans des clubs. Quand on me contacte, je publie souvent des posts pour annoncer une offre ou pour annoncer la disponibilité des joueurs. Il est important de bien se comporter et de garder de bonnes relations pour qu’on te fasse confiance. J’essaye surtout de rendre et de partager ce que le football m’a donné. J’observe certaines difficultés dans le football et j’essaye de donner aux joueurs les conseils pour leur construire le chemin le plus adéquat pour rejoindre le monde professionnel. Qui est un monde de requin, il faut être honnête.

J’ai pu solliciter certains coachs, directeurs sportifs ou présidents qui adoraient parler avec moi lorsque je jouais sous leurs ordres ou au sein de leur club. Souvent, ils me contactaient pour moi, pour que je vienne signer ! *rires* Je leur répondais être sur un autre projet malgré mon envie de continuer le foot, mais je leur proposais des joueurs d’un niveau similaire. Petit à petit, à force d’envoyer un, puis deux, puis trois joueurs et d’avoir des retours positifs, j’ai pu développer cette manière de travailler avec d’autres clubs, agents, qui ont constitué un réseau professionnel. À chaque signature, je poste sur les réseaux, ce qui renforce ma crédibilité et entretient la dynamique.

À LIRE – La monde amateur français a-t-il été coulé par le football professionnel ?

Les joueurs que je conseille sont des joueurs de qualité, mais qui n’ont pas eu les opportunités qu’ils auraient mérité, et qui n’ont pas signé de contrat professionnel à 24 ou 25 ans. Ils éprouvent donc des difficultés dans le milieu du football. Je peux leur proposer des opportunités à l’étranger, dans les pays de l’Est. c’est plus facile d’y signer qu’en France, il ne faut pas se mentir. Je me suis dit « pourquoi pas essayer de donner une opportunité à tout le monde ? ». J’ai la chance d’avoir mon mot à dire dans les négociations, alors je pousse mon joueur au maximum. Tout en me calquant sur les demandes des clubs pour que cela se passe au mieux.

Je suis donc réputé pour placer des joueurs dans les championnats de l’Est. J’essaye vraiment de faire au mieux, en donnant des conseils surtout. Lorsqu’il y a une signature à la clef, je communique vraiment au maximum avec le joueur pour essayer d’encourager au mieux son adaptation. Je communique également de manière fréquente avec la direction du club, je ne laisse jamais un joueur à son sort. Je prends également le relais lorsqu’il y a un éventuel problème afin que tout se passe pour le mieux.

Ton passage dans le monde amateur t’aide-t-il à accompagner les joueurs qui viennent te voir pour obtenir une opportunité ? J’imagine que parmi les joueurs qui te contactent, figurent des joueurs qui sortent du monde amateur, à bon, voir très bon niveau et qui souhaiteraient avoir une opportunité en pro. Seulement, si je me réfère à des entretiens précédents, notamment celui que tu as donné à nos confrères de BNB, tu as constaté plusieurs lacunes, notamment tactiques, dans le monde amateur en comparaison avec le monde professionnel.

Ton accompagnement se concentre-t-il aussi sur des conseils pour que les joueurs qui viennent du monde amateur réussissent à gommer ces éventuelles lacunes ?

Ce passage dans le monde amateur m’a permis d’observer d’autres aspects du joueur amateur. Le fait d’avoir eu la chance de connaître ces deux mondes m’ont permis de (re)prendre conscience des différences, notamment dans la discipline et la rigueur. Je me suis dit que si je devais envoyer un joueur qui n’a pas encore signé pro dans sa carrière, il fallait que je puisse le briefer de la meilleure des manières pour gérer tous les aspects d’une signature pro, la pression, le niveau, les attentes, une éventuelle notoriété ultérieure. Je dois aussi le préparer au mieux à un essai, lui expliquer les attentes, l’engouement et le stress qu’il peut y avoir.

Le but est de donner tous les éléments à un joueur amateur pour qu’il soit professionnel le plus rapidement possible. Tout le monde n’y arrive pas ! Si demain on te met sur un terrain pendant 6 mois, et qu’il faut que tu sois discipliné, rigoureux tous les jours, tu risques d’abandonner et/ou de craquer. Je m’oriente vraiment vers le fait de pouvoir faire signer des joueurs amateurs dans le monde professionnel. C’est là où réside la fierté et le grand travail, faire en sorte qu’un joueur de football puisse réaliser son rêve.

Sur le plan tactique, comme je l’ai expliqué à de nombreuses reprises, il y a énormément de lacunes dans le monde amateur. Je ne blâme pas forcément les coachs, mais j’ai eu des expériences qui m’ont permis de les observer. Le jeu n’est pas le même, le choix des joueurs non plus. J’ai vraiment travaillé sur tous ces aspects de différence entre monde amateur et professionnel, pour permettre aux joueurs que je conseille et que je fais éventuellement signer d’être prêts le plus rapidement possible. Un joueur qui signe à l’étranger a intérêt à être le meilleur, sinon, les clubs choisissent des joueurs locaux et ne se prennent pas la tête avec des joueurs étrangers.

Le management de joueur est une expérience assez récente pour toi, au moins dans l’institutionnalisation de la pratique. Le fait de t’être de nouveau fixé en région parisienne influence-t-il les profils qui te contactent ?

On vient me voir de partout dans le monde ! Que ce soit au Maroc, aux Etats-Unis, au Mexique, en France, dans le Sud et dans le Nord, je reçois des messages de partout. Lorsque je poste une offre, je reçois de nombreux messages, mais j’en reçois également même sans en poster. On me contacte également en Scandinavie. Ce sont des joueurs qui cherchent de l’aide pour obtenir des opportunités. Les joueurs qui me contactent n’ont pas toujours le profil recherché ou adapté aux opportunités qui peuvent se présenter, mais je réponds à tout le monde. En toute humilité, je pense que tout le monde a besoin d’avoir une réponse. Je ne vais pas me prendre pour n’importe qui. Joueur, j’aurais bien aimé qu’un agent ou quelqu’un qui peut donner des opportunités me réponde.

Je reste honnête, tout en rappelant que si une bonne opportunité se présente, je le recontacterais. Même sans pouvoir aider, une réponse est importante. Elle peut aussi et surtout donner de l’espoir au joueur en question. Cela l’encourage à continuer. Au contraire, l’absence de réponse provoque une certaine frustration. Impacte le joueur et peut changer sa manière d’être. Je veux être le plus simple possible avec mes interlocuteurs, que ce soit joueur ou agent.

On arrive vers la fin de cet entretien. Tu vas peut-être me voir venir, nous sommes au mois de juin, en période de mercato, penses-tu revenir sur les terrains ? Qu’attends-tu aujourd’hui du football et de ce qu’il pourrait encore te donner?

Aujourd’hui, j’ai 31 ans, je ne pense plus comme quand j’avais 22 ans. Je me considère toujours comme un joueur de football. Si je peux donner un coup de main à certains joueurs pour réaliser leur rêve, je le ferais avec plaisir. ais le mien n’est pas terminé. C’est une fierté d’avoir signé avec tous les clubs pour lesquels j’ai pu évoluer. Je sais qu’il y aura un début et une fin, mais je la construis, je l’écris au mieux tout en étant convaincu de vouloir continuer sur mon chemin de joueur de football. Je ne suis pas encore prêt mentalement à basculer totalement dans le management. La passerelle s’effectuera progressivement. J’essaye d’être le plus « smart » possible. Il y a le football, certes. Mais qu’il y a autre chose aussi. Si j’ai l’opportunité de rejouer à haut niveau, je la saisirais sans hésiter mais avec un risque mesuré.

Pour moi, faire du management est un peu comme un hobby, comme une autre passion. Cela me permet de me vider la tête et de m’évader du football. Les projets audiovisuels que je monte en parallèle s’inscrivent aussi dans cette réflexion. J’ai envie d’entreprendre dans de nombreux secteurs. Cela me permet de m’oublier en quelque sorte. Je prépare mon après-carrière. Je place mes pions et je considérerais l’activité qui sera la plus bénéfique pour continuer par la suite. Dans la vie, il faut se placer.


1 commentaire

Du rêve au cauchemar, « j’ai 15 ans et je suis pulvérisé mentalement » : témoignage d'un ancien membre de centre de formation - Fausse Touche · 12/07/2023 à 17:00

[…] À LIRE – La vie des joueurs qui ne signent pas pro, un rêve qui s’échappe […]

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *