Le masculinisme, outil du fascisme, s’est infiltré dans toutes les strates de la société capitaliste et le football ne fait pas exception. C’est même tout l’inverse, les propos et la violence des hommes ont l’air d’avoir une place toute particulière au sein de ce sport, comme dans d’autres. 

Il y a deux faces d’une même pièce, qui servent le même objectif final : maintenir l’état actuel des rapports de domination de genre. D’une part, les athlètes/hommes responsables de violences directes envers leurs partenaires et de l’autre, les fans, qui sont responsables de violences indirectes envers les victimes, à travers plusieurs moyens de pression. Le premier est classique, c’est la négation de leurs accusations et par la suite, celle des faits. Le second est, tout aussi courant, à savoir le cyberharcèlement. En somme, la diffamation, le mensonge. La post-vérité existe depuis toujours mais elle règne en maître depuis quelques années dans le monde du football. Le cas Benjamin Mendy est éclairant en ce sens et peut servir d’horrible point de repère.

Édito.

En observant chacune de ces affaires, on retrouve des points communs assez édifiants : un soutien public, et souvent suivi par les collègues footballeurs des accusés ; un harcèlement des victimes et une minimisation des accusations, soit en détournant le sujet car les femmes qui accusent une personnalité publique, encore plus dans le football, seraient des manipulatrices vénales, soit en parlant du passif sexuel des victimes. On entend régulièrement que ces femmes seraient dévergondées, qu’elles n’ont pas de valeur ou bien qu’elles ne peuvent pas être victimes de tels actes parce que c’est ce qu’elles chercheraient depuis le début.

Leur valeur auprès de la société masculine est si faible que leur sort ne compte pas si elles menacent la vie sociale ou la carrière d’une figure sportive de notoriété publique.

Contrairement à une certaine croyance populaire, les clubs anglais n’ont jamais eu pour tradition de licencier, ou tout du moins de suspendre leurs joueurs lorsque des accusations graves sont médiatisées. Outre-Manche, en mars 2015, Adam Johnson a été arrêté après un rapport sexuel avec une adolescente de 15 ans. Il a été suspendu immédiatement après l’arrestation, pour deux matches seulement. Trois nouvelles accusations se sont ajoutées au dossier, mais Sunderland a décidé de se couvrir en avançant que son joueur plaidait non-coupable. Il ne sera licencié qu’après avoir avoué sa culpabilité, à la fin du procès, le 11 février 2016. Au cours de ce dernier, il admettra avoir prévenu le club. De ses propres aveux, Sunderland savait qu’il avait embrassé et envoyé des photos dénudées à la victime. Le fameux mythe des « carrières brisées »…

Durant la dernière décennie, la liste de tous les footballeurs accusés dépassent la dizaine de noms :

  • Mason Greenwood a été réhabilité et soutenu publiquement par l’Olympique de Marseille (président, coach, coéquipiers), malgré des vidéos où l’on voit sa compagne en sang, et une accusation de viol à l’époque. Une mise au placard a suivi du côté de Manchester United qui n’aura été qu’un écran de fumée, puisqu’il est parti en prêt pour reprendre des couleurs sportives à Getafe, avec la valeur marchande qui va avec. Aujourd’hui, il est adulé par la grosse affluence de Ligue 1.
  • Wissam Ben Yedder a joué pendant plusieurs mois après la première accusation (juillet 2023). Il a ensuite été condamné à deux ans de prison avec sursis pour agression sexuelle en novembre 2024, survenue deux mois plutôt. Et en mai dernier, le parquet de Nice a requis huit mois de prison avec sursis pour violences psychologiques sur son épouse, qui a demandé le divorce. 

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  • Benjamin Mendy : un procès médiatisé. Il a été mis de côté par Manchester City, mais pas licencié, notons-le encore une fois. Au total, dix chefs d’accusations d’infractions sexuelles et accusé de sept viols par cinq victimes. Ces premières mises en examen avaient ensuite fait boule de neige. Plusieurs nouvelles femmes avaient porté plainte contre lui. Il a finalement été jugé non coupable suite à un second procès. Il a retrouvé les pelouses à Lorient avant de passer cinq mois en Suisse.
  • Kingsley Coman, condamné à 5 000 d’amende pour des violences conjugales en septembre 2017. Il faisait pourtant toujours partie de l’effectif du Bayern Munich et jouait en équipe de France (58 matches au total). Récemment, il a signé à Al-Nassr pour 30 millions, avec une augmentation de son salaire. 
  • Lucas Hernandez a lui été doublement condamné. La première fois pour violences conjugales et la seconde pour non-respect d’une mesure d’éloignement imposée par la première condamnation, faisant état de six mois de prison avec sursis en 2019. Aujourd’hui, il fait toujours partie de l’effectif du Paris Saint-Germain.
  • N’oublions pas Achraf Hakimi, Thiago Almada, Cristiano Ronaldo, Jérôme Boateng ou encore Neymar.

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Dernièrement, c’est l’affaire Thomas Partey qui a scandalisé. Elle est édifiante sur un certain nombre de points : l’ampleur du dossier, la complicité des institutions et des fans. Après trois ans de flou, entretenu par les médias notamment, nous avons appris que Thomas Partey était accusé de viol, en février 2022, alors que l’identité de la victime n’avait pas été identifiée. Puis, d’autres détails ont été communiqués : cinq chefs d’accusation de viols et un chef d’accusation d’agression sexuelle. Tous commis entre 2021 et 2022. Le club d’Arsenal était au courant dès 2021, mais cela ne l’a pas empêché de faire jouer le Ghanéen puis d’entamer des discussions pour une prolongation de contrat. Finalement, le joueur a signé à Villarreal. Il a été interrogé par la police plusieurs fois et a été libéré sous caution à sept reprises.

Arsenal a agi avec, encore et toujours, le bouclier de la non-retenue des charges : une procédure classique lors d’accusations aussi graves, il faut du temps pour étoffer l’enquête, bien que cela se fasse au détriment des victimes. Et si les accusations n’avaient pas été rendues publiques, il y a fort à parier qu’Arsenal aurait prolongé l’international ghanéen, qui a disputé la Coupe du Monde 2022.

Ce scénario se reproduira-t-il pour les deux coéquipiers de 19 ans d’un club de Premier League, dont l’identité n’a pas été révélée, qui ont été arrêtés cette année avant d’être libérés sous caution pour des faits d’accusations de viol ? Assisterons-nous à la même apathie envers les footballeurs ? Assisterons-nous au même mépris envers les victimes de la part des clubs, de la fédération anglaise et de la FIFA ? Rappelons que les viols sont extrêmement difficiles à prouver du côté des victimes.

Récemment, Lamine Yamal a « invité » une dizaine de travailleuses de sexe à son anniversaire contre rémunération. Les détails les plus sordides soulignent que des dimensions de seins précises étaient requises. Le gâteau d’anniversaire ou l’emploi de personnes naines – passons la nanophobie – ont davantage fait parler. 

Toujours les mêmes manières d’agir, à savoir la couverture des joueurs. L’impact de leurs actions sur les femmes ne compte pas. C’est la sécurité des actionnaires, de la valeur et de la réputation du club qui l’emportent. Et les fans récitent exactement la même chanson. On ne va pas questionner la place de la responsabilité collective alors qu’on peut se contenter de critiquer les femmes d’être victimes de violences, de faire face à la nature « des hommes ». Quand serons-nous capables de dire stop à ce système morbide ?

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Le masculinisme s’impose dans le football pour plusieurs raisons : 

  • La victoire de l’extrême droite dans la sphère des réseaux sociaux a permis l’effervescence de ces propos et a offert une liberté totale aux fakes news, aux violences ciblées envers les femmes. Au-delà des violences sexuelles, il suffit de regarder comment les footballeuses subissent des critiques à longueur de temps avec très peu d’arguments logiques, mais une logique d’invisibilisation constante : il est normal que nous les voyons moins parce qu’elles ne génèrent pas d’argent tout en regardant les clubs masculins gaspiller des milliards dans des joueurs qui ne jouent pas, ou mal.
  • Les fans pensent ressembler à leurs idoles. Ils s’imaginent toujours menacés par ces mêmes accusations parce qu’ils sont à même de reproduire leurs comportements.
  • Le football reflète la société et nous vivons une période de backlash* envers le mouvement féministe et diminuer la place des femmes ainsi que leur légitimité sont deux manières, malheureusement efficaces, d’accentuer le pouvoir des hommes. 

*backlash : mot anglophone désignant un retour de bâton lorsque les mouvements de droits civiques (notamment des minorités raciales) et/ou des femmes avancent et conquièrent des nouveaux droits. C’est une réaction hostile et une violence de la part des conservateurs pour faire reculer ces avancées, voire même de viser un retour en arrière dans le but de saboter et de réduire au silence les groupes en question.

Tous les exemples cités précédemment desservent une des narratives principales du mouvement masculiniste, qui consiste à dire que les fausses accusations ruinent des vies. Côté chiffres : selon l’étude du National sexual violence resource center de 2012, seulement 2 à 10 % des accusations de viol sont des fausses accusations. Et au fil des études, le chiffre ne fait que baisser, comme l’expliquent les conclusions du FBI – 1996 ; du British home office – 2005 ; d’Heenan & Murray – 2006 et de Liska et al. – 2010. Dans l’étude du British home office, les chercheurs ont vérifié leur première conclusion (8 % de fausses accusations) et ont réalisé que ce résultat « comprenait de nombreuses erreurs dues aux nombreux préjugés des policiers sur les femmes victimes », accompagnés des manquements induits. Le chiffre final ? 2,5 % de fausses accusations.

A contrario, selon une enquête menée par NBC News, moins de 4 % des accusations de viols, d’agressions sexuelles et d’abus sexuels sur mineur.e.s signalées dans certaines villes états-uniennes aboutissent à une condamnation. En France, selon une étude de victimation de l’Insee, 0,6 % des viols ou tentatives de viols auraient donné lieu à une condamnation. Comment laisser la post-vérité s’imposer ? Pourquoi entend-on toujours les mêmes discours lorsqu’un homme est accusé ? Statistiquement, il y a de très grandes chances que l’horreur ait effectivement eu lieu.

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Si de tels chiffres ne vous incitent pas à croire les victimes, si les témoignages ne suffisent pas, si la souffrance qu’endurent les femmes n’est pas suffisante, alors vous n’avez pas votre place en société.

Tant que nous, les hommes et les médias qui traitont de ce sport ne prenons pas le sujet au sérieux, un sujet de société qui nous concerne tou.te.s et qu’il est nécessaire d’évoquer sérieusement pour sortir du schéma patriarcal ayant offert l’hégémonie à tous ces hommes violents, nous serons complices de la violence que les femmes subissent. Et c’est à force de silence et de minimisation que des hommes de tous les âges garderont un statut intouchable et pourront agresser, violer ou organiser des soirées en engageant des êtres humains comme on achète des magazines. C’est à force de rire de tout, surtout des minorités, que l’on arrive à cette situation. Allons-nous enfin prendre les choses en main ou laisser la situation se dégrader inlassablement ?