La première rencontre féminine a eu lieu il y a déjà plus d’un siècle. Pourtant, le football reste encore un sport masculin : 2,1 millions de licenciés en 2022, pour à peine 200 000 femmes en France. Mais le football féminin connaît malgré tout un essor depuis une dizaine d’années. 

Les premières traces de la pratique féminine remontent en 1910, à l’école supérieure pour jeunes filles de Pont-à-Mousson. Mais c’est pendant la Première Guerre mondiale que la pratique a réellement décollé. Les femmes ne remplaçaient pas les hommes qu’au travail, mais aussi dans le sport. Le 30 septembre 1917, deux équipes du Fémina sport (club omnisports fondé à Paris en 1912) s’affrontent. Le succès fut tel qu’au cours des années suivantes, d’autres équipes se forment et de nouveaux matches s’organisent.

Par la suite, la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) est fondée, présidée par Alice Millat, à l’origine de la création des Jeux Olympiques féminins. Elle organise alors un championnat chaque année, jusqu’en 1932. « Des escouades féminines voient le jour en 1919 à Rouen puis Reims et le pays compte une douzaine de clubs pratiquant le football féminin au début de la saison 1920-1921 », écrit le journaliste Mickaël Correia dans son livre Histoire populaire du football.

Après la Première Guerre mondiale et son lourd bilan, le Gouvernement lance une propagande favorisant la natalité. Les militantes féministes la tourne en leur faveur. « Si l’on considère le sport comme un moyen de perfectionnement de la race, n’est-ce pas à la femme d’abord qu’on doit le faire pratiquer ? Soyons logique. Au lieu de ‘rééduquer’ un enfant de 15 ans malingre et chétif par un judicieux entraînement à la culture physique, ne vaut-il pas mieux prendre le mal à la racine et rendre la femme capable d’avoir des enfants solides ? », expliquait Alice Millat.

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Néanmoins, certains hommes tentent de déconsidérer le sport féminin. « Qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fête, où sera conviés le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable », expliquait Henri Desgrange, fondateur du quotidien l’Auto.

En 1933, le football est radié de la FSFSF. Le régime de Vichy, en 1941, interdit officiellement les femmes de pratique du football. Le Gouvernement publie ensuite une liste des sports interdits aux femmes, le 27 mars 1941. En parallèle, dans les années 50, 26 clubs féminins sont actifs en Angleterre. Une fédération féminine est créée en Italie et aux Pays-Bas. Mais pour la France, ce n’est qu’en 1969 que la pratique est relancée, lors de la première édition de la Coupe d’Europe avec l’Angleterre, le Danemark et l’Italie.

En 1970, la Fédération française de football (FFF) reconnait enfin le foot féminin et une cinquantaine de clubs sont recensés. Elle s’engage en faveur de la pratique, et créé la première commission féminine spécifiquement chargée de veiller au développement du football féminin. Pourtant, au milieu des années 1980, les effectifs diminuent. La commission n’impulse aucune mesure incitative efficace en faveur de la pratique. La FFF souhaite contrôler cette dernière et non la développer. Ainsi, à l’aube des années 2000, les footballeuses représentent seulement 3 % des licenciés.

La position de la FFF au regard des équipes féminines va progressivement être remise en cause. En 2007, le Conseil de l’Europe publie l’Accord partiel élargi. Il vise au développement de l’égalité entre les sexes dans le sport. L’année suivante, le ministère de la Jeunesse et des Sports contraint la fédération de football à un plan de féminisation de la pratique. Il s’articule autour de quatre grands axes. Valoriser la place des femmes dans le football, devenir une nation référence des licenciées, jouer les premiers rôles au niveau européen et mondial, et innover en matière de formation.

Pourtant, les budgets alloués au football féminin sont aujourd’hui encore largement inférieurs à celui du football masculin. Les infrastructures, comme la localisation des clubs, interrogent. Ils ne répondent que très peu aux besoins du football féminin, des stades aux des centres d’entraînement en passant par les équipements proposés aux joueuses. Les zones rurales sont également moins bien pourvues que les zones urbaines. À l’heure actuelle, de nombreux clubs sont dans l’incapacité de proposer des tenues adaptées et offrent la même tenue qu’aux garçons. Qui font en moyenne 20 cm et une quinzaine de kilos de plus.

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La France n’a pas pris le tournant et elle ne s’est pas saisie correctement de cet enjeu-là pour changer les mentalités.

Pauline Le Mouellic, fondatrice de Graines de Footballeuses, pour RCF Radio, en juillet 2025

La Fédération franchit toutefois certaines étapes significatives dès la fin des années 90. Au niveau du nombre de pratiquantes d’abord. Mais aussi dans la féminisation progressive des instances et grâce à la création d’une première division professionnelle. Cette dernière existait déjà depuis 1974, mais sa professionnalisation avec la création d’une Ligue Pro (LFFP) date de 2024. L’équipe de France féminine est un accélérateur de popularité et un outil de publicité. La FFF fait tout son possible pour atteindre la barre ambitieuse des 500 000 licenciés en 2028. Cette dernière sait tout de même qu’il lui reste de nombreux défis pour y parvenir. 

Pourtant, quand, dans les années 60, le football féminin se développe de nouveau, les médias ne le prennent pas au sérieux. Elles ne bénéficient presque pas de l’espace médiatique. Quand elles y arrivent, les journalistes se moquent d’elles, les comparent aux hommes ou les infantilisent. Les journalistes apportent un regard paternaliste et, quand ils saluent une performance, précisent que les hommes font toujours mieux. On a le droit également au sexisme ou à la lesbophobie assumée. « Quand on voit ces jeunes filles sur le terrain, elles ont un peu l’air d’hommes », se moquait René Lucot, à la mi-temps de France – Italie, en 1970. Cette rencontre est d’ailleurs la première retransmission par l’ORTF d’un match de football féminin. La route sera longue.

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En 1991, la FIFA organise la première Coupe du monde féminine de football, en Chine. « Beaucoup d’équipes avaient eu des difficultés pour trouver des crampons et des gants de gardienne à des tailles adaptées aux femmes », se souvient la joueuse Asako Takakura, dans un article du Midi Libre. Par ailleurs, les chaînes de télévision n’ont diffusé aucun match et ce jusqu’au tournoi de 2003, sur Eurosport. Bien que la chaîne soit en avance sur les autres, les journalistes n’ont pas arrêté de les infantiliser et de les dévaluer.

Ce n’est qu’à partir de leur quatrième place à la compétition de 2011 que l’équipe nationale commence à gagner le cœur des supporters. « À la suite du consternant spectacle sportif et médiatique offert par la sélection masculine en 2010, lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, le public s’entiche pour l’équipe féminine, aussi chaleureuse que talentueuse », glisse Mickaël Correia, dans son livre. 

La Coupe du monde au Canada, en 2015, est un moment charnière. Les Françaises sont enfin dépeintes comme des sportives ayant une stature internationale. Elles sont aussi reconnues comme un modèle d’identification pour les petites filles. La chaîne de la TNT W9 avait diffusé 22 matches. Elle a battu le record d’audience pour la TNT, lors du quart de finale opposant la France à l’Allemagne : 4 124 000 téléspectateurs et téléspectatrices avaient vibré pour les Bleues. Ce record ouvre la voie à une diffusion sur les chaînes grand public. TF1, pour la Coupe du monde féminine de 2019 et France 2, France 3 et M6 pour l’édition 2023. 

Dans les instances, l’égalité hommes-femmes a également nettement évolué grâce à la loi pour la parité obligatoire et à celle démocratiser le sport, de 2022. « On a vu plus de femmes dans les fédérations, au niveau national depuis 2024 et au niveau régional pour 2028. C’est à contrebalancer puisque, dans certaines fédérations, il y a eu une féminisation sur le papier, mais sans plan d’action précis », se réjouit Tess Harmand, directrice générale de l’association Alice Milliat, œuvrant pour une égalité par le sport. « On voit aussi qu’au niveau de la pratique, c’est ce qui évolue le plus. Plus de licenciées, plus de jeunes filles qui s’y mettent. Il faut quand même garder en tête qu’on partait de loin. Mais il y a une dynamique qui se créée », poursuit-elle.

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En France, des événements dits d’importances majeures sont des compétitions ou rencontres dont la diffusion télévisuelle doit être assurée autant que possible par une chaîne gratuite. Depuis 2024, beaucoup de tournoi féminins sont rentrés dans cette liste, à l’instar des Jeux Paralympiques. Elle concerne, par exemple, tous les matches de l’équipe de France, les demies et finales de Coupe du monde et la finale de la Ligue des Champions. « Au niveau médiatisation, c’est un gros fait marquant pour le sport féminin. Ça oblige donc une évolution de la diffusion en claire de certaines compétitions. Il y a des choses qui progressent », conclut la présidente de l’association.

Un très long chemin est encore à parcourir. Les footballeuses, comme chaque femme dans la vie de tous les jours, doivent fournir bien plus d’efforts que leurs congénères. Ce constat vaut qu’importe l’âge et le milieu social. Anouk Lalo, joueuse au Red Star FC, l’a rappelé à l’occasion de l’événement « Le football, un terrain aussi féminin : une table ronde pour penser le jeu autrement », organisée par le club. « Les garçons, même s’ils sont nuls, ils ont le droit de jouer, de s’amuser. Si t’es une fille, soit t’es Messi, soit tu sors du city ».

Pour la première fois de son histoire, les joueuses de l’Olympique de Marseille ont joué un de leur match au stade Vélodrome, ce samedi 28 mars, face à Montpellier. Avec 35 713 personnes qui ont pris place dans le stade Vélodrome, elles battent le record détenu jusqu’ici par l’OL face au PSG en novembre 2019, au Groupama Stadium, avec 30 661 spectateurs.

Les tables rondes ont été enregistrées par Instinct Foot et sont visionables sur sa page Youtube.


Océane B.

Océ, 24 ans, étudiante en journalisme de temps en temps. Sillonne l'Europe pour visiter de nouveaux stades. Il m'arrive d'écrire des articles.