Avec son arrivée en tant qu’équipementier officiel du ballon de la Ligue 1 ou sur les maillots de Nîmes et de Nancy, Kipsta a frappé fort ces derniers mois dans le milieu du football professionnel. Au-delà du sportif, la branche de la toile d’araignée de Decathlon est-elle tout autant concernée par les enjeux environnementaux qui sont et seront de plus en plus importants dans les années à venir ? Élément de réponse avec Frédéric Boistard, leader du football à 11 chez Kipsta.

Chaque année, des centaines de millions de maillots sont vendus. Des maillots de football aux équipements loisirs, cette masse représente une quantité astronomique de plastiques, un business attractif et non moins polluant. En outre, la production de ces plastiques est elle-même une des industries les plus néfastes pour l’environnement. Réduire la consommation de plastiques est par conséquent un des enjeux majeurs pour préserver l’environnement. Le football ne devra pas y déroger, et le rôle des marques dans ce processus ne peut être négligé. La marque Kipsta le sait et a choisi de nous éclairer sur sa stratégie.
Entrons d’ores et déjà dans le vif du sujet. La marque peut-elle estimer ses plus gros impacts environnementaux dans la création d’équipements ?
Parmi l’extraction des composants, la teinture quand il y a de la teinture, la fabrication, le transport, les plus gros impacts sur l’environnement sont le composant et le transport. Différents aspects du transport sont concernés. Tout d’abord, le transport à plusieurs endroits de la planète. Le transport de l’entrepôt vers le magasin, et enfin le transport des clients, avec chacun leur petite voiture, vers le magasin. En tant que concepteur de produits, nous pouvons réellement agir sur le composant. C’est entre les mains de nos ingénieurs. Nous avons un pouvoir, sans être décideur, sur le lieu de fabrication. Pour les comportements des clients et le transport entre entrepôts, c’est en dehors de la manœuvre de la marque, comme Kipsta.
Nous essayons de rendre compatible la production par le choix des composants, par la conception, ainsi que dans notre exigence avec nos partenaires industriels, nos fournisseurs, notamment dans leur utilisation d’énergies propres, moins d’eau et de produits toxiques. Cela tout en restant accessible.
Vous qui côtoyez l’environnement du football, avez-vous constaté une prise de conscience concernant les enjeux écologiques ?
Pas assez à mon avis. Ni assez vite. Je ne vais pas parler au nom de tous les clubs, je ne les connais pas. Toutefois, je sais que certains voient une menace potentielle arriver. En effet, l’écologie fait rarement partie des prérogatives imposées par un club. J’ai déjà été sollicité par un club en Écosse, réputé le club le plus « vert » au monde, qui se revendique ainsi. À l’inverse, en France, je n’ai pas rencontré de clubs avec cette conscience si poussée.
En revanche, nous travaillons avec une association, Football Ecologie France, et leur crédo est de faire de l’éducation, de l’éco-supportérisme, amateur et professionnel, pour sensibiliser toutes let toutes. Sensibiliser aussi bien dans l’achat d’équipements qu’éduquer les supporters dans leurs déplacements, dans leur utilisation de plastiques, de cartons… Nous souhaitons que la marque Kipsta s’engage pour actrices et être dans le wagon de tête de ceux qui veulent bouger les choses. Sur la partie équipementier, je l’espère, le plus tôt possible, 100% de notre collection qui sera éco-conçue. Soit par le composant, soit par une durée de vie allongée.
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Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de ces entreprises qui se créent autour de la seconde main : Leboncoin, Vinted. Il faut savoir que depuis près de 20 ans, un événement était organisé par les magasins Decathlon. Le Trocathlon était finalement les prémices de ces mouvements. Deux fois par an s’élevaient des chapiteaux autour des magasins et permettaient de vendre leurs produits à d’autres personnes. Ce schéma a disparu, au profit de corner appelé « Seconde vie » dans nos magasins.
Ce corner est présent dans n’importe quel magasin et chaque client peut ramener un produit et se le faire racheter par le magasin. Ensuite, le produit sera nettoyé et réparé, puis le revendre, identifié comme étant de seconde main. Certains magasins ont en permanence trente, quarante, cinquante vélos. Demain, les objectifs seront de dépasser 5%, 10% de la surface des magasins dédiés à la seconde main. C’est aussi ce que nous voulons pour nos équipements football.
Seconde chose, un projet est en cours de déploiement en tant qu’équivalent digital. Les thématiques de location, d’abonnement sont aussi à la une chez Décathlon. Pour 20€ par mois, un client pourra posséder 400€ de produits Decathlon chez lui. Désormais, le client pourra rendre le produit une fois utilisé, plutôt que l’acheter et l’utiliser une fois, deux fois, trois fois. Ce constat peut être fait pour les maillots. La consommation sera faite à la demande. Cela va nous obliger à construire encore plus durable, ou encore plus réparable. L’objectif est que le produit soit utilisé le plus longtemps possible. Nous, en tant que producteur, et le client en tant que consommateur sommes dans une spirale positive.
Kipsta communique sur la labellisation « FIFA Quality PRO » de ses ballons. Existe-t-il un volet environnemental dans la labellisation des ballons FIFA ? Est-ce prévu ?
Parmi nos ballons, certains sont labellisés. Nous équipons en ballons la Ligue 1 et la Ligue 2, c’est une obligation. Nos ballons F950 et F900 sont labellisés FIFA Quality PRO et après nos ballons F550 et F500 labellisé FIFA. Ils doivent répondre à un cahier des charges strict. En ce qui concerne l’éco-responsabilité, personne ne nous le demande, mais nous les créons comme s’ils devaient l’être. Dans l’optique que cela devienne obligatoire à termes. La durée de vie de nos ballons est de 30% supérieure à un ballon dit « classique » et nous pouvons revendiquer le label éco-conception. J’espère que la FIFA y travaille, nous n’avons pas l’information. Les ballons éco-conçus sont très très difficiles à produire. Autant sur le textile c’est facile, sur les chaussures ce n’est pas très facile, sur le ballon c’est très dur.
S’engager en faveur de l’environnement va souvent de paire avec un engagement social. L’entreprise Vista-ballon confie le travail du cuir à des employés en réinsertion professionnelle, par exemple. Quel est l’engagement de Kipsta sur ce plan ?
Nous ne fonctionnons pas comme cela pour le moment parce que Kipsta aujourd’hui est une entreprise mondiale, qui diffuse des produits mondialement. Certes, nous sommes basés en France. Toutefois, les produits sont distribués dans plus de cinquante pays, plus de deux mille magasins. Quand on pense conception d’un produit, développement d’un produit, on doit penser à la production du produit. C’est vrai, cette approche convient très bien à des séries moindres, mais pas à une approche mondiale de distribution. Un consommateur qui achète un ballon de football à Shanghai ou à Villeneuve d’Ascq achète un ballon à 95% identique : l’approche de projets locaux, de projets de réinsertion, elle n’est pas forcément compatible aujourd’hui avec la masse prod.
Ceci étant dit, nous travaillons quand même avec des ateliers textiles de confection pour de petites séries. on parle d’éco-conception mais si à la fin 70 pourcent du business ca n’a pas trop de sens sinon est est venu déplacement un problème. on quitte l’Asie pour produire en France pour finalement distribuer dans le monde annule les économies réalisées sur le transport.
L’idéal serait d’avoir une vingtaine de produits complètement identiques, conçus dans différents bassins géographiques pour approvisionner ces bassins géographiques
Kipsta est associé à l’événement Danone Nation Cup. Lors de cette compétition qui rassemble de jeunes joueurs du monde entier, chaque ballon acheté permettrait d’offrir l’équivalent d’un an d’accès à l’eau potable à un enfant. Que représente l’extra-sportif à vos yeux ?
Nous sommes des observateurs du football. D’un football à deux vitesses -et mondialement il y a même bien plus de vitesses que cela. Pour la plupart d’entre nous, nous sommes passionnés, pratiquants ou ex-pratiquants. Au regard du prisme privilégié, franco-français, nous avons une fédération avec de l’argent, des clubs pros avec encore plus d’argents, un monde amateur développé. Tous les pays n’ont pas cette chance. A certains endroits dans le monde, un club amateur français avec très peu de moyens ferait rêver une structure. Le football n’a de sens que s’il est suivi de projets impactants, importants, pour que les gens aient envie de suivre ce football. Qu’il reste populaire, intergénérationnel. Il inculque des valeurs d’effort, de dépassement de soi et nous aimons aussi le football pour ça.
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En tant que marque, bien sûr que nous devons proposer des produits qui soient bons, beaux, techniques pour nos clients. Recyclés, tant mieux. Recyclables, encore mieux. Je pense qu’une marque digne de ce nom, dans le futur, devra aussi exister par les projets sociétaux qu’elle porte. Notre volonté est d’avoir une empreinte, pas que sur le football professionnel.
Il y a quelques années, lorsque Danone a cherché un équipementier pour la Danone nation cup, ce qui nous a intéressé était le projet derrière. Il y avait un système de qualification mondiale, avec des gamins aux quatre coins du monde venant jouer leur Coupe du monde. L’engagement était l’accès à l’eau potable. Dans la vision de Decathlon, il y avait un axe appelé « être utile aux Hommes et à leur planète ». Dès le départ, nous trouvions cette cause assez noble. Celle de se dire que dans certains endroits du monde, le football est associé au luxe et dans d’autres, la population n’a à peine accès à l’eau potable. Techniquement, c’est Danone qui gère, car nous sommes équipementiers sous contrat. De notre côté, nous essayons de créer de la participation, de promouvoir et faire connaitre l’événement.
Merci à Kipsta pour le temps accordé.
Alexandre BONNOT et Loris BRACCO
2 commentaires
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