Ancien joueur de la prestigieuse académie du Kashiwa Reysol, puis de l’Université de Tokyo, Taiga Someya a préféré arrêter le football à un niveau professionnel pour se concentrer sur sa carrière d’ingénieur. Longtemps considéré comme très prometteur, le gardien de 24 ans s’est confié sur sa période en académie, et nous explique le fonctionnement de ces dernières.

taiga someya

Taiga Someya est repéré, alors qu’il jouait dans le club de son école et en sélection préfectorale. « j’ai rejoint le Kashiwa Reysol à ce moment. L’entraîneur des gardiens de but de l’académie était également entraîneur de l’équipe de sélection préfectorale. Alors il s’est approché de moi et m’a invité à faire un essai, ce qui a conduit à mon inscription. »

Fonctionnement du football académique

Avant d’être des joueurs, les joueurs d’académies sont des lycéens. Certains lycées sont donc en partenariat avec les centres de formation. Cela permet aux futurs talents d’avoir entre autres des horaires adaptés.

Cependant, Someya ne les a jamais fréquenté. « Pendant ma période au lycée, il n’y avait pas d’école spécifique désignée par l’Académie. La plupart des gens sont effectivement allés dans les écoles qui avaient des partenariats avec l’Académie. Mais quelques-uns d’entre nous, dont moi-même, ont choisi de fréquenter d’autres écoles secondaires. ». Ceux qui veulent se concentrer uniquement sur le football fréquentaient souvent les écoles partenaires, tandis que ceux qui préféraient un équilibre entre les études et le football choisissaient des écoles non partenaires. « Actuellement, il semble que fréquenter l’école partenaire est obligatoire. » renchérit-il.

Même si étudier et jouer en même temps peut parfois être compliqué, pour Taiga, « obtenir des notes décentes dans les examens scolaires n’était pas trop difficile. Même si je faisais des nuits blanches avant les examens. En ce qui concerne la préparation des examens d’entrée (à l’université), j’ai en fait quitté l’académie lorsque je suis entré dans ma troisième année de lycée (équivalent de la terminale en France), j’ai pas eu à étudier en parallèle à ce moment là. ».

Cependant, réussir ses écoles et dans le centre de formation nécessite de l’organisation, jouer au foot étant très chronophage rappelle-t-il. Par ailleurs, à l’académie, les joueurs suivaient six entraînements par semaine, d’un peu plus de deux heures chacun.

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Les joueurs des académies sont amenés à jouer des compétitions entre clubs, comme la Prince Takamado League. C’est un championnat U18 qui réunit les meilleures académies et clubs de lycée de l’archipel. Taiga a aussi disputé a Coupe Alcas à l’âge de 15 ans. « Elle a été l’une des expériences les plus excitantes pour moi. J’ai eu l’occasion de rivaliser avec des équipes comme Barcelone et Paris Saint-Germain, ce qui m’a permis de comprendre le niveau mondial de compétition. »

Taiga Someya lors de son cursus de quatre ans à l’Université de Tokyo. (crédit : Site de l’Université)

En ce qui concerne le nombre de joueurs et de membre du staff, il peut varier selon les académies. Au Kashiwa Reysol, « il y avait environ 10 joueurs par année (soit environ 30 joueurs au total). Pour les entraîneurs, il y en avait essentiellement une attribuée par année, plus environ deux entraîneurs de gardien de but. Il y avait également deux membres du personnel médical. Je ne sais pas maintenant, mais il n’y avait pas de personnel technique à ce moment-là. »

En revanche, contrairement à certains lycées qui disposent de staff technique notamment dans l’analyse vidéo, ce n’est pas le cas du centre de formation de Kashiwa.

Enfin, pendant les 12 heures d’entrainement hebdomadaires, Taiga Someya pratiquait divers exercices. La plupart étaient collectifs, et non spécifiques au poste de gardien de but. « Au Kashiwa Reysol, les gardiens étaient censés participer au jeu de construction, nous nous sommes donc souvent entraînés à des choses comme les coups de pied. Bien qu’il y ait eu des sessions de formation axées sur des éléments spécifiques, j’ai l’impression qu’il y avait de nombreux exercices pratiques qui simulaient des situations de jeu spécifiques

Au Japon, les gardiens participent beaucoup au jeu. La qualité de leur jeu au pied est tout aussi importante que leurs réflexes. Certains comme Kosuke Nakamura sont ainsi particulièrement reconnus pour cette qualité.

Des difficultés psychologiques pour les joueurs

Le Kashiwa Reysol, club de la banlieue de Tokyo, est célèbre pour ses gardiens. Presque toutes les sélections jeunes japonaises ont un ou plusieurs gardiens issus de ce club. Ainsi, pour Taiga Someya « la concurrence interne au sein de l’équipe, c’était en effet intense. L’atmosphère pendant l’entraînement a également été assez intense, et il y avait des moments pendant mes années de lycée où je n’avais honnêtement pas envie d’aller jouer. ». Malgré tout, et parce qu’il est important de retenir le positif, l’exigence des entraînements rendaient le niveau du coaching extrêmement élevés, une expérience précieuse aux yeux du joueur.

Le gardien a ainsi côtoyé beaucoup de joueurs qui n’ont jamais réussi dans le monde du football, et qui ont dû quitter l’académie à l’âge de 15 ans. « Au Kashiwa Reysol, il y a un autre processus de sélection lors de la transition du collège au lycée, et la compétition là-bas est assez difficile. Parmi les joueurs qui n’ont pas réussi cette sélection, il y en a pas mal qui n’ont pas eu beaucoup de succès après. » aujourd’hui, sur tous ses camarades de l’époque, seule une poignée joue à un niveau élevé, et environ trois joueurs ont pu atteindre le niveau professionnel.

Psychologiquement, il est très dur pour un jeune joueur de se remettre d’une non conservation dans une académie. De plus, avec la concurrence toujours plus forte au sein des centres de formation japonais, ces jeunes joueurs n’arrivent généralement pas à trouver de point de chute à leur niveau, et arrêtent ainsi souvent le foot.

Cependant, parmi les coéquipiers d’académie du gardien, certains ont tout de même réussi à mettre un pied dans le monde professionnel. « Il y avait des joueurs comme Taiyo Koga, Kazuki Kijima et Hayate Shirowa. » .Le premier est aujourd’hui capitaine du club de Kashiwa Reysol en J1, et ex-international, le deuxième a évolué 2 ans en J3 League à l’Azul Claro Numazu et le dernier qui joue en deuxième division, au Thespakusatsu Gunma.

En fin de compte, Taiga tire tout de même un bilan positif de son passage. Tout n’est pas à jeter, il reste du positif. La gestion de la pression lui est toujours utile dans le monde professionnel, et a une idée des efforts à fournir de ce qu’il faut pour atteindre le plus haut niveau dans un domaine spécifique au Japon.

Né en 1998 comme Taiga, Taiyo Koga est devenu indispensable à son club depuis plusieurs années. Le défenseur a déjà disputé plus de 200 matchs de championnat (crédit : Gekisaka).

Une fin de carrière prématurée

Après des années à Kashiwa, Taiga Someya a préféré partir pour l’Université de Tokyo. Appelée Todai en japonais, elle est la plus prestigieuse du Japon en ce qui concerne les études. Son équipe de foot en revanche est beaucoup plus faible que la plupart des universités fréquentées par des joueurs voulant un jour être professionnel. Pendant ses quatre années à Tokyo, Taiga était ainsi particulièrement au dessus du lot.

J’ai visé l’Université de Tokyo en considérant ma future carrière. Contrairement à mes coéquipiers au lycée, j’ai fréquenté un lycée axé sur les examens d’entrée universitaire, donc la plupart des gens autour de moi visaient des universités de haut niveau. Leur influence a joué un rôle dans ma décision de viser l’Université de Tokyo.

Taiga Someya

Cependant, malgré ce niveau plus faible, si l’on demande au joueur sa période préférée, il est incapable de choisir. «Si l’on prend uniquement la formation des gardiens, les pratiques de l’académie étaient nettement meilleures. Il y a eu des moments à l’université où nous n’avions pas d’entraîneur des gardiens. Cependant, pendant la première moitié de l’université, nous avions un entraîneur (Ryo Yamaguchi) qui excellait en tactique, donc c’était aussi très agréable. »

Après son passage à l’Université de Tokyo, il est allé jouer dans le club de Tokyo United en division régionale. C’est à dire le cinquième échelon du football japonais. Avant de stopper définitivement sa carrière, après un an au club, la pratique étant incompatible avec son activité professionnelle. « l’intensité était assez élevée et je ne pouvais pas l’équilibrer avec mes activités professionnelles et de recherche. Actuellement, je joue occasionnellement pour une équipe d’anciens élèves de l’Université de Tokyo. »

Tokyo United est un club assez modeste de Kanto Soccer League, le 5ème échelon du football japonais. (crédit : site du club)

Et à l’avenir, le joueur ne compte pas reprendre le football. Mais il ne quittera pas nécessairement l’univers du ballon rond « Je ne pense pas que je rejouerai davantage au football. En revanche, je suis actuellement impliqué dans la création de produits liés au football. Donc j’aimerais rester connecté au football de cette façon. »

Merci à Taiga Someya d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.

4 commentaires

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