Penser et vivre ballon, s’imaginer fouler les plus belles pelouses du monde et devenir la prochaine idole de demain. Un rêve. Génération Olive et Tom oblige, je dois reconnaître avoir été accompagné par mes héros d’enfance pendant les premières années où j’ai tapé dans le ballon. Bercé par la ferveur qu’elle procure, j’aime tout de cette discipline. Est-ce la définition de l’insouciance ? Certainement. Voici mon histoire.

Les débuts sont somme toute classiques. Un papa fan de l’AS Saint-Etienne de la grande époque qui inscrit son fils dans le petit club de sa ville. L’histoire commence ainsi. Les premiers instants sont remplis de bonheur. Il y flotte la douce odeur des tournois départementaux, puis internationaux, les premiers copains, les distinctions de meilleur buteur, le « football vrai »… puis arrive le moment où l’on découvre que le foot n’est plus un simple jeu. Je suis encore jeune, et pourtant, je comprends que ces personnes qui parlent à mon papa sont là pour moi. Je progresse et je sais que j’ai un niveau intéressant, car le football, c’est ma vie, je joue beaucoup plus que mes partenaires. Il représente tout à mes yeux.

La bascule arrive à mes 14 ans. Je suis alors dans les radars de plusieurs formations non-professionnelles depuis quelques années. Un jour, mon club reçoit un courrier d’une grande écurie française. Celle-ci lance un appel pour que nos meilleurs éléments puissent venir en détection. Nous sommes trois à nous y rendre. Les tests se passent bien. Je suis dans un bon jour. La réponse ne tarde pas, je suis pris pour intégrer le centre de préformation. Je prends la nouvelle sans vraiment réaliser qu’une minorité a été sélectionnée. Je suis dans la logique de mes ambitions, celle de devenir un footballeur professionnel.

« Mon rêve est brisé et mon esprit avec »

J’émets ce souhait depuis longtemps déjà, mais cette décision prend un nouveau sens désormais. Jusqu’à présent, j’avais la sensation d’en maîtriser une bonne partie. Tout du moins celle qui me lie à ma passion. Je découvre l’envers du décor dès les premiers jours au centre. Habitué à figurer parmi les meilleurs éléments, je deviens un joueur lambda autour de garçons programmés pour marcher sur la gueule des autres. L’environnement est hostile. Ce n’est plus un jeu, en tout cas, je ne suis pas prêt pour celui-là. Ce sont mes pieds qui parlent et je ne sais pas faire autre chose. Les mois passent, l’aventure se termine brièvement avec pour simple message un merci « votre fils a été un des seuls à ne pas avoir posé de problème de comportement ».

À LIRE – La vie des joueurs qui ne signent pas pro, un rêve qui s’échappe

Je n’ai simplement pas eu la possibilité de m’exprimer dans cette concurrence malsaine et violente. Mon rêve est brisé et mon esprit avec. J’ai 15 ans et je suis pulvérisé mentalement. Un an plus tôt, j’entrais dans cette rampe de lancement vers le monde professionnel et me voilà désormais vidé à l’idée de revenir chez mes parents. Le foot a perdu de son sens même si j’essaye de m’accrocher. Je parviens à évoluer au niveau national, mais cet échelon reste bien loin de mes aspirations. Je fais partie de la majorité à avoir échouée. On me dit que c’est déjà bien d’avoir vécu cette expérience. Malgré tout, cela ne panse pas cette plaie qui reste ouverte. Il n’y avait pas d’autre issue, en tout cas, celle-ci n’était pas envisageable. Les années passent. Je tente de comprendre cet échec, certaines réponses viennent sur le tas, mais ne répondent pas pleinement.

Partager pour panser les blessures

L’idée de créer un compte Twitter germe dans mon esprit. Le but étant de prévenir les jeunes présents dans les centres de formation, leur expliquer à travers des témoignages comme le mien que devenir footballeur professionnel n’est pas chose aisée et que de nombreux obstacles peuvent se trouver au milieu du trajet. Le concept plaît assez rapidement, des témoignages abondent, certains sont d’une richesse folle, d’autres familiers, cela me permet d’y voir plus clair et répond d’une certaine manière comme une thérapie. Je ressens comme ce besoin d’aider. Mon souhait se porte réellement sur ces jeunes en mettant en avant des messages positifs.

Pour autant, il s’agit d’être transparent au moment de décrire les émotions une fois l’aventure en centre terminée. Enfant de Saint-Etienne, Pierre a été mon premier à me livrer son témoignage avec un contenu d’une richesse fleuve. Les hauts, les bas, des coéquipiers sélectionnés en équipe nationale, les souvenirs en Gambardella « à la mise à la cave progressive » qui précéda sa mise à l’écart définitive. À côté de cela, je me souviens également du retour d’un ex-joueur passé par l’Evian Thonon Gaillard. Après avoir franchi toutes les étapes, ce dernier à lui-même voulu arrêter. De ses propres aveux, il n’aurait pas supporté de devenir professionnel avec tout ce que cela comporte.

On évoque souvent les joueurs qui « réussissent » mais qu’en est-il des joueurs pour qui le rêve s’arrête aux portes du monde professionnel ? « À 11 ans, à l’âge où tout est permis, surtout d’avoir des idées plein la tête, la probabilité de devenir joueur professionnel un jour reste comparable à celle de gagner au tirage d’un grand Loto de la réussite. Une chance sur 100 000, dans le meilleur des cas », analyse Éric Champel, ancien grand reporter pour France Football et auteur du livre « Foot : la machine à broyer ».

Rédigé par Parcours2Foot


Fausse Touche

Je représente tous les sympathiques qui ont contribué et ont filé un coup de plume à l'équipe !

6 commentaires

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