Durant 54 ans, la famille Assad a régné en Syrie. Après la mort du général Hafez el-Assad, son fils, Bachar, a pris le pouvoir en 2000, jusqu’en décembre 2024. Le football a toujours été un outil politique, de propagande, de corruption et de terreur pour le gouvernement. Deuxième article de notre série sur le football syrien.

Après 54 ans de règne, la lignée al-Assad s’est officiellement éteinte le 8 décembre dernier. Chassé de son trône par des rebelles menés par Mohammad El-Bachir et le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), Bachar al-Assad a fui les rues de Damas. Après plus d’un demi-siècle de terreur et de barbarie, ce mois de décembre restera gravé dans l’histoire syrienne. Dans toutes les rues, en Syrie, mais aussi à l’international, l’euphorie et la célébration étaient au rendez-vous, malgré une incertitude concernant l’avenir du peuple syrien.

Le football a toujours été un élément de propagande, notamment pendant les conflits. La Syrie n’échappe pas à la règle. Le régime de Bachar al-Assad a utilisé le football lors de la guerre civile, débutée dans le contexte du Printemps arabe, en 2011. La dynastie des Assad débute avec le père, le général Hafez el-Assad. À la suite de son coup d’État pour renverser le président en place depuis 1968, il est devenu l’homme fort de Damas, durant 30 ans. Jusqu’à sa mort, le 10 juin 2000, Hafez el-Assad contrôlera toute la vie politique syrienne. Sa répression sera violente et sa maîtrise du pouvoir incontestée.

Le football en Syrie connaît sa plus grande épopée dans les années 2000, lors du règne de Bachar al-Assad. Pourtant, les passionnés ont pu se voir rêver dès les années 80.

L’équipe nationale a été très présente sur la scène footballistique asiatique à partir des années 80. Elle participe aux trois éditions de la Coupe d’Asie des Nations et une finale de la Coupe Arabe des Nations en 1988, face à l’Irak. Le football en Syrie a toujours été une tradition, avec une grande passion du public. Mais les résultats de l’équipe nationale ont toujours été en deçà des ambitions, malgré quelques réalisations importantes et historiques. En 1986, lors des éliminatoires de la Coupe du Monde au Mexique, l’équipe syrienne a failli réaliser son rêve et se qualifier pour la phase finale, pour la première fois de son histoire. L’équipe devait alors battre l’Irak. Mais après un 0-0 au match aller à Damas, c’est finalement l’Irak qui s’impose 3 à 1 au match retour.

L’équipe des jeunes a été mise sur le devant de la scène footballistique et a réalisé ce que l’équipe masculine n’avait pas réussi. Ils se sont d’abord qualifiés pour la première fois pour la Coupe du Monde de la Jeunesse en Arabie Saoudite, en 1989. Leur meilleure performance a par la suite été au Portugal, pour l’édition de 1991. À la deuxième place de son groupe, l’équipe s’est qualifiée pour les quarts de finale. Leur compétition s’est arrêtée là, après un match nul face à l’Australie et une défaite aux tirs aux buts (5-4). L’équipe des jeunes a réussi à ne perdre aucun match de toute la compétition.

Bachar al-Assad reprend le pouvoir en 2000, après la mort de son père. Durant tout son règne, il a utilisé le ballon rond comme outil politique, de propagande et de corruption. La FIFA oblige les fédérations à être complètement apolitique et indépendante du régime. Pourtant, il n’a pas hésité à nommer ses proches à des postes décisifs, comme le Président de la Fédération Syrienne de Football, Nabil Sibai. Les arbitres, non protégés par la Fédération, ont par conséquent fini par se laisser corrompre après de nombreuses pressions subies.

Pour ce qui est de la propagande, l’image la plus fragrante a été lors de la conférence de presse de novembre 2015, où le sélectionneur Fair Ibrahim est apparu avec un t-shirt en l’honneur du chef. « C’est le meilleur homme du monde,nous sommes fiers de lui parce qu’il combat les terroristes partout dans le monde », s’était-il réjouit face aux journalistes. Son vice-président, Fadi Debbas avait également montré son soutien inconditionnel : « Chaque Syrien représente le président Bachar al-Assad. Nous sommes fiers de notre président. » Des stades ont également été nommé en son nom, comme le stade municipal de Latakia, anciennement « Al-Assad Stadium » jusqu’à la chute du régime, dans lequel Hutteen SC joue ses matchs à domicile.

Durant toute la guerre en Syrie, qu’une seule saison a été annulée, en 2010 – 2011. Les footballeurs ont tous plus ou moins choisi un camp, entre le régime actuel ou l’opposition. Firas al-Khatib, l’un des meilleurs joueurs de l’histoire syrienne, a refusé de jouer à nouveau pour l’équipe nationale et a quitté le pays en 2012. D’abord pour l’Irak, puis la Chine et le Koweït. Des joueurs d’al-Wathbah, le club de Homs, ont été tués dans une attaque au mortier devant leur hôtel à Damas alors qu’ils se préparaient pour l’entraînement.

À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Le football en Syrie, un amour qui ne date pas d’hier

Abdel Basset Sarout, gardien de but dans l’équipe d’al-Karameh de Homs, était l’un des joueurs les plus prometteurs des moins de 23 ans. Il rejoint les manifestations contre le gouvernement en 2011, ce qui incite le gouvernement à le qualifier d’extrémiste salafiste. L’Association nationale des sports a publié un décret lui interdisant de jouer à vie. « Je suis maintenant recherché par les agences de sécurité qui tentent de m’arrêter. Je déclare en toute connaissance de cause et de ma propre volonté que nous, le peuple libre de Syrie, ne reculerons pas tant que notre seule et unique exigence ne sera pas satisfaite : le renversement du régime. Le régime syrien responsable de tout ce qui m’arrivera », avait-il annoncé dans une vidéo YouTube.

Au printemps 2019, l’ancien gardien combat dans les rangs du groupe rebelle Jaychal-Ezzah. Dans la nuit du 6 au 7 juin, il est grièvement blessé par un obus loyaliste. Il succombe à ses blessures le lendemain.

La fuite de Bachar al-Assad après 13 ans de guerre civile est synonyme de nouvelle ère pour le football syrien. Quelques heures seulement après sa chute, la Fédération a changé les couleurs du logo, passant du rouge noir blanc au vert noir blanc, celles de la révolution syrienne.

Notre premier article sur les origines du football en Syrie ici

Notre troisième et dernier article sur le football depuis la chute du régime ici


Océane B.

Océ, 24 ans, étudiante en journalisme de temps en temps. Sillonne l'Europe pour visiter de nouveaux stades. Il m'arrive d'écrire des articles.

2 commentaires

Syrie. Le régime Assad est tombé : quel impact pour le football ? - Fausse Touche · 05/02/2025 à 15:38

[…] À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Football en Syrie, outil de manipulation de la dynastie al-Assad […]

Le football en Syrie, un amour qui ne date pas d'hier - Fausse Touche · 06/02/2025 à 10:25

[…] Notre deuxième article sur le football sous la domination de la dynastie al-Assad est à retrouver ici […]

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *