Christian Brandt travaille essentiellement sur la science du sport (Sportwissenschaft), et sur la façon dont le sport est structuré. Au football, il s’intéresse à la façon dont les supporters (entre autres les supporters allemands) interagissent entre eux et avec les institutions. Il a consacré une partie de sa thèse au club du HFC Falke à Hamburg, entièrement construit et géré par des fans du HSV, sur le modèle du club parallèle de Manchester United. Il nous a accordé de son temps pour compléter notre précédent article sur la gentrification du football allemand.

Quels rapports entretient le football allemand avec le football européen en général ?
Le football allemand diffère du football tel qu’il est pratiqué sur le reste du continent pour deux raisons principales. La première est historique. Elle tient au fait que les clubs allemands sont très longtemps restés amateurs. Tandis que les anglais jouent au football professionnel depuis la fin du XIXe siècle. Il faudra attendre 1960 pour voir les premiers contrats professionnels arriver en Allemagne. L’équipe championne du monde en 1954 est donc composée de joueurs semi pro. La deuxième raison de cette différence réside dans l’application de la règle très particulière du 50+1. Les clubs allemands sont beaucoup plus « démocratiques » que les autres, bien que les espagnols avec le Real, le Barça, Osasuna fassent quelque chose de similaire avec les Socios, de même que les portugais.
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Cette règle est ce qui sépare l’Allemagne du reste du continent. Bien sûr cette règle est menacée. Certaines exceptions légales à ce principe existent avec Wolfsburg et Leverkusen notamment. Ces exceptions sont un vrai problème pour la fédération qui doit trouver une solution. En effet, ces exceptions sont relativement injuste pour les autres clubs professionnels allemands. Le majeur problème dans ce système reste le RB Leipzig. Le club refuse les entrées des supporters pour réserver les parts du club à des salariés de l’entreprise. Les nouveaux actionnaires devant être acceptés à la majorité, les supporters n’ont aucune chance).
Des voix s’élèvent de la part des clubs pour réclamer la fin de cette règle. Le fait que le Bayern et Rummenigge estiment que cette règle empêche le club d’être compétitif sur la scène européenne fait rigoler. Des anciens grands clubs aujourd’hui en difficulté comme Cologne pourraient réclamer la fin de cette règle de façon plus légitime, mais les supporters se mettraient vent debout directement. Un vote parmi les clubs pro à eu lieu sur cette question il y a quelques années, et la majorité a souhaité garder la règle. En conclusion, le 50+1 a encore de beaux jours devant lui.
Quelle est la particularité des supporters allemands ?
La vieille formule consistant à donner du pain et des jeux aux gens pour les calmer ne fonctionne plus. Depuis quelques années, les supporters ont compris que les enjeux du football au XXIé siècle dépassaient la pelouse, et qu’ils devaient mener leurs actions en conséquence. Leipzig a été un élément déclencheur de cette prise de conscience. Les mouvements de protestation se multiplie, parfois d’une façon qui peut poser question.
Mais les supporters allemands disposent d’un levier que les autres supporters européens n’ont pas : la règle du 50+1. Les protestation restent pour le moment relativement pacifiques par rapport à la France et à l’Angleterre grâce au système de médiation que les clubs doivent obligatoirement mettre en place au moment de rentrer dans le football professionnel. La protestation via les banderoles est culturelle en Allemagne. Pourtant, les débordements sont rares. Les institutions écoutent attentivement les supporters allemands.
Le 50+1 pour les nuls, par Unser Fussball
Toutefois, les supporters auront du mal à faire changer le tournant que prend le football aujourd’hui. La coupe du monde au Qatar est assez représentative de la situation. Il faut d’abord rappeler que ce n’est pas la première CDM à faire polémique, celle de 1978 en Argentine avait déjà reçue des appels au boycott suite à la situation politique à cette époque. Aujourd’hui, bien que les supporters avaient annoncé un boycott, difficile de ne pas regarder une coupe du monde. Quand on demande aux supporters la raison qui les ferait arrêter de regarder le foot, la réponse majoritaire est un changement drastique dans l’identité du club qu’ils supportent (nom, couleurs…). L’aspect « politique » n’arrive que bien après.
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