Peu de villes allemandes peuvent être qualifiées de ville à part, peu connectées aux autres villes et qui finalement ont leur propre écosystème. Rostock fait partie de ces villes allemandes qui ont une histoire en pente, largement avantagée par le passé, et qui connaît les difficultés du monde moderne plus que toute autre dans un pays développé. Lors d’un séjour Erasmus de six mois, j’ai pu découvrir l’importance du football dans une ville allemande que peu d’étrangers connaissent.

Rostock, un club à l’image d’une ville cherchant à revivre
Début des années 1990, le Hansa Rostock résiste aux pronostics cherchant à les faire chuter d’une Bundesliga si occidentale. Dernier champion du football est-allemand, une première pour le club, le Hansa Rostock est gentiment intégré à l’édition 1991-1992 de la première division allemande. Le club, fondé officieusement en 1919, voit sa création officielle se faire en 1965, lorsque la RDA souhaite développer davantage le football dans la région. Participant pour la première fois à la DDR-Oberliga pour la saison 1965-1966, le club succède à l’Empor Rostock, club omnisport qui a fini deuxième quatre fois entre 1955 et 1965, sans trouver le succès. La lose frappe encore le Hansa Rostock en 1967-1968, suivi en plus de cela d’un néant rare en championnat.
Cette tendance, plus proche de la survie dans l’ombre que du succès à la lumière, change du tout au tout en 1991 avec un titre de champion offrant au club un ticket pour la première division. Quel résultat.
Le Hansa descend immédiatement avec seulement 31 points glanés. Évitant la relégation en 3. Bundesliga de 4 points la saison suivante, le club remonte en remportant la 2. Bundesliga en 1994-1995. Le club est une anomalie dans le football allemand, devenant le club d’ex-RDA avec la plus longue longévité au meilleur échelon national pendant neuf saisons consécutives. On exclut de ce classement l’Union Berlin et le RB Leipzig, largement aidé par des capitaux dépassant le cadre de ces clubs d’ex-RDA ramant maintenant dans les antichambres du football allemand. Les Hanseaten, qui ont formé des joueurs comme Toni Kroos, passé au centre de formation de 2002 à 2006, ont connu l’ascenseur avec le 3ème échelon national après 2005. Aujourd’hui, en deuxième division depuis trois saisons, c’est tout une ville qui souhaite remonter en Bundesliga.
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On parle ici d’un club portant à bout de bras une ville qui cherche à s’emporter et à briller à l’échelle nationale.
Le basketball et le handball n’ont guère d’espaces dans les rues, où le logo du Hansa apparaît sur chaque lampadaire, sur un tag ou sur une poubelle. Rarement le stick m’a autant impressionné en arrivant dans une ville alors que l’expérience nantaise me semblait déjà importante. Ce n’est rien du tout. Passer en train dans des villages allemands à 20 kilomètres ne nous garantit pas de ne pas voir un tag du Hansa sur un compteur électrique. Les couleurs tricolores, bleu, blanc et rouge, sont partout dans une ville qui a beaucoup souffert de la réunification. Fleuron de l’industrie aéronautique sous le régime nazi, bombardée par la Royal Air Force en 1942 et 1945, la ville s’est reconstruite grâce à l’activité maritime, avec le premier port est-allemand, et touristique, avec la longue plage de Warnemünde.
La chute du mur de Berlin change l’ambiance épanouissante pour laisser place à un déclin, symbolisé par des pogroms sur la communauté cambodgienne dans le quartier de Lichtenhagen en août 1992. Vingt ans plus tard, l’image sanglante de la ville s’est éclipsée pour laisser à une ville calme mais meurtrie par un chômage exceptionnel : en 2021, le taux de chômage atteint les 7,6 % dans la ville du Mecklemburg-Vorpommern contre 2,6 % au niveau national. Parler avec les locaux fait ressortir cette difficulté où “on cherche aujourd’hui un travail qu’on était sûr d’avoir en sortant de l’école à l’époque de la RDA” selon une coiffeuse à deux pâtés de maison du stade. Toute une ville voit dans ce club un symbole guerrier face à une nouvelle forme de vie économique, qui s’est incrustée également dans le football moderne.
À Rostock, un public partagé sur l’image politique de leur club régional
On touche ici au plus frappant à Rostock. Le club est partagé depuis de nombreuses années sur la tournure politique des tribunes. D’un côté les Suptras, groupe ultra très à droite, capable de sortir des bannières avec l’emblème du quartier de Lichtenhagen au nez du parcage du HSV à l’Ostseestadion, hostile à l’ambiance antifa du Sankt-Pauli, érigé en ennemi juré. À tel point qu’en rentrant du stade, on peut se faire apostropher par des fans du Hansa d’un “Scheisse Sankt Pauli” en cas de victoire, contre n’importe quel adversaire.
Par ailleurs, cette énergie, basée peut-être sur un sentiment très anti-occidental mais aussi liée probablement à l’idée de rivalité et d’adversité polonaise, permet à Rostock de se distinguer dans le paysage footballistique allemand, pourtant si développé à l’échelle nationale. Cette énergie est aujourd’hui partagée en tribune d’un côté plus lumineux : un nouveau kop est né dans un coin entre la tribune Nord et la tribune Est, même si les débuts sont surtout marqués par des bâches résumant bien la situation : “Nord und Osttribüne, zwischen euch der Gästeblock” (Tribunes Nord et Est, entre vous le parcage visiteurs). Témoignage d’une difficulté à coexister chez un public partagé, même opposé à certains principes durant seulement un séjour de 6 mois.
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Lors de ma seule venue à l’Ostseestadion, un dimanche, j’ai décidé de venir plus tôt voir une ambiance si familiale.
Trois générations dans la même famille se retrouvent devant le stade à déguster les fameux Bratwurstbrötchen et boire quelques litres de bières, pour les deux premières générations, ou d’Apfelschörle, pour la dernière. Musique électro, vente d’écharpes et même vente de stickers sur le parvis du stade, l’avant-match a tout de ce football allemand si atypique. En rentrant dans le stade, ambiance tranquille, aucune rivalité face au Karlsruher SC, qui s’impose tranquillement grâce à un pénalty de Wanitzek (16’) et un but Paul Nebel, bien aidé par une défense trempée (25’). Si le jeu n’est pas beau, c’est surtout les tribunes qui marquent. Une composition d’avant-match théoriquement difficile pour chaque nom cité ayant une responsabilité dans la situation du club, à ce moment-là dans le bas de classement et quasiment relégable.
Mais à l’annonce des joueurs, seul Ridge Munsy, titulaire, et Anderson-Lenda Lucoqui, qui rentrera à la 62e minute, sont étonnement sifflés. Un rapprochement rapide entre les sifflets et la couleur de peau me frappe, me questionnant sur mon propre rapport à cette question en ville. Et il est vrai que Rostock ne voit que peu cette nouvelle mixité sociale en Occident, avec beaucoup de caucasiens dans les rues, causant même un sourire à tout passant qui ne l’est pas. Ce point est particulièrement marquant pour tout français. Défaits, l’ambiance est plus difficile au retour avec des amis, faisant nous même des Bratwurst. On se prend au jeu tout en constatant les différences.
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Peu après mon retour en France, j’ai appris les possibles tensions entre un groupe féministe, fraîchement fondée, et les Suptras sur fond de collages recouvrant des tags du groupe ultras. Ils ont développé une aura sur l’ensemble de la ville, à la fois positive et négative. Capable de vider entièrement la boutique en ligne du club pour l’aider durant la crise du COVID-19, cette passion a également un sens stricto sensu assez puissant. Malgré ses débordements, vivre dans une ville profondément attaché à son club et au sport donne encore plus envie d’en faire et de suivre les résultats. Aujourd’hui dans les premières places du classement en début de saison, un rêve va petit à petit revenir dans la tête des Hanseaten : remonter dans l’élite du football allemand.
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Le Hansa Rostock, un club à l’image de sa ville - Fausse Touche · 09/12/2023 à 17:15
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