Cinquante ans de combats ont permis aux clubs de football féminin français d’être enfin reconnus par la Fédération Française de Football. Aujourd’hui, dans notre série d’été sur l’histoire du football féminin, retour sur cette étape importante.

Joué en premier au Royaume-Uni (Angleterre et Écosse, notamment) en 1881, le football féminin fait rapidement son apparition en France en 1919, à la fin de la Première Guerre mondiale. Dès le début, des premières équipes se forment un peu partout en France. Comme dans la plupart des pays, les critiques sur la place de la femme dans un sport “de brute” sont présentes. Cela n’empêche pas les filles de faire perdurer leur pratique dans le temps. Plusieurs championnats sont réalisés entre la France et l’Angleterre. Malgré l’interdiction de jouer du côté des anglaises, les rencontres continuent jusqu’à ce que le régime du Maréchal Pétain interdise la pratique sportive aux femmes en 1941, lors de la Seconde Guerre mondiale.
À LIRE – À l’aube d’une football féminin français
Dans les années 70, on voit réapparaître le football avec des joueuses déterminées à se battre pour exister et jouer. Une cinquantaine de clubs sont formés avec plus de 2 000 licenciées enregistrées. C’est à Reims qu’une chouette histoire de camaraderie et de bon vouloir commence à être écrite.
En juillet 1968, un certain Pierre Geoffroy, journaliste sportif au quotidien L’Union, diffuse un article où il recherche des joueuses pour organiser un match de football dans le cadre de l’une des kermesses du journal. À savoir que l’année passée, le journaliste avait organisé une journée de catch. Pierre Geoffroy reçoit rapidement plusieurs réponses positives. Une douzaine de jeunes femmes répondent à l’appel, lui permettant de créer sa team.
Quand le football féminin français a rendez-vous à Reims
C’est sans compter la volonté et le courage des filles que cette simple fête s’est transformée en véritable combat sportif. Les événements se sont enchaînés. À force, les joueuses en veulent plus. Elles veulent participer à de vrais matchs sportifs, comme ceux des garçons. Parcourir la France, rencontrer de nouvelles équipes. Gagner. Perdre. Recevoir des trophées…
Selon le témoignage de l’ancienne capitaine, les filles ont “joué en lever de rideau d’un match de D2 des garçons entre Reims et Valenciennes” face à une équipe d’Alsace devant 6 000 spectateurs. Les rencontres s’enchaînent, les filles veulent absolument jouer en France, voire à l’international. Cette détermination amène Pierre Geoffroy à fonder le Football Club Féminin de Reims en 1968 (est renommé l’année d’après le Stade de Reims). Plusieurs titres nationaux sont gagnés à quatre reprises : 1975, 1976, 1977 et 1980.
Le jour J
Plus des rencontres sportives sont organisées, plus le journaliste publie de l’actualité sur son équipe féminine. Les joueuses commencent à se faire une réputation malgré certaines critiques. Face à cette nouvelle ampleur, la Fédération française de football (FFF) commence à s’intéresser à ces femmes. De nombreuses réunions sont organisées entre Pierre Geoffroy, Louis Petitot, le président de la Ligue Nord-Est qui l’accompagne et le comité d’organisation. Pour autant, la mission n’a pas du tout été facile puisque les filles n’avaient ni licence ni autre papier officiel.
Un beau jour, le 20 mars 1970, la FFF, réunie à Cannes et présidée par son responsable, Jacques Georges, décide enfin de reconnaître le football féminin comme un vrai sport pratiqué en France, une section spéciale est créée. Si on peut penser naïvement que l’association veut participer à l’évolution du sport féminin, elle aurait été plus tentée de contrôler cette effervescence. Cinquante ans après, les footballeuses françaises sont graciées. Un petit pas pour l’Homme, mais une avancée dans l’égalité homme-femme.
Équipe de France
Les premiers championnats régionaux et français sont organisés. En parallèle, l’Équipe de France fait ses premiers pas, composée notamment de joueuses rémoises. Pierre Geoffroy en est le sélectionneur de 1971 à 1978. Leur premier match est joué à Hazebrouck, dans le nord de la France où elles ont battu les Pays-Bas 4-0. Grâce à leur popularité, les filles voyagent dans le monde entier : Tchécoslovaquie, Italie, Grande- Bretagne, États-Unis, Canada… Les joueuses sont aussi amenées à participer à leurs premières Coupes du Monde qui ne sont pas encore officielles (1991, année du premier championnat mondial reconnu par la FIFA). En 1971, les françaises terminent 5ème lors de leur première participation mondiale sur le stade Azteca au Mexique devant 100 000 personnes. L’année d’après, les filles de Pierre Geoffroy jouent en Indonésie dans un stade rempli par 60 000 personnes.
Un premier stage national officiel de la FFF pour l’Équipe de France féminine est réalisé en 1975, convoquées par leur sélectionneur. Selon les témoignages et les résultats de leurs performances, les Rémoises représentent la meilleure formation de joueuses. Ces faits, on les constate lors du tournoi mondial d’octobre 1978 à Taïwan. L’équipe est composée à 100% de filles de Reims. La France remporte le tournoi à la fin des deux semaines de compétition.
À LIRE – Anatomie de la chute des Bleues
En 1978, Pierre Geoffroy quitte les rangs de sélectionneur français mais l’équipe continue à progresser. Depuis les années 2000, la formation des joueuses est encadrée par le Centre Clairefontaine. Les filles participent à toutes les compétitions. Elles réalisent leur premier quart de finale à l’Euro 2009, leur première demi-finale lors de la Coupe du Monde organisée par l’Allemagne en 2011. Récemment, elles accueillaient elles aussi le mondial en 2019 (gagné par les États-Unis).
En 2023, une nouvelle déception attriste les filles. Elles perdent leur quart de finale face à l’Australie, aux tirs au but. La France n’a pas encore gagné de titre mais on espère qu’un beau jour, les filles ramèneront la Coupe à la maison !
2 commentaires
1991, la première Coupe du monde est officiellement jouée en Chine - Fausse Touche · 23/08/2023 à 17:04
[…] À LIRE – Il y a 50 ans, la FFF reconnaissait le football féminin français […]
Pays de Galles : le football féminin adopté malgré l’Euro raté - Fausse Touche · 14/07/2025 à 08:18
[…] À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Quand les hommes interdisaient aux femmes de pratiquer le football […]