Le 2 décembre 2010, quelques mois après une Coupe du Monde a grand succès en Afrique du Sud, la FIFA officialisait l’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. La surprise de la victoire de ce petit pays de moins de trois millions d’habitants face à la candidature des Etats-Unis a toutefois laissé place à la polémique au fil des années. Si cela paraissait comme une évidence dès le départ, il a fallu quatre ans pour que Jérôme Valcke, alors secrétaire général de la FIFA, se rende compte qu’une Coupe du Monde au Qatar en été soit irréalisable. En conséquence, l’édition 2022 s’annonçait déjà historique en devenant la première Coupe du Monde de l’histoire à se dérouler en hiver.
Cette annonce lança ainsi le premier des nombreux casse-têtes en matière d’écologie et de développement durable que le Qatar doit faire face depuis cette attribution de l’organisation de la Coupe du Monde il y a bientôt douze ans. Pourtant, le monde et les organismes dirigeants du football s’accordent à étiqueter la Coupe du Monde 2022 comme la plus durable de l’histoire. Vérité ou énième ineptie pour promouvoir une Coupe du Monde qui, avant même d’avoir commencé, semble avoir duré trop longtemps ? Entre esclavagisme moderne, idées révolutionnaires et propagande, coup d’œil sur la Coupe du Monde 2022 et l’héritage qu’elle compte laisser.
Une Coupe du Monde qui pose de nombreux problèmes.
Outre le simple fait que le Qatar ne possède pas un riche passé sportif, et moins encore un lien particulier avec le football, l’organisation de la Coupe du Monde dans ce petit pays de la péninsule arabique pose des problèmes pour de nombreuses raisons. À l’heure où les rapports du GIEC concernant le réchauffement climatique et le futur de notre planète se montre de plus en plus alarmant, le Qatar fait office de mauvais élève. En 2020, le pays était encore le plus gros émetteur de carbone par habitant au monde, devançant son dauphin de plus de 7 tonnes par habitant.
Une situation effarante, d’autant plus que l’émission de carbone par habitant est loin d’être le seul domaine ou le Qatar fait mauvaise figure, étant également l’un des pays consommant le plus d’eau par habitant et générant le plus de déchets par habitant. Faire de la Coupe du Monde au Qatar un évènement durable n’est ainsi plus une idée révolutionnaire dont les organismes du football devraient se montrer fier, mais une nécessité pour éviter un drame écologique sur des décennies, dans une période charnière concernant le réchauffement climatique.
« Aucun pays n’est parfait. Chaque pays a des problèmes qui se présentent sous une forme ou une autre. En ce qui concerne la Coupe du Monde, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour répondre à toutes les critiques qui nous sont adressées. Nous faisons face à chaque défi en partenariat avec de nombreux organismes et organisations qui comprennent ce que nous essayons d’atteindre. La Coupe du Monde est une occasion d’être un moteur et une force de changement dans la région et au-delà »
Hassan Al Thawadi, secrétaire général de l’organisation de la Coupe du Monde 2022, lors d’une interview avec Glory Magazine.
L’organisation de la Coupe du Monde au Qatar ne fait toutefois pas polémique uniquement en raison de son aspect peu écologique – en apparence -, mais surtout pour la position du pays en matière de liberté d’expression et droit de l’homme. Alors que la Coupe du Monde est supposée être l’évènement le plus important pour chaque amoureux de ce sport, il parait impossible de se rendre au Qatar l’esprit léger, tant les informations qui nous parviennent depuis plusieurs années nous rendent le cœur lourd.

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La plus importante d’entre elle fut dévoilée par The Guardian le 23 février 2021. Enquêtant depuis plusieurs années, le média britannique révélait alors au grand jour les suppositions et rumeurs qui planaient jusqu’alors, faisant état de la mort de plus de 6500 migrants sur les chantiers de la construction des stades qui espèrent accueillir des milliers de supporters en novembre prochain. Les conditions de vie de ces migrants, venant pour la plupart d’Asie du Sud-Est, étaient au-delà de l’inacceptable. Entre saisie de passeport, refus de voir d’autres membres de leur famille, et travail intensif sous des chaleurs extrêmes, le Qatar a impunément fait de l’esclavagisme moderne.
« De nombreux problèmes concernant le bien-être des travailleurs sont le résultat de la communauté mondiale. Elle n’existe pas au Qatar de manière isolée. Le Qatar, cependant, doit supporter le poids de la critique afin d’affecter le changement, et je suis sûr que la Coupe du Monde 2022 est une raison majeure de ce coup de projecteur »
Hassan Al Thawadi, secrétaire générale de l’organisation de la Coupe du Monde 2022, lors d’une interview avec Glory Magazine.
Ces révélations par The Guardian se sont ainsi ajoutées à longue liste des raisons pour lesquelles organiser une Coupe du Monde au Qatar divise plus qu’elle ne rassemble, un paradoxe pour un tel évènement. Outre ce manque de respect et de décence pour les travailleurs, quid des droits de l’homme pour les visiteurs ? Comment assurer le bien-être et la sécurité de potentiels millions de supporters quand la communauté LGBTQ+ est invitée à ne pas faire de « démonstration d’affection » en public et la consommation d’alcool restreinte à des fan-zone à l’abri des locaux ?
Malgré ces scandales à répétition, cette Coupe du Monde au Qatar reflète la fin d’une stratégie mise en place il y a désormais 12 ans, et dont le pays de la péninsule arabique souhaite se féliciter, notamment en terme d’ouverture international. Comme nous le confie Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport, « Cette Coupe du monde, c’est le climax, l’apothéose. Elle parachève une stratégie de visibilité par le sport, qui permet au Qatar de faire plusieurs choses : se sécuriser par rapport à l’environnement et éviter d’être menacer. Un état visible est un état qui est connu, et on n’attaque pas un état connu.«
Enfin, la question qui se pose également est celle de l’héritage que laissera cette Coupe du Monde au Qatar, dans un pays de moins de 3 millions d’habitants, où le football ne reste qu’à une échelle purement locale, et est toujours inférieure à ne serait-ce que celle de ses voisins d’Arabie Saoudite. Pour cela, les organisateurs ont tout prévu, et désignent leur stratégie comme l’un des points fort de leur étiquette de Coupe du Monde la plus durable de l’histoire.
Le Qatar et le défi de la « Coupe du Monde la plus écologique de l’histoire »
Douze ans après avoir été désigné pays hôte de la Coupe du Monde 2022, le Qatar a pour objectif d’être l’édition la plus durable et écologique de l’histoire, avec pour vision principale d’assurer un héritage prospère et d’être la première Coupe du Monde neutre en émission de carbone. Si l’organisation d’une telle compétition dans ce pays reste une erreur, il faut constater un effort de la part du petit pays de la péninsule arabique. Certains futurs organisateurs de compétitions majeures (Jeux Olympiques, Euro, Coupe du Monde) pourraient être inspirés de les reprendre, afin d’éviter le cataclysme de la Coupe du Monde au Brésil 2014, et les infrastructures laissées à l’abandon depuis.
Les seules conditions écologiques qui existaient ont été posée par le CIO dans le cadre de l’agenda 2020. La FIFA n’a jamais considéré ça comme un sujet (au moment de l’attribution). Jusqu’au moment où on leur a rappelé qu’il faisait chaud en été au Qatar. Donc ils ont mis en place un système, tout en sachant qu’ils seraient attaqués par les ONG sur la durabilité du projet. Clairement ce n’était pas leur préoccupation.
Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport
La première mesure prise par le Qatar, bien que logique dans un pays d’une superficie inférieure à celle de l’île de France, est de faire la Coupe du Monde la plus compacte de l’histoire. Les huit stades de la compétition seront à moins de 60 kilomètres les uns des autres. En conséquence, le Qatar a indiqué que cela évitera aux sélections de prendre l’avion pour se rendre aux différents lieux de matchs, ou même de changer de centre d’entraînement et d’hôtel durant la compétition.
Cependant, là où le Qatar compte le plus rehausser son image réside dans la conception du Stadium 974. Un nom qui fait hommage au nombre de containers qu’a nécessité la construction de ce stade 100% démontable, et qui sera d’ailleurs désinstallé après la Coupe du Monde afin que les différentes pièces puissent servir aux communautés locales, mais également à d’autres pays qui souhaiteraient réutiliser ce stade ‘en kit’. Outre le fait d’être bénéfique pour l’héritage du Qatar, le pays ne nécessitant pas de huit stades ultramodernes étant donné le statut qu’à le foot dans le pays et l’affluence moyenne des matchs de championnat, ce stade est plus écologique que les autres. Nécessitant moins de technologie et d’entretien, il consommera 40% moins d’eau que les autres stades traditionnels, et n’aura pas de système de climatisation, se situant au bord du golf persique.
Des efforts simplement en surface ?
Si le Qatar semble avoir fourni des efforts en matière d’écologie et d’évènement durable, la question d’étendre certaines idées non exploitées ou développées pose toujours question. Notamment en ce qui concerne les stades démontables, qui auraient pu assurer au Qatar de faire de la Coupe du Monde un évènement éphémère pour faire rayonner l’image du pays sans pour autant nécessiter un entretien régulier et coûteux écologiquement pour des stades qui ne seront jamais rentables sur le long terme. Alors que la consommation d’eau est un problème dans le monde et d’autant plus au Qatar, la mise en place de terrain semi synthétique, fait de fibre naturelle comme il est possible de le voir éclore dans certains pays avec ce même problème de manque d’eau fraîche aurait été une solution intéressante.
« Il y a beaucoup de gens qui critiquent le Qatar. D’accord, tu critiques, mais viens ici et ensuite donnes une opinion, ou dis quelque chose quand tu es ici depuis cinq, six, sept, dix jours. A ce moment-là, tu pourras avoir une opinion. »
Xavi, lors d’une interview avec Glory Magazine.
Ces quelques bonnes idées à l’aspect révolutionnaire qu’a présenté le Qatar ne sont que les quelques arbres cachant la forêt de scandales que le pays accumule depuis désormais douze ans, certains ne nous ayant potentiellement même pas encore parvenu. Le Qatar « a simplement essayé de faire ce qu’on fait les autres, c’est à dire un peu de greenwashing. L’évènement doit être réussi car ils jouent aussi leur stabilité économique, alors ils n’ont pas intérêt à décevoir » nous précise Jean-Baptiste Guégan.
Cette Coupe du Monde s’annonce comme un fiasco pour de multiples raisons. Que ce soit pour le public, qui est notamment invité à partir dès que leur nation est éliminée, ou pour les joueurs, dont leur sécurité ne semble pas être une préoccupation, alors que ces derniers vont enchaîner Coupe du Monde et championnat domestique sans interruption, dans un climat délétère et des stades qui sonneront probablement plus creux que ces dernières éditions, à moins qu’une nouvelle fois le Qatar décide d’engager des fans le temps d’une compétition.
La devise Cash is King ne semble jamais avoir eue autant de sens, et quelle triste manière de dire adieu à la dernière Coupe du Monde sous 36 équipes, format qui disparaîtra pour accueillir douze nouvelles nations, pour plus de matchs, plus d’argent. Rendez-vous dans quatre ans, peut-être trois si la dernière folie de Gianni Infantino, qui prend au fur et à mesure la même triste voie que celle de Sepp Blatter, se concrétise.
Si le président de la FIFA a récemment pensé avoir trouvé la solution miracle pour résoudre les problèmes environnementaux en lançant le ridicule « Carton vert pour la planète », il n’est pas loin d’obtenir un carton rouge pour l’ensemble de sa misérable contribution à notre sport.
7 commentaires
Entretien avec Jean-Baptiste Guégan : "Le Qatar a essayé de faire ce qu'ont fait les autres. C'est à dire un peu de greenwashing" - Fausse Touche · 18/07/2022 à 13:47
[…] Nous avons détaillé l’implication environnementale de cette organisation dans un article précédent. […]
Le Football met-il un coup de boule à l'environnement ? - Fausse Touche · 20/07/2022 à 15:38
[…] A LIRE – Cet hiver au Qatar, quelle place pour l’environnement ? […]
Nouveau "centre de vie" du Stade Rennais à la Prévalaye : point noir environnemental ? - Fausse Touche · 27/07/2022 à 18:04
[…] voit ce qu’il se passe autour de la Coupe du monde, les stades du Qatar, en plein désert, les nombreux ouvriers et ouvrières mobilisés. C’est […]
Entretien avec Jean-Baptiste de Tourris, créateur de Vista-ballon - Fausse Touche · 03/08/2022 à 16:08
[…] je ne pense pas. Peut-être une partie du monde amateur, et encore. Mais quand on voit le Qatar, ou encore les voyages en jet privés, les sommes d’argent en jeu, je ne pense pas que le […]
Le paradoxe du football dans la lutte face au carbone. - Fausse Touche · 24/08/2022 à 17:58
[…] la même veine, la Coupe du monde 2022 au Qatar s’annonce d’ores et déjà comme un événement loin d’être vert. Les Coupes du monde […]
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