Habitué du Tournoi Maurice Revello ces dernières années, la sélection saoudienne fait face à un tournant. Outre la tourmente au sein de la fédération après des résultats mitigés avec l’équipe senior, qui ont conduit au départ de Hervé Renard, l’arrière-cuisine est encore plus chaotique en sélections jeunes, avec un effondrement des résultats à l’échelle continentale. Comment les équipes jeunes saoudiennes sont-elles passées du troisième cador continental derrière les intouchables Japon et Ouzbékistan, à des équipes de seconde zone, mettant en péril l’avenir du football de sélection dans la monarchie ?

En 2022 pourtant, l’heure est encore à la réjouissance. La sélection vient de remporter la Coupe d’Asie U23. Une génération fabuleuse mène l’équipe, avec Firas Al-Buraikan, Saud Abdulhamid ou Ayman Yahya. Mais dès l’année suivante, des signes inquiétants apparaissent L’équipe est éliminée dès les poules de la Coupe d’Asie U20, avec une défaite notamment face à la Chine. Une élimination qui fait moins réagir que celle du Qatar, malgré une génération intéressante emmenée par l’attaquant Abdullah Radif, que tous les cadors de SPL suivent de près. Cette même année, la sélection sort en quarts de finale de Coupe d’Asie U17.

Les années 2024 et 2025 ne se passent pas mieux, avec des éliminations en poules ou au premier tour des phases à éliminations directes. En Coupe d’Asie U20 2025, l’Arabie brise un peu ce plafond en atteignant la finale. Mais ce qui était considéré comme normal en 2022 ressemble désormais à une surprise. Preuve du déclassement terrible de la formation saoudienne. Ou plutôt de la post-formation. Parce que le pays est toujours capable de produire d’excellentes jeunes générations, malgré un faible taux de licenciés. Le problème vient plutôt d’un changement d’approche, et témoigne aussi de l’évolution mondiale du football.

Après la Coupe du Monde 2022 et la signature de Cristiano Ronaldo, la stratégie de l’Arabie Saoudite a évolué. Pour promouvoir les projets de NEOM et espérer accueillir la Coupe du Monde lors de la décennie suivante, l’État tente de gagner une légitimité auprès de l’Occident. Or, depuis des années en Europe, le football de club a pris l’ascendant sur le football de sélection. Et même si la Coupe du Monde et l’Euro conservent une forte popularité, les matchs amicaux et la Ligue Nations n’attirent pas les foules. Surtout dans les pays des championnats du top sept européen.

Pour le ministère des Sports, il faut donc renforcer le championnat en priorité. Le PIF, le fond d’investissement étatique, offre alors aux quatre cadors du championnat, Al-Nassr, Al-Hilal, Al-Ittihad et Al-Ahli des moyens colossaux pour recruter des joueurs confirmés au meilleur niveau européen. Et même si de plus en plus de joueurs saoudiens affichent un niveau intéressant, les quotas de joueurs étrangers augmentent à plusieurs reprise. Jusqu’à atteindre les dix ! C’est très rare en Asie, où ce nombre se situe souvent entre quatre et six.

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En 2025-26, Al-Nassr remporte la Saudi Pro League. Les joueurs étrangers recrutés pèsent en cumulé 439 matches de Ligue des Champions. Leur nom parle même pour eux : Inigo Martinez, Marcelo Brozovic, Sadio Mané, Cristiano Ronaldo, Mohamed Simakan, Joao Felix et Kingsley Coman. Insuffisant tout de même pour battre le petit Gamba Osaka en Asian Champions League Two. L’Arabie Saoudite s’éloigne ainsi grandement des modèles qatariens et émiriens voisins, avec qui la comparaison se fait pourtant souvent.

Mais ces deux championnats ont presque abandonnés le recrutement de stars. Au contraire, ils se sont dorénavant concentrés sur des jeunes prometteurs du Maghreb, d’Égypte, du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud. Le modèle qatarien s’oppose même au modèle saoudien, puisque le pays a toujours pour finalité la domination par sa sélection et non pas par son championnat. En 2026, là où le voisin fait les yeux doux à l’Europe, le Qatar regarde toujours davantage vers son continent. Les résultats en sélection en sont l’ultime témoin de cette position.

Ce changement stratégique est lourd de conséquences. Avec l’arrivée du quota à dix joueurs étrangers, quelle place reste-t-il aux joueurs saoudiens ? Les latéraux s’en sortent le mieux. Ce poste étant encore méprisé et mal considéré, les clubs n’aiment pas y dépenser de l’argent. Mais pour les autres, la situation est inquiétante. Les meilleurs éléments ont toujours du temps de jeu. C’est bien évidemment le cas de Salem Al-Dawsari, star de la sélection. Idem pour Hassan Tambakti, référence en Asie au poste de défenseur central. Mais les joueurs un peu moins bons ou confirmés, eux, doivent se contenter des miettes. Et c’est surtout le cas pour les jeunes joueurs.

Lancé en 2019 et unanimement considéré comme un immense talent, Ayman Yahya a dû attendre six ans et un repositionnement au poste de latéral gauche pour obtenir un temps de jeu convenable. Chance que n’a toujours pas eu Ahmed Al-Ghamdi, lancé en 2018 à un peu plus de seize ans, mais qui n’a jamais pu dépasser les mille minutes en SPL sur une saison. Ces jeunes doivent se contenter des miettes, ou espérer un prêt dans une équipe de bas de tableau, qui les fera jouer ou non. Le championnat n’a jamais été une terre de jeunesse, les jeunes joueurs ayant historiquement peu d’opportunités avant leurs vingt-deux ans.

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Néanmoins, dans un football où la jeunesse est de plus en plus mise en avant, l’Arabie Saoudite semble être le seul pays régressant sur l’utilisation des jeune. En 2023, selon le CIES, l’âge moyen des équipes de trois des quatre mastodontes dépassait largement la moyenne de 28 et 5 mois du championnat. 29,28 ans pour Al-Nassr, 29,47 pour Al-Hilal et 31,12 Al-Ittihad. Seul Al-Ahli comptait une moyenne d’âge inférieur au la moyenne (27,38 ans).

À titre de comparaison, la moyenne d’âge des quatre plus gros clubs de Stars League (Qatar) et d’UAE Pro League est respectivement de tout juste 28 ans et à peine 26 ans.

La situation est d’autant plus paradoxale que la fédération et l’État ont investit pour la formation. Au travers de la Mahd Academy d’abord, cette version 2.0 de l’ASPIRE Academy qatarienne a pour but de former des futurs talents saoudiens dans plusieurs sports, dont le football. Le pays aide les clubs à moderniser leur centre de formation, fait venir des éducateurs du monde entier, et avait même nommé Nasser Larguet, reconnu pour son travail sur la formation au Maroc notamment, en tant que directeur technique national. Cette volonté de former à tout prix est donc peu compréhensible, alors que les jeunes n’ont presque aucune perspective.

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Ce chemin de l’exil gagne de plus en plus d’adeptes. Certains saoudiens évoluaient déjà à l’étranger, notamment Abdulmalik Al-Jaber en Bosnie-Herzégovine, mais les grands talents étaient toujours conservés au pays. Mais en 2024, Saud Abdulhamid quitte Al-Hilal pour l’AS Roma. Même si ses débuts ont été compliqués, sa saison avec Lens montre qu’il est possible pour les saoudiens de s’imposer en Europe. Au même moment, Marwan Al-Sahafi et Faisal Al-Ghamdi ont rejoint la Belgique. Si l’aventure du second s’est assez vite terminée, le premier évolue toujours en Jupiler Pro League. Et c’est peut-être la meilleure solution au problème. Si les jeunes ne peuvent pas jouer en Arabie Saoudite, autant qu’ils puissent aller se développer ailleurs.

La situation des jeunes ; leur manque de considération et de temps de jeu, explique donc le fort déclin des résultats de l’Arabie Saoudite en catégories jeunes. Et par répercussion en sélection senior. Après quinze ans de crise, la sélection retrouvait enfin des couleurs, jusqu’à ce que la folie des grandeurs et l’occidentalisation du football saoudien vienne détruire la dynamique. Même si la crise est très profonde, catalysée aussi par les guerres d’influence au sein de la fédération, il faut cependant laisser le temps à ce pays de trouver un rythme. On oublierait presque que ce projet n’a débuté qu’il y a trois ans.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.